Une question de psychologie

Une question de psychologie

Bien sûr, il y a cette action incroyable de la 69e minute, et il faut commencer par la décrire pour expliquer comment ce match a tourné définitivement en faveur du FC Wil. La 69e minute? Un long ballon saint-gallois envers un attaquant manifestement hors-jeu dans le dos de Nicolas Gétaz. Le juge de touche lève son drapeau et Gétaz, croyant avoir entendu le coup de sifflet de l’arbitre, prend le ballon à deux mains et le pose au sol, prêt à jouer le coup-franc. Le problème? M. Gut n’avait pas sifflé. Pas encore. Il a donc sorti un avertissement au latéral montain… qui était le seul vaudois à en avoir reçu un jusqu’alors! « Et encore, le premier était litigieux », pestait Gétaz quelques minutes avant de reprendre le car du retour… Deux jaunes, cela fait bien un rouge et Le Mont réduit à 10, alors que le score était de 2-1 et que les Vaudois pressaient pour aller inscrire le 2-2. Benjamin Kololli était passé tout près à la 59e (tir dans le petit filet), mais, avec un joueur de moins, les Montains allaient craquer. 3-1, Tabakovic. 4-1, Vasquez. Match plié, terminé, emballé, malgré le 4-2 d’Ibrahim Tall en fin de match.

Bienne samedi, un match déjà très important

Le Mont a donc perdu un match dans lequel il aurait pu revenir au score sans ce coup du sort, qu’il faut bien qualifier de malheureux, ce qui peut rimer avec scandaleux. « Et un peu de psychologie, non? », demandait Claude Gross au quatuor arbitral depuis le banc de touche, alors que Gétaz passait devant lui pour aller se doucher. En fait de psychologie, Le Mont n’aura eu qu’une claque, dont il devra se remettre bien vite. L’occasion était en effet belle. Trop belle même pour être loupée. En quatre jours, Ndiasse Ndiaye et ses coéquipiers affrontaient en effet les deux seules équipes à se trouver derrière eux. Avant le match, Le Mont était 8e, Wil 9e et Bienne, l’adversaire de samedi, 10e. Avec quatre points dans un monde idéal, six dans un rêve, la barre aurait été loin, très loin derrière. Aujourd’hui, elle est là, tout près. Et de l’espoir, on est passé à la crainte, celle de voir Bienne s’imposer samedi et Le Mont s’installer à une place à deux chiffres, la seule, la pire, celle qui condamne à un retour express en Promotion League. On n’en est pas là? Non. Mais si M. Gut n’a pas eu envie de faire preuve de psychologie, c’est désormais à Claude Gross et à John Dragani de s’en occuper d’ici à samedi.

De Prilly à Saint-Jacques, plusieurs années, mais le même état d’esprit

Et s’ils ne le font pas, parce qu’ils n’en ressentent pas le besoin, on imagine bien leur président Serge Duperret venir apporter sa bonne parole et rappeler aux joueurs qui portent le maillot de son club aujourd’hui pourquoi ils le portent et d’où ce maillot vient. Lui le sait. Ce maillot du Mont, avant de visiter les pelouses de Saint-Jacques ou de La Pontaise, a été aperçu à Ependes, Crissier et Prilly, ce qui n’est pas moins bien, mais, disons, différent. Il a gravi les divisions du football suisse, une à une, avec une seule relégation, en 2009-2010. Mais les échecs ont été là, en finales de promotion de 2e ligue, notamment. Pourtant, le club s’est toujours relevé après un coup dur et avait la culture de la gagne marquée en lui. Claude Gross a amené au Mont la conviction que les jeunes Vaudois pouvaient jouer au football et représenter l’avenir, il a amené une rigueur et une science footballistique qui n’étaient pas là avant, ou pas tout le temps. Mais il n’a pas amené la rage de gagner. Il n’en a pas eu besoin, elle était là avant lui. Le Mont n’est donc pas arrivé là, dans le monde professionnel, par hasard, mais cet état d’esprit différent peine à se concrétiser sur le terrain pour l’instant dans ce championnat de Challenge League. Oui, Le Mont se bat avec ses armes, qui sont celles d’un club qui a 720’000 francs de budget. Autour de lui, les neuf autres clubs sont professionnels, mais sur le terrain, tout cela ne compte pas, ou presque. Avant le match et après, oui, mais pendant, Le Mont a, aujourd’hui, une équipe capable de gagner un match. Alors, pourquoi n’y arrive-t-elle pas?

Des petits rien, des détails…

La raison la plus évidente, celle qui saute aux yeux, tient à l’accumulation de petites choses. Les détails qui n’en sont pas. Le supplément de qualité chez l’adversaire, lorsque l’on voit les deux premiers buts du FC Wil mercredi, dans son splendide nouveau Bergholz. Basil Stillhart (11e) et Sandro Lombardi (17e) ont tous deux inscrit des réussites splendides, de 20 mètres ou plus. Et du côté du Mont? Des occasions immenses, pour Sid-Ahmed Bouziane, mais le génial meneur de jeu n’est parvenu à en concrétiser aucune. Sorti à la 55e, visiblement contrarié, Bouziane est parti directement à la douche. Il  y a des jours comme ça… et, avec lui, ce qu’il ne faut jamais oublier, il y a des jours comme à La Pontaise lundi dernier, où il a montré à 4500 personnes ce qu’était un pur joueur de football. Bref, le Sid-Ahmed Bouziane du Bergholz mercredi ne laissera pas un souvenir insensé aux 830 spectateurs. Mais ce n’est évidemment pas pour ça que Le Mont a perdu.

Concrétiser!

En fait, si Le Mont n’a gagné aucun de ses cinq premiers matches (trois nuls et deux défaites, ce qui n’est pas un bon bilan, mais n’en est pas un catastrophique non plus), c’est surtout parce que les Vaudois ont de la peine à concrétiser leurs temps forts. Menés 2-0 à la pause, ils ont inscrit le 2-1 à la 46e grâce à Franck Madou, très opportuniste sur ce coup-là. Le signal d’une révolte? Oui! Dès lors, Wil allait se montrer sur le point de craquer,  mais l’expulsion de Gétaz allait plomber la fin de partie. Les derniers buts? Anecdotiques, le match était perdu.

Alors, le doute s’installe-t-il dans ce groupe? On ne veut pas y croire. On a vu Le Mont tellement fort dans la tête ces dernières années, on a vu ce groupe tellement soudé arracher deux promotions consécutives qu’on ne peut pas croire que ces valeurs-là se soient évaporées en arrivant dans le monde professionnel. Mais là encore, on reparle de psychologie…

Les hommes du match

Difficile de sortir quelqu’un au FC Le Mont. Musa Araz a fait son boulot au milieu, avant de céder sa place à Aurélien Chappuis après trois fautes qui auraient pu lui valoir un avertissement. On a déjà vu le joueur prêté par le FC Bâle meilleur, mais, à notre sens, il a effectué une partie intéressante au Bergholz. Sinon? Jordi Nsiala, peut-être, autant pour saluer sa bonne entrée face à Lugano dimanche que son quart d’heure mercredi à Wil. Il a eu le temps de délivrer une passe décisive à Ibrahim Tall et a montré de belles choses. De là à assumer un rôle de titulaire en Challenge League? Peut-être pas encore tout à fait. Mais aujourd’hui, Claude Gross et John Dragani ont trois options au poste d’avant-centre: Ange Nsilu, Franck Madou et lui. Le premier est blessé, le deuxième pour l’instant décevant et le troisième n’a encore pas prouvé qu’il était une option crédible pour débuter un match déjà crucial. Quelle sera l’option retenue dimanche, si Nsilu revient en état de jouer d’ici-là?

Les prochains tours

Le Mont reçoit Bienne, samedi 16 août, à 17h45, à Baulmes. Victoire bienvenue.

FC Wil – FC Le Mont-sur-Lausanne 4-2 (2-0)

Buts: 11e Stillhart 1-0; 17e Lombardi 2-0; 46e Madou 2-1; 72e Tabakovic 3-1; 82e Vasquez 3-2; 84e Tall 4-2.

Wil: Brecher; Bozic, Lekaj, Muslin, Dutra (90e Schäppi); Stillhart, Taipi; Brown (81e Vasquez), Lombardi, Koller (59e Tabakovic); Audino.

Le Mont: Antonio; Reis, Ndiaye, Tall, Gétaz; Araz (68e Chappuis), Gabriele; Kololli, Bouziane (55e Alvarez), Berisha; Madou (77e Nsiala).

Notes: IGP-Arena Bergholz, Wil, 830 spectateurs. 69e, expulsion de Nicolas Gétaz (deuxième avertissement).

Categories: 1re ligue