Yvan Bolay ne rejouera plus pour le Stade Nyonnais

Yvan Bolay ne rejouera plus pour le Stade Nyonnais

Yvan Bolay, le solide défenseur du Stade Nyonnais, s’en est allé. Il ne s’agit pas d’un départ anodin, comme il s’en passe un par semaine dans les clubs vaudois. Yvan Bolay (26 ans) était le capitaine à Colovray. Il a effectué ses juniors au Stade Nyonnais, avant d’aller gagner sa vie à Lugano et à Wil, où il était devenu un joueur respecté de Challenge League. Un vrai pro. Depuis son retour à Nyon, en 2009, il a aligné les bonnes performances et gagné le respect de tous. Impossible de trouver une personne qui parle mal de lui dans le vestiaire. Un patron.

Deux raisons pour expliquer son départ

Aujourd’hui, le patron, excédé, a décidé de s’en aller, comme l’a révélé le journal La Côte et son reporter Jérôme Reynard, toujours bien informé. Les raisons? Elles sont au nombre de deux et ne se résument bien sûr pas en une phrase. « Il y a deux choses qui expliquent mon départ. La première, c’est qu’il y a un manque de communication flagrant du comité en ce qui concerne les primes de fin d’année. On nous les a promises, et là, tout d’un coup, on vient nous expliquer que ce sera compliqué de nous les verser. Mais alors, il ne fallait pas s’engager. Pour moi, une promesse doit être tenue. Et là, on ne sait pas trop ce qu’il en sera, on n’est pas informés. Même moi qui suis capitaine, je n’ai aucune information. J’entends des choses à mon travail qui se révèlent être vraies, alors que je ne le savais pas. »

« Ce qui est dû est dû »

L’argent, donc, serait la première raison de son départ? « Plutôt les promesses non tenues. Les indemnités mensuelles sont versées, je le dis haut et fort. Mais les primes, même si ce ne sont que quelques centaines de francs, elles font du bien en fin d’année. Aucun de nous n’est professionnel. On le savait, tout le monde le savait. Mais ce qui est dû est dû. Madame la présidente nous a dit qu’elle ne pensait pas que l’on ferait autant de points, et que ce n’était pas au budget. Mais il fallait faire quoi alors? Faire exprès de perdre des matches pour avoir moins de primes? »

« Je n’ai plus confiance en mes coéquipiers »

Et la deuxième raison, alors? « La deuxième raison, c’est que je n’ai plus confiance en mes coéquipiers dans le vestiaire. Vous savez, quand madame la présidente est venue nous annoncer que l’on ne toucherait sans doute pas l’intégralité des primes, il n’y a pas eu grand-monde qui a bougé. Ensuite, on vient me dire: ‘Yvan, tu es capitaine, va voir discuter un peu, on n’est pas contents…’. Ok, normal, je suis le capitaine. C’est mon rôle. Je vais parler, je fais mon boulot. Et quand la présidente vient parler avec les joueurs, alors là, il n’y a plus personne, tout le monde regarde par terre! Je passe vraiment pour un con, il n’y a pas d’autres mot. Alors moi, je monte au créneau, je m’engage, et derrière on me descend? Ce n’est pas ce que j’appelle un esprit d’équipe. »

Viviane Freymond: « Pas de promesses, que des discussions informelles »

Ces paroles-là, dites par un jeune footballeur, feraient sourire. Dans le cas d’Yvan Bolay, son passé, son charisme, sa personnalité, elles interpellent. La président du Stade Nyonnais, Viviane Freymond, sait bien que ces paroles fortes ne resteront pas sans conséquence: « Il n’y a pas d’Affaire Bolay. Il n’y a rien de grave. Il y a un joueur qui s’est senti déçu par plusieurs choses, et je confirme que les primes ont été revues à la baisse. Mais je conteste qu’il y ait eu des promesses. J’ai discuté de manière informelle des primes. On est venu me dire qu’à Carouge, on donnait 100 francs par point. Un peu naïvement, un peu vite, j’ai dit que c’était une bonne chose et qu’on pourrait faire de même à Nyon. La situation financière du club est meilleure que l’an dernier, on a plus de possibilité. Il y a eu la Coupe suisse, on a trouvé des sponsors, on organise encore un repas de gala. On se démène beaucoup. Et les membres du comité, moi y compris, ont mis de leur poche pour que la situation s’améliore. J’ai dit aux joueurs que leurs indemnités, ils les auraient, qu’on ferait tout pour. Et ils les ont tous reçus. Vous pouvez l’écrire: tous les joueurs ont reçu toutes leurs indemnités mensuelles. En ce qui concerne les primes, oui, il y a un malentendu. Je vais vous dire, je suis novice dans ce milieu, et je reconnais que je n’ai pas réfléchi assez vite lorsqu’on m’a présenté ce qui se faisait à Carouge. 100 francs par point, cela paraît peu, mais 100 fois 20 points fois 17 ou 18 joueurs, cela fait une somme que l’on ne peut pas assumer. Je conteste cependant ce que dit Yvan, quand il dit que je pensais qu’ils n’allaient pas faire autant de points. J’ai toujours cru en eux, sinon je ne serais pas là. Je le répète, j’avais sous-estimé la somme, mais ce n’est pas une question de points faits par l’équipe. Alors, je suis allé parler aux joueurs, je leur ai dit que ce montant serait peut-être réadapté. Mais de nouveau, il n’y a eu aucune promesse. Je n’ai pas senti que cela posait un problème. Mais je n’ai pas de micro dans le vestiaire… Et comme je l’ai compris, apparemment, cela a posé un problème à certains, qui en ont parlé à Yvan. »

Yvan Bolay: « Je ne reviendrai pas »

Et Yvan Bolay, capitaine censé supporter toutes les plaintes, a craqué devant le manque de franchise de ses coéquipiers. Reviendra-t-il à Colovray? « Si ma décision est définitive? Oui. Je ne me vois pas rejouer dans ce club, avec ces coéquipiers-là. Franchement, revenir dans ce groupe comme si de rien n’était, après tout ce qui s’est passé, je ne pourrai pas. Je vais prendre quelques jours de réflexion, tranquille, et trouver un nouveau club. Cela peut être pour les quelques semaines qui restent jusqu’à la fin du championnat ou pour le deuxième tour. »

Bernardo Hernandez: « Il a craint un bis repetita d’une gestion qui ne lui a pas plu il y a quelques années »

De quoi attrister son entraîneur, Bernardo Hernandez: « C’est une grosse perte. Je ne vais pas rentrer dans un combat qui ne me concerne pas, celui des primes. Mais Yvan a réagi par rapport à ce qu’il a déjà vécu ici, avec d’autres présidents. Il a craint un « bis repetita » d’une gestion qui ne lui a pas plu il y a quelques années. Quand il a appris que les primes ne seraient peut-être pas versées en intégralité, il m’a informé qu’il partait. S’il va revenir? J’ai parlé avec lui lundi soir, il avait l’air catégorique. »

« Il ne faut pas oublier tout ce que l’on a fait »

Ce départ coïncide avec la claque reçue face à Carouge (0-6) et l’absence de nombreux joueurs à l’entraînement lundi. De quoi décourager Bernardo Hernandez? « Non, surtout pas. Il ne faut pas oublier tout ce que l’on a fait de bien. On a réalisé de très belles choses depuis des mois. On a eu une magnifique série en championnat, et là, on est un peu plus à la peine. Lundi, il y a eu de nombreux absents à l’entraînement, c’est un fait. Mais mardi, il y avait déjà plus de monde. Et il y avait des malades, des joueurs qui avaient des cours de samaritains. Je les avais autorisé à aller cette semaine-là, parce que nous n’avons pas de match ce week-end. Disons que c’est malheureux, parce qu’après une telle claque, j’attendais plutôt de mes joueurs qu’ils se rebellent et viennent encore plus fort à l’entraînement. Mais bon, pas de quoi dramatiser à mon avis. Mais c’est sûr que le départ d’Yvan, c’est une très mauvaise nouvelle. »

« Je ne peux pas comprendre l’attitude de mes coéquipiers »

Le dernier mot sera pour lui, ex-capitaine d’un club qu’il porte dans son coeur, et continuera à aimer quoi qu’il arrive: « Bien sûr que ça fait bizarre. Franchement, je peux comprendre que dans un vestiaire pro, ça frotte un peu pour l’argent. Mais là, non, je ne peux pas comprendre l’attitude de mes coéquipiers. On est tous à la même, on a tous un boulot à côté. Le football, on y vient tous les jours, les week-end, ça nous bouffe notre temps libre. La moindre des choses, c’est qu’il y ait de la franchise. » Lui a pris une décision difficile, dans le respect de ses valeurs. « Vous savez, moi, si quelqu’un fait quelque chose qui ne me plaît pas, je le lui dis en face. C’est une marque de respect. Celui qui critique dans le dos, franchement, comment pouvez-vous retourner dans le même vestiaire et vous battre pour lui? »