Yverdon réussit ses débuts avec le coeur et avec la tête

Yverdon réussit ses débuts avec le coeur et avec la tête

« Le tournant du match, pour moi, c’est cette action de la 38e. Si Nicolas Tebib arrive la mettre au fond, sur le rebond accordé par le gardien, c’est 0-2. Et là, Yverdon ne revenait pas. Pas à 10 contre 11. » Andrea Binotto n’en voulait à aucun de ses joueurs, samedi, après la défaite de son équipe au Stade Municipal d’Yverdon. L’entraîneur de Stade-Lausanne-Ouchy a simplement essayé de trouver des explications à ce revers, encaissé en supériorité numérique, alors que son équipe semblait avoir le match en main. « Peut-être est-ce qu’on a un peu relâché à un moment? Sans doute un peu… Le 1-1, il est symptômatique d’une équipe un peu trop en confiance… », relevait encore, comme toujours avec justesse, l’entraîneur du SLO. Bref, les faits sont là: Stade a laissé échapper trois points qui lui tendaient les bras. « Je nuancerais un peu. Disons qu’on aurait aimé repartir de là avec un match nul », corrigeait Andrea Binotto.

Deux équipes encore prétendantes aux finales

Il y a donc eu du spectacle lors des retrouvailles entre Yverdon et Stade-Lausanne, les deux seuls finalistes romands de la saison dernière. Aucun n’est monté, puisque tous deux ont été vaincus par le même adversaire, le SC Kriens. Peuvent-ils les deux retourner en play-off? Oui, bien sûr. Ils ont changé chacun passablement de choses dans leur contingent, Yverdon plus que le SLO, mais leur potentiel et la qualité de leurs joueurs sont évidentes. Ce premier duel de la saison a tourné en faveur d’YS, qui l’a obtenu avec la coeur et et la tête.

Stade-Lausanne loin d’être au complet

Avec le coeur, déjà, parce qu’être mené 0-1 et jouer avec un homme de moins pendant 75 minutes, ce n’est pas rien. Yverdon est pourtant bien entré dans cette première partie de la saison, faisant tourner le ballon pendant un quart d’heure et semblant prendre le dessus sur un Stade-Lausanne-Ouchy diminué. Sans Fabio Rego (en reprise), Andreas Soos ni Stéphan Cando et Bedri Gashi (tous trois suspendus), ni Brice Ngindu (raisons personnelles), SLO était privé de joueurs importants, notamment offensivement. « Brice a eu un immense malheur parmi ses proches vendredi et nous avons tous été beaucoup affectés. Il n’était pas en état de jouer aujourd’hui et l’équipe a été très choquée », explique Andrea Binotto, évidemment sans se chercher d’excuses. Mais Stade n’était pas à 100% pour ce match de reprise, c’est une évidence. Avec un Mobulu M’Futi à peine rentré de vacances et qui ne pouvait donc pas commencer, l’entraîneur du SLO a décidé de débuter en pointe avec Nicolas Tebib, pas un spécialiste du poste, mais un joueur évidemment tellement fort qu’il peut s’adapter partout.

Un carton rouge très sévère pour Sacha Margairaz

Yverdon était la meilleure équipe sur le terrain jusqu’à la 24e minute, moment que choisit M. Sandi Bosnic pour… expulser Sacha Margairaz. Les faits? Andrea Rochat conduit le ballon à mi-terrain et pousse un peu trop sa balle. Margairaz, sentant l’interception possible, se jette alors dans son style caractéristique, avec beaucoup d’engagement et un côté spectaculaire que tout le monde lui connaît. Il prend le ballon de manière très vigoureuse, mais, à la surprise générale, M. Bosnic décide de lui brandir le carton rouge. Direction les vestiaires! La réaction de Julien Marendaz? « Très sévère ». Celle d’Andrea Binotto? « Sévère. Un jaune aurait largement suffi. Après, c’est clair que c’est spectaculaire et je crois que l’arbitre a eu peur. » Andrea Rochat s’est relevé quelques secondes plus tard, mais M. Bosnic avait déjà sorti son carton. Yverdon allait devoir jouer à dix pendant plus d’une heure.

Nicolas Tebib, décisif sur le 0-1 d’Andy Laugeois

Stade-Lausanne a dès lors logiquement pris l’ascendant, proposant un quart d’heure de très bon football. « On a essayé de faire tourner le ballon et je crois qu’on y est arrivés », relevait Andrea Binotto. Vrai. Le 0-1 était le fruit d’une magnifique action collective entre Nicolas Tebib et Andy Laugeois. Remise parfaite, une-deux d’école, et Laugeois pouvait finir d’une magnifique frappe croisée dans le petit filet de Ludovic Zwahlen. Avant cela, déjà, Nicolas Tebib avait contraint le gardien à une jolie parade sur une tête consécutive à un coup-franc excentré. Et, Andrea Binotto l’a dit, le même Tebib a eu la balle de 0-2, mais sa reprise, en angle fermé, n’était pas évidente à mettre, Zwahlen bouchant bien son premier poteau. L’occasion de relever que le gardien d’YS a accompli une belle première, se montrant très sûr et décisif en de nombreuses circonstances.

La course en virgule de Fatah Ahamada, la classe

A 0-1, l’affaire semblait pliée, mais Yverdon Sport est revenu au meilleur moment possible, juste avant la pause. Une balle perdue à mi-terrain, une passe de Yannick Bovay pour Florian Gudit et une ouverture parfaite de ce dernier dans la course de Fatah Ahamada. Le Parisien avait fait l’appel comme il le fallait, d’une course en virgule chère à tous les attaquants, et a pu tromper Robin Enrico d’une finition parfaite, plaçant son ballon sous la barre transversale. Du très bon travail, tant collectif qu’individuel. 1-1 à la mi-temps.

Ange Nsilu dans le but vide: 2-1!

Et, alors que Sacha Margairaz venait de prendre place dans la tribune après sa douche, Ange Nsilu a pu inscrire le 2-1! Comment? En profitant d’une erreur de Fabian Geiser, ce qui a dû arriver aussi rarement que l’ES Malley a gagné un match ces dernières années. « Il a fait tellement de choses pour nous, on peut bien lui pardonner ça », relevait son entraîneur. Le défenseur du SLO a voulu donner un ballon en retrait à Robin Enrico, mais Fatah Ahamada avait anticipé et a pu accélérer, juste assez pour frapper au but. Le portier neuchâtelois du Stade a dévié, mais Ange Nsilu passait par là et a pu conclure dans le but vide. 2-1 à la 46e, score final, malgré une évidente domination, mais stérile, de Stade-Lausanne jusque dans les dernières minutes. Oui, Yverdon, qui a encore frappé le poteau par Matias Chavarria à la 81e, a gagné ce match au courage… mais pas seulement.

La bonne décision de Julien Marendaz au bon moment

Le fait est qu’Yverdon Sport s’est aussi imposé grâce à une nouvelle inspiration de son entraîneur Julien Marendaz, un habitué de ce genre de choses. Il l’a fait de nombreuses fois avec Echallens, mais le public du Stade Municipal a découvert cet aspect-là de son nouveau coach pour la première fois et sans doute pas la dernière. En clair? Alors qu’YS jouait à dix, il a décidé en quelques minutes de sortir son numéro 10 Manuel Bühler pour faire entrer avant la mi-temps Yannick Bovay, au profil plus défensif. Et cela alors qu’Yverdon était mené. Ce n’est pas le coup de génie du siècle de faire sortir un 10 pour un 6 après une expulsion? Peut-être pas, d’accord, mais le fait est que ce changement a été gagnant immédiatement, Yverdon reprenant un peu le contrôle du ballon et, surtout, Bovay étant à l’origine du 1-1 de Fatah Ahamada quelques minutes après son entrée en jeu. Et, quand même, il fallait oser sortir Manu Bühler avant la pause, vu son statut et ce qu’il peut toujours amener d’un coup de patte génial. Bref, 10/10 pour Julien Marendaz, encore une fois.

Pas d’inquiétude pour le SLO

Yverdon s’est donc imposé, mais Stade-Lausanne-Ouchy ne doit évidemment pas trop s’inquiéter de cette défaite, même si elle est rageante vu les circonstances. Dans dix jours, Mobulu M’Futi sera déjà plus en forme, Brice Ngindu sera là et Andreas Soos et Stéphan Cando seront revenus de suspension. Cela changera déjà pas mal de choses.

Esteban Rossé à droite, la révélation

Yverdon, de son côté, a un potentiel encore difficile à cerner. Difficile d’en savoir plus après un match aussi bizarre, mais il se passe quelque chose dans cette équipe, d’assez positif. Le public n’attend que de s’enflammer pour une bonne série et l’amalgame a l’air d’assez bien prendre dans l’équipe. La ligne d’attaque nous a passablement impressionné samedi, que ce soit Ange Nsilu, très en forme, Fatah Ahamada ou l’Américain Blake Smith, dont on a peu parlé, mais qui a fait un bon match. Et comme derrière, la ligne de quatre a été très bonne, YS a peut-être trouvé son bloc défensif.

Julien Marendaz allait dans ce sens, en tout cas, après le match: « La bonne trouvaille de la préparation, c’est Esteban Rossé à droite. Avec lui et Steve Samandjeu sur les côtés, on a deux latéraux qui peuvent nous permettre de construire, qui sont à l’aise avec le ballon. On peut vraiment ressortir depuis derrière et commencer à jouer là. Je ne dis pas que c’est définitif, mais cette défense me plaît bien comme ça », relevait l’entraineur d’YS. Il est vrai que Dadie Mayila et Babacar Dia Mbaye ont été très solides en défense centrale.

YS doit gérer la concurrence, maintenant

La concurrence? Elle est réelle. Samedi, Allan Eleouet, Eros Pitronaci et Lianel Lauper ne sont pas entrés en jeu. A eux de s’inspirer de l’excellente performance de Yannick Bovay, remplaçant au coup d’envoi et exemplaire dès son apparition sur le terrain. Si YS veut aller loin cette saison, il aura besoin de tout le monde. Y compris de ceux qui n’ont pas joué une minute lors du premier match.

 

Les hommes du match

Steve Samandjeu a été le meilleur homme sur le terrain, à notre sens. Le latéral gauche d’YS est solide, rapide et prend des risques (mesurés) sur son côté. Il percute, il joue, et il est tout simplement impassable. Il plaît déjà beaucoup à l’exigeant public yverdonnois, qui l’a applaudi à de nombreuses reprises. Fatah Ahamada a fait très mal aux défenseurs stadistes durant 90 minutes. Il marque un 1-1 absolument splendide et c’est grâce à lui qu’Ange Nsilu a pu marquer le 2-1 dans le but vide. Impact immédiat pour le Comorien.

Du côté de Stade-Lausanne, Andy Laugeois a été au dessus. Il a marqué un splendide 0-1 et a énormément travaillé à mi-terrain. Très belle performance de sa part, dans un rôle aussi défensif qu’offensif au milieu. Il est déjà impressionnant et sa polyvalence sera un atout intéressant pour Stade Lausanne cette saison. Sinon? Marlon Baluzeyi a été plutôt bon sur le côté gauche de la défense, apportant pas mal de danger offensivement et tenant bien son rôle défensivement.

Les prochains rendez-vous

Tout le monde a congé le week-end prochain, premier tour de la Coupe de Suisse oblige. Yverdon Sport se rendra le mercredi 19 à Bavois, qui sortira d’un match sans doute éprouvant face à Wil (Challenge League). Coupe d’envoi à 20h entre Bavois et YS. Le même jour, à la même heure, Stade recevra La Chaux-de-Fonds. Les Meuqueux auront eux aussi joué en Coupe de Suisse le samedi face à Zoug 94.

Dilhan Karac et Blake Smith.

Dilhan Karac et Blake Smith.

Yverdon Sport – Stade-Lausanne-Ouchy 2-1 (1-1)

Buts: 31e Laugeois 0-1; 44e Ahamada 1-1; 46e Nsilu 2-1.

Arbitres: M. Sandi Bosnic, assisté de M. Ramon Lisci et de M. Thomas Gämperle

YS: Zwahlen; Rossé, Mayila, Dia, Samandjeu; Gudit, Margairaz; Ahamada (85e Bamele), Bühler (36e Bovay), Blake; Nsilu (60e Chavarria).

Entraîneur: Julien Marendaz

SLO: Robin; Karac, Geiser, Fungilo, Baluzeyi; Laugeois (72e Hoppenot), Mejri (46e M’Futi); Rochat, Ruchat, Danner (80e Demiri); Tebib.

Entraîneur: Andrea Binotto

Stade Municipal, 450 spectateurs. Expulsion de Sacha Margairaz (24e, faute sur Andrea Rochat).

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