Yverdon Féminin y a cru pendant 85 minutes

Yverdon Féminin y a cru pendant 85 minutes

« Bien sûr qu’on y a cru! On est super-déçues, on a tout fait juste pendant 85 minutes et on prend ces deux buts sur deux cadeaux de notre part…  » Cristel Miocevic avait de quoi être en colère, quelques secondes à peine après la fin du quart de finale de Coupe Suisse entre Yverdon et Kriens. Il faut dire que les Lucernoises, leaders de LNA, ont été tout près de chuter sur la pelouse d’Yverdon (4e). Il s’en est fallu d’un rien. De cinq minutes, en fait. Cinq toutes petites minutes, qui auront été fatales à des filles qui ont tout donné, sans succès. « On s’est montrées solidaires, on a défendu avec courage, et on n’est pas récompensées », pestait la grande défenseur centrale d’YF, impeccable du début à la fin. Yverdon a mené très vite 1-0, grâce à l’inévitable Maeva Sarrasin, avant, donc, de résister jusqu’à la 85e et d’encaisser deux buts coup sur coup. Cruel.

Alexandra Szarvas: « Si j’ai eu peur? Non. Je savais qu’on allait revenir »

La victoire a bien sûr ravi les Lucernoises, dont Alexandra Szarvas, excellente milieu offensif: « On savait que ce serait dur ici, d’autant que nous avions quelques joueuses absentes. Avant le match, on s’était dit qu’on allait devoir montrer du caractère pour s’imposer, et on l’a fait. On vise le doublé coupe et championnat cette saison, donc forcément qu’on voulait s’imposer, mais on sait que c’est compliqué à Yverdon, pas seulement pour nous. On s’est battues, on a montré de la volonté, même après leur ouverture du score. Si j’ai eu peur à 1-0, à quelques minutes de la fin? Non. Je savais qu’on allait revenir, vraiment. C’est une des forces de notre groupe cette saison: on ne doute pas. »

Une première à domicile partiellement réussie pour Christian Leuenberger

Le rêve de Coupe est donc terminé pour la seule équipe romande de LNA. Après avoir éliminé Sion, Goldstern et Kirchberg, trois formations de catégorie inférieure, le premier obstacle sérieux aura donc été trop compliqué à franchir. Il faut dire que le tirage au sort n’avait pas été favorable, en plaçant Kriens, invaincu cette saison, sur la route des Yverdonnoises. « Mais il y avait un sacré coup à jouer », pestait Christian Leuenberger, le nouvel entraîneur d’YF. Promu entraîneur suite au départ de Jean-Daniel Perroset (lire ici), l’ancien assistant n’a donc pas connu les joies de la victoire pour sa première à domicile, après la victoire en championnat à Schwyz le 22 février. Mais ce qu’il a vu durant 85 minutes peut-il tout de même le faire parler de première réussie? « Non. Enfin, si, d’une certaine manière. Je peux dire que cela a été une première réussie sur le plan du jeu, de la solidarité, de l’envie. J’ai vu une équipe qui m’a fait plaisir. Mais le résultat, non, je ne m’en montre pas satisfait. » Et, en coupe encore plus qu’en championnat, seul le résultat compte.

Le plat du pied de Maeva Sarrasin pour l’ouverture du score

Yverdon a pourtant fait tout juste, d’entrée. Face à une équipe redoutable comme pouvait l’être ce SC Kriens, les Yverdonnoises n’ont pas hésité à prendre leur chance, ni à jouer relativement haut. Si les premières occasions ont été lucernoises (l’envoi de Marie Egli a trouvé la barre transversale, 9e), l’ouverture du score a, elle, bien été nord-vaudoise. Sa construction? Maeva Sarrasin reçoit un ballon parfait, dans la profondeur, côté gauche. Un plat du pied parfait, côté opposé, et 1-0. Le geste juste. Yverdon, dès lors, ne s’est pas créé beaucoup d’occasions, mais a soigné sa défense.

La défense Fai-Riat-Miocevic-Duclos: quatre filles exemplaires

A ce titre, les quatre filles de derrière méritent une mention particulière. Dans l’axe déjà, où le partenariat entre Audrey Riat et Cristel Miocevic a fait merveille. On préférera toujours voir la capitaine d’Yverdon Féminin (Riat, donc) et son pied gauche de feu le plus près possible du but adverse, mais elle est tellement forte qu’elle peut jouer n’importe où et qu’elle y excelle. En défense centrale, elle peut faire profiter ses coéquipières de son jeu long, et son intelligence de jeu, couplée à son expérience, lui permettent de se placer mieux que personne et d’anticiper à merveille. A côté d’elle, Cristel Miocevic a fait, elle aussi, forte impression. Plus grande, plus physique, elle a gagné l’immense majorité de ses duels et n’a pas oublié de relancer proprement.

Et que dire des côtés? Les deux arrières latérales, dans un style différent, ont elle aussi apporté leur contribution à l’excellent travail défensif d’YF. Gwendoline Fai, à gauche, est plus discrète, mais fait bien son boulot. Placement impeccable, montées à bon escient, protection de balle: cette jeune fille fait tout bien, mais sans trop de coup d’éclat. De l’autre côté, dans un tout autre style, Audrey Duclos apporte toute son énergie. Sa motivation est hors-norme, et sa débauche d’énergie doit être une source d’inspiration pour n’importe quelle footballeur ou footballeuse. Elle n’est pas la plus technique, et elle le sait. Elle compense donc par une activité de tous les instants. Admirable et exemplaire.

Une fin de match entre fatigue et manque de lucidité

Ces louanges-là, les « quatre de derrière » yverdonnoises les ont méritées… durant 85 minutes. Face à la meilleure équipe de LNA, elles ont fini par craquer. La raison? « Physiquement. On était raides. On a beaucoup donné, et on n’avançait plus », explique Cristel Miocevic. Christian Leuenberger accepte l’argument, mais parle également d’un manque de lucidité: « C’est un tout. Les filles étaient fatiguées, et ont fait les mauvais choix. Mais comment leur en vouloir? Il y a eu des erreurs individuelles, et elles sont cruelles. Tout le monde les a vus. Mais c’est notre défense qui nous a permis de tenir aussi longtemps. » La défense, et un peu de chance aussi. Les Lucernoises ont en effet manqué passablement d’occasions, seules face à Claudine Grand. La performance de la gardienne est, elle aussi, à souligner, mais elle ne nous en voudra pas si l’on souligne qu’elle n’a pas fait énormément d’arrêts. Les attaquantes de Kriens ont surtout brillé par leur inefficacité. « C’est vrai, elles ont eu des situations de un-contre-un. Mais c’est aussi parce que le juge de touche était un peu perdu… » a estimé Christian Leuenberger.

Deux buts en trois minutes pour faire la décision

Yverdon a donc cru pouvoir laisser passer l’orage jusqu’à la 85e et un ballon bêtement perdu, dont profitait Nora Peter, entrée en jeu quelques secondes auparavant, pour égaliser. Et le lob d’Angela Stocker (deuxième meilleure gâchette du championnat) venait enterrer les espoirs de qualification, à trois minutes de la fin. Rageant.

« Das hat nichts mit Fussball zu tun! »

Au passage, comment ne pas évoquer le climat tendu de fin de partie, notamment de la part du banc du SC Kriens. Trois fois, au moins, René Müller, l’entraîneur en chef des visiteuses, s’est retourné vers le banc yverdonnois en lâchant: « Das hat nichts mehr mit Fussball zu tun! », soit « Ca n’a plus rien à voir avec du football ». La raison de sa colère? Des prétendus mauvais gestes de la part des Nord-vaudoises. Alexandra Szarvas est allé dans le même sens, à l’heure de l’interview d’après-match: « Elles n’ont pas arrêté de mettre des coups. C’est ce que l’on fait quand on n’a rien d’autre à montrer… C’est toujours comme ça ici. »

Alors, Christian Leuenberger, trop destructeur cet Yverdon Féminin? « Bien sûr que non. Mais ce n’est pas la première fois que j’entends ça… Je ne sais pas d’où ça vient. On essaie de jouer au football, au sol. Alors des fois on y arrive et des fois pas, mais ça fait partie du jeu. Après, on sait tous qu’Yverdon dérange un peu. On est la seule équipe romande, et les entraîneurs adverses aiment parfois influencer un peu l’arbitre. Bon, voilà, je n’y accorde pas trop d’importance. Pourquoi je n’ai pas répondu à l’entraîneur adverse quand il nous a provoqué après les buts? Je n’ai pas de temps à perdre. Mais dire qu’on ne joue pas au football, c’est n’importe quoi. Et son attitude, franchement… »

Objectif podium pour Yverdon Féminin

A cinq minutes près, il aurait pu expliquer au staff lucernois que le tableau de score ne mentait jamais… Reste qu’il faut maintenant se concentrer sur le championnat. L’objectif? « La troisième place », répond Cristel Miocevic. Christian Leuenberger confirme: « On est à trois points de Bâle. C’est possible. »

Les filles du match

Les deux arrières latérales sont à mettre en avant. On en a déjà parlé, mais Gwendoline Fai et Audrey Duclos méritent leur place dans cette rubrique.

Les prochains rendez-vous

Kriens débute tout de suite avec le choc au sommet face à Zurich, le samedi 15 mars. Le même jour, mais à 20h, Yverdon Féminin accueillera Saint-Gall, dernier au classement. Victoire impérative.

Le plan-fixe

FC Yverdon Féminin – SC Kriens Frauen 1-2 (1-0)
Buts: 16e Sarrasin 1-0; 85e Peter 1-1; 87e Stocker 1-2.
Arbitre: M. Scheck.

YF: Grand; Duclos, Miocevic, Riat, Fai; Clivaz (62e Di Pasquale), Gillioz (71e Fournier), Bartlomé, Mallaun (90e Sanchez), Mauron; Sarrasin.
Entraîneur: Christian Leuenberger

Kriens: Albisser; Thomet (14e Schürmann), Graf, Egli, Bühler (78e Schneider); Szarvas, Odermatt (84e Peter), Puntigam, Gassmann; Stocker, Banecki.
Entraîneur: René Müller.

Notes: Stade Municipal, 120 spectateurs.

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