«Team Vaud appartient à tout le monde»

«Team Vaud appartient à tout le monde»

Alexandre Comisetti est l’un des meilleurs joueurs vaudois de l’histoire. Est-il besoin de rappeler son parcours? Que ce soit à Yverdon ou Lausanne, il a excellé en attaque, avant de véritablement exploser à GC et à Auxerre, ainsi qu’à Servette. Après un dernier passage au LS, dans cette Pontaise qu’il connaît par coeur, il a mis un terme à une carrière exceptionnelle à Echallens (2008), en 1re ligue. International suisse à 30 reprises (4 buts), il est aujourd’hui l’entraîneur de Team Vaud M21. Employé à la BCV, il officie également comme consultant pour la RTS. Il s’en ira cet été au Brésil, notamment pour suivre les matches de l’équipe nationale. Au milieu de cet agenda bien fourni, il a trouvé le temps de nous accorder un long entretien. Une interview forcément très enrichissante pour nous, et l’occasion pour lui de préciser le rôle de Team Vaud, une structure qui fait beaucoup parler d’elle, mais pas toujours par des personnes qui en maîtrisent tous les contours.

L’équipe dont il s’occupe, les M21, donc, sont le dernier étage de la pyramide Team Vaud, la dernière étape avant le passage en première équipe pour tous ces jeunes. Aujourd’hui, Team Vaud M21 est en tête du groupe 2 de 2e inter et, donc, bien placé pour aller chercher la promotion en 1re ligue qui lui échappe depuis plusieurs saisons. A chaque fois, les jeunes tombent sur plus forts qu’eux. Bulle en 2011 (Team Vaud 3e), Köniz en 2012 et Bavois en 2013: Team Vaud est passé tout près à chaque fois. Alors, la promotion pour cette année? Et si oui, comment faire, si d’aventure le LS coulait en Challenge League? Le projet a-t-il du sens, avec une équipe-phare en deuxième division et une relève en 1re ligue Classic? Alexandre Comisetti a répondu avec franchise à toutes nos questions, y compris celles portant sur l’image de Team Vaud, un point encore largement à travailler.

Alexandre Comisetti, cette année est la bonne pour Team Vaud, non?

Nous pouvons être satisfaits de notre première partie de saison. Comme toutes les équipes qui changent 7 ou 8 joueurs en été, nous avons tenté de trouver un amalgame dans un laps de temps réduit. La donnée de base à Team Vaud est de placer des joueurs en fin de cycle dans les équipes des clubs d’actifs du canton, selon leur niveau, et d’accueillir les M18. On a perdu d’entrée à La Sarraz, mais on s’est vite ressaisi. Globalement, je dirais que l’on a fait un premier tour correct même s’il y a toujours ces matches où l’on passe au travers. Avec une équipe composée de joueurs nés en 1994 et 1995, cette inconstance peut s’expliquer, même si ne pouvons pas l’accepter.

Et avec le début de saison compliqué du LS, et tous les changements, de nombreux jeunes ont plus joué avec eux qu’avec vous…

Oui, c’est vrai aussi. Il y a eu beaucoup de blessés en 1ère équipe du LS. Romain Dessarzin, Olivier Custodio, Ming-Yang Yang, Ahmet Özcan, Antonio Signori et Numa Lavanchy ont participé à leurs matchs. On ne va pas s’en plaindre, au contraire, mais la logique voudrait qu’ils aient joué 10 matches avec nous, pas 2 ou 3 comme cela a été le cas.

Bon, mais cela semble assez normal, et même assez sain, qu’ils jouent en Super League, ne serait-ce que quelques minutes…

Oui, l’objectif final de la formation est de permettre aux jeunes de jouer le plus haut possible, même si cela peut compliquer la tâche pour construire une équipe réserve. Malgré tout, nous avons toujours joué avec 11 joueurs et avons confiance en chaque joueur de l’effectif M21! Ce qui peut être plus compliqué, avec ces changements, c’est de créer une identité. Dans le cadre de Team Vaud, elle n’existe pas de manière aussi naturelle que dans d’autres clubs. Il s’agit de créer un état d’esprit, une cohésion, des objectifs communs avec des joueurs qui parfois s’entraînent soit en M21, soit partiellement ou complètement en 1ère équipe. Il faut leur faire comprendre la notion de performance collective et individuelle en match.

Ce qui explique que, parfois, vous pouvez perdre des matches d’une manière incompréhensible.

Il arrive parfois que nous passions complétement, et pour des raisons inexplicables, à côté du match, oui. C’est lié purement et simplement à un aspect mental, à un manque de maturité, de concentration, de prise de conscience et responsabilité. Tout cela peut conduire à un naufrage collectif. Pour cette raison, nous avons un niveau de jeu parfois intermittent. Cela peut également dépendre des conditions, du jour du match (le soir en semaine…) ou du terrain. C’est vraiment une faillite collective. Ce sont des jeunes et il manque des tauliers pour remettre le groupe sur de bons rails. C’est un paramètre important chez les M21.

Comme contre Thierrens, par exemple, pour l’avant-dernier match de la saison…

Thierrens a montré ce jour-là bien plus de cœur et d’engagement. L’aspect mental dans le football est très important. C’est un paradoxe lorsque l’on songe que Team Vaud pouvait faire le break en haut du classement et que la motivation devait être sans faille. Il n’y a pas de signe avant-coureur amenant les joueurs à ne pas être là. Ce n’est en tout cas pas de l’arrogance. C’est un comportement irresponsable et inconscient lié aux paramètres mentaux évoqués plus haut. Nous devons former des compétiteurs et leur inculquer la notion de victoire, de la constance aussi. Bienvenue dans le monde des adultes et du foot actif où les aspects technique et tactique sont importants, mais où le mental joue aussi un énorme rôle! Un autre élément qui peut avoir de l’importance sur la longueur du championnat: ces jeunes viennent de tout le canton. Ils viennent de Nyon, Montreux, Lausanne ou Yverdon, ils n’ont pas la notion profonde de derby. Dans les catégories juniors, ils ont joué contre Bâle ou GC, ce n’est pas la même approche du match. Ils n’intègrent pas la notion importante de rivalité régionale et passent à côté de la partie.

Il ne s’agit donc pas de prétention…

Je combats complètement cette idée. Ce n’est pas lié à l’adversaire, mais au moment. On a connu ça contre Colombier et Thierrens cette saison. L’année précédente, c’était face à Bümpliz, Dürrenast et Berne.

Pas de prétention de la part de votre équipe, donc, on l’a compris. Mais on va quand même vous parler d’un point qui nous a dérangé, et qui a dérangé pas mal de monde à l’époque. Lorsque le FC Bavois est venu jouer le match de la promotion à La Pontaise, aucune buvette n’était ouverte, aucun speaker n’était là… On a eu une impression de mépris, pour tout vous dire… Partagez-vous cette incompréhension?

Mépris, ce n’est pas le bon mot, c’est même méprisant de l’utiliser. Nous avons joué au Stade de la Pontaise quand même, pas sur le synthétique de la Blécherette. Je vais vous dire une chose: on reste une équipe « 2 », avec tout ce que cela implique. Il est regrettable qu’aucune buvette n’ait été ouverte pour ce match. Regrettable, c’est le bon mot. Nous aurions dû profiter pour mettre l’équipe en avant et l’annoncer en mettant le match en valeur. Il était important pour Bavois, comme il l’était pour nous. On réfléchit au moyen d’améliorer cette situation à la Pontaise ou sur d’autres terrains du canton où Team Vaud est amené à évoluer à domicile. Cela demande du monde pour tenir la caisse, la buvette. Il n’est pas facile de trouver des bénévoles. Des choses doivent être améliorées. On cherche des solutions. On sait que ce match nous a fait du tort sur le plan de l’image. Le match aller aussi d’ailleurs.

Le match aller?

Je parle bien de la partie à Bavois. Nous avons commis des erreurs là-bas et en avons tiré les leçons. Nous pensions gagner ce match en alignant plusieurs joueurs de la première équipe.

Ah oui! Yannis Tafer, Junior Sanogo, Michel Avanzini…

Nous avons doublement perdu: le match et des principes. Bavois était très fort ce jour-là et aurait certainement gagné quelle que soit l’équipe en face. C’était un bon match à jouer et nous aurions dû l’utiliser comme vitrine pour nos jeunes.

A l’époque, on avait entendu que vous aviez écrit à Bekim Uka le lendemain du match…

C’est vrai, un e-mail pour le féliciter de leur match.

C’est très classe, ça…

C’est normal. Bavois a aligné l’année passée un collectif intéressant. Ce ne fait pas de mal de féliciter parfois les adversaires et connaissances ayant la même passion. Pour le reste, il y en a assez qui s’en chargent…

Bon, donc les joueurs venus du LS pour un match, c’est terminé?

Nous nous sommes réunis et avons convenu d’un principe de trois joueurs pro au maximum simultanément avec la réserve. Il s’agira de joueurs qui seront de retour de blessure ou en déficit de temps de jeu. Au premier tour cette année, seuls Rolf Feltscher et Adriano De Pierro sont venus, respectivement une et deux fois, en sortant de blessure. Fabrizio Zambrella, en reprise après plusieurs mois d’inactivité, a joué 30 minutes afin de retrouver des sensations de match. Par hasard, ce fut contre notre voisin Lutry. J’ai pu lire sur votre site que cela n’a pas plu à Daniel Puce. Aurait-on été moins compétitifs sans eux? Nous n’avons pas à nous justifier. Daniel connaît assez le milieu du foot pro. Le rôle de la réserve est aussi d’être au service de la 1ère afin de de remettre des joueurs convalescents ou en manque de rythme sur pied.

Du côté de La Sarraz, qui vient chez vous pour le premier match, on s’attend à affronter une armada en mars…

Je connais « Charly » Karlen et sais qu’il saura motiver son équipe (sourire). De notre côté, nous nous en tiendrons à ce que je vous ai dit au sujet des « renforts ».

L’avantage que vous avez par rapport à d’autres équipes, c’est le nombre d’entraînements, non? On s’entraîne plus à Team Vaud qu’à La Sarraz ou Thierrens…

Chaque jeune a une activité professionnelle (apprentissage, université ou gymnase) qui remplit déjà bien ses journées. Nous devons trouver l’équilibre entre formation professionnelle et sport. Ce n’est pas toujours évident. Certains courent beaucoup. Nous avons quatre entraînements collectifs en fin d’après-midi. Le mardi et le mercredi matin, pour ceux qui peuvent être là (une dizaine de joueurs), ils font un spécifique au poste avec Marc Hottiger et Jean-Yves Aymon. Quatre entraînements ensembles, c’est un minimum pour une équipe de post-formation comme Team Vaud. Les joueurs reçoivent en outre des programmes de musculation à effectuer deux fois durant la semaine selon leurs horaires. Nous allégeons ainsi les séances collectives de cet aspect « condition physique », afin de nous focaliser sur le ballon. Nous devons souvent faire le jeu, donc avoir la possession du ballon, donc le faire circuler afin de trouver la solution.

Et gagner des matches quand même! Vous devez monter en 1re ligue cette année, non?

L’objectif premier de Team Vaud M21, c’est de faire jouer des jeunes afin qu’ils terminent leur formation et s’habituent à la réalité du foot en actif. Après les M18, les jeunes ne sont, en général, pas prêts pour aller en 1re ligue Promotion, ni même en 1re ligue Classic. Team Vaud a pour vocation de fournir des joueurs à Lausanne, mais aussi à tous les clubs partenaires de Team Vaud. La performance et le résultat deviennent des paramètres importants. Nous devons réduire le saut entre la réserve M21 et la 1ère équipe. Mais nous pensons également, c’est vrai, que les jeunes seraient plus à l’aise en 1ère ligue. Dans cette catégorie, les statuts s’inverseraient avec un rôle d’outsider plutôt que de favori, plus facile à gérer pour n’importe quelle équipe. Parfois dominant, parfois dominé. Ce serait mieux en 1re ligue pour la progression des jeunes joueurs.

Plus concrètement?

Nous tombons souvent contre des équipes qui jouent un match important avec le sentiment de rien avoir à perdre. Je vais régulièrement superviser nos adversaires et constate très souvent un changement dans l’attitude, l’engagement, l’implication. Ce n’est pas la même équipe lorsqu’ils jouent contre Team Vaud. Une équipe de première ligue ne prend pas un tel match comme un défi et ne jouera pas différemment contre une équipe réserve. Peut-être que je me trompe et que je me fais un film, mais je ne crois pas.

Allez-vous vous renforcer pour le deuxième tour avec, justement, des joueurs qui ont peut-être plus cette notion de derby?

Il est très difficile pour une équipe de M21 de se «renforcer» puisque le marché de jeunes joueurs est très restreint. On réfléchit à l’idée de prendre un ou deux joueurs avec plus d’expérience afin de soulager ces jeunes en amenant une valeur ajoutée au niveau mental. Nous ne voulons cependant pas faire n’importe quoi. Il n’est pas question de « prendre pour prendre », et nous ne le ferons que si l’apport est tangible. Ce type de joueurs est souvent déjà impliqué dans des équipes de ligues supérieures. Certains paramètres ne sont donc pas les mêmes.

On a entendu parler de Nicolas Hélin, de Renato Rocha et de Juan Rodriguez…

Ces joueurs n’avaient pas de clubs. Ce n’est plus le cas. Un tel joueur devra être complètement impliqué dans le projet. Juan peut avoir le profil recherché: son fils joue à l’Académie LFA et il co-entraîne les M12 de MLF. Je le répète, nous ne ferons pas n’importe quoi. Nous avons entière confiance en nos jeunes joueurs de Team Vaud, même si certains devront sérieusement hausser leur niveau au deuxième tour, notamment dans l’implication personnelle, la constance et la performance. Nous attendons de leur part une préparation exemplaire. Chaque joueur, individuellement, sera ainsi notre vrai renfort. Les changements dans l’effectif seront l’arrivée de joueurs méritants des M18 de 1996, voire éventuellement de 1997. Certains joueurs de l’effectif ayant moins joué au 1er tour seront prêtés dans d’autres clubs pour gagner de l’expérience et temps de jeu.

Les dirigeants du FC Le Mont ont souhaité publiquement que certains de vos joueurs les rejoignent, dans le cadre de la collaboration « Team Vaud ». L’argument est qu’ils progresseraient plus vite en 1re ligue Promotion qu’en 2e ligue inter. Qu’en pensez-vous?

Oui, j’ai entendu ça. Il faut personnaliser ce discours et ne pas faire de généralités. A son âge, un jeune a besoin de jouer. Les joueurs internationaux M20 évoqués ont la chance de s’entraîner et ont joué quelques fois avec la 1ère équipe du Lausanne-Sport. Peut-être leur progression passera-t-elle, ou pas, par un autre club de Team Vaud. Ils doivent accumuler les minutes de jeu. En 1992-93, lorsque j’étais à Yverdon à 19 ans, Bernard Challandes, entraîneur à l’époque, me faisait jouer chaque dimanche, même si parfois il devait laisser Reszo Kekesi, qui était quand même international hongrois, ou Roby Langers, sur le banc à mon profit, et même si parfois je n’étais pas extraordinaire. Ce fut décisif dans ma carrière. Au final, Yverdon est monté en ligue A et j’avais inscrit 24 buts. C’est ça aussi être formateur et faire de la formation. L’effectif du Mont est formé de joueurs de grande qualité issus de Team Vaud et d’ailleurs. Ces jeunes joueurs joueraient-ils à la place de Michele Morganella, de Ridge Mobulu, Ange N’silu ou Mobulu M’Futi? Il faut personnaliser chaque cas pour la progression du joueur. Il y a de la place pour chaque talent chez les partenaires de Team Vaud. Les décisions, pour la progression des joueurs, sont prises dans le cadre de séances du comité de Team Vaud, représenté par les présidents des clubs partenaires, des responsables et dirigeants de la structure, pas dans les médias.

On a quand même l’impression que Team Vaud mécontente pas mal de monde…

J’ai le sentiment que beaucoup de personnes parlent de Team Vaud sans connaître vraiment son fonctionnement et son rôle. On va improviser une petite liste, en deux minutes: Esteban Rossé, Adrian Alvarez, Léo Richard, Flavio Chioda, Alexandre Veuthey, Shqiprim Morina, Christophe Debluë, Korab Limani, Jérôme Hyvernaud, Chris Gargantini, Muamer Zeneli, Stevo Gasic, Titi Diaby, David Kilinc, Denis Bega, Baptiste Buntschu… Aidez-moi un peu!

Marco Gabriele, Halit Sabedini…

En trente secondes, nous évoquons quinze ou vingt joueurs d’à peine plus de 20 ans qui sortent de Team Vaud et sont régulièrement titulaires, voire même indiscutables dans des clubs de 1re ligue Promotion ou de 1re ligue Classic. Florian Gudit, Quentin Rushenguziminega… Si on continue pendant une minute, on va en trouver encore vingt. D’autres évoluent en Challenge League comme Jérémy Manière, Alexandre Pasche, Mehmed Begzadic, Antoine Rey, Dylan Stadelmann et bien d’autres. Ce sont tous de super joueurs ayant suivi la filière de Team Vaud et jouant dans les meilleurs clubs vaudois. Il serait bon quand même de ne pas l’oublier.

Il y avait des équipes de 1re ligue avant Team Vaud…

Oui, c’est vrai. Mais avec autant de joueurs formés dans le canton? Le fonctionnement de la formation auparavant était plus centralisé à Lausanne. Team Vaud ne peut fonctionner que grâce à la participation de tous les clubs et mouvements juniors du canton. Cette structure mérite d’être reconnue à sa juste valeur. Ce sont les joueurs de tous les clubs qui forment les équipes depuis les M13, toutes régions géographiques confondues.

Mais tous ne passent pas pros, alors que Team Vaud est une structure d’élite! Vous fournissez des joueurs aux clubs vaudois, je crois que c’est indéniable, et vous l’avez prouvé. Mais le but, c’est aussi de former des joueurs de Super League, non?

Le Lausanne-Sport a battu le FC Sion, au mois de décembre, avec 5 joueurs de Team Vaud. Salim Khelifi (1994), Özcan (1995), Ming (1995), Signori (1994) et Numa Lavanchy (1993). Le chemin est encore très long pour ces joueurs qui ne sont pas encore des joueurs de Super League. Il faut au moins 50 matchs donnant droit à ce statut. On a connu beaucoup d’étoiles filantes dans le football. C’est malgré tout encourageant. Les générations de 1990 à 1992 ont connu de nombreux départs prématurés de talents de Team Vaud vers l’étranger ou ailleurs en Super League (Ben Khalifa, Veseli, Fedele, Andjelko Savic, Fredy Mveng, etc.). L’exigence pour devenir joueur de Super League est grande. Chaque club et région suisse possède une formation d’élite de qualité avec, pour certains, de gros moyens. Les résultats au niveau européen montrent que le niveau des équipes du championnat de 1ère division est bon. La concurrence au sein des équipes entre joueurs suisses et étrangers est grande, il faut donc constamment se remettre en question, en collaboration avec l’ASF, pour avancer et former des joueurs pour cette ligue. Le vivier du football vaudois est historiquement excellent. Un joueur de talent représente un vrai projet dans la filière de Team Vaud. Les joueurs ne pourrons évidemment pas tous finir professionnel. C’est normal. Mais je vous le demande: jouer en 1re ligue, ou plus haut, en ayant bouclé une formation professionnelle, n’est-ce pas aussi une satisfaction?

On entend souvent que Team Vaud « brise » les joueurs. Les clubs les envoient, ils sont broyés par la machine et reviennent le moral en bas dans leur club.

Team Vaud, comme toute structure faisant de la formation d’élite avec un système pyramidal doit progressivement écarter des joueurs. Choisir, c’est éliminer. Chaque joueur de Team Vaud est important et nous partageons émotionnellement beaucoup avec eux. De leurs côté, les efforts sont souvent importants au niveau familial pour les déplacements, les vacances et d’autres sacrifices. Certains choix sont douloureux et font des malheureux. Les règles du jeu sont connues dès le départ lorsqu’ils intègrent une équipe.

Mais certains jeunes, en revenant dans les clubs à l’âge de 15 ou 16 ans, se plaignent qu’on leur a monté la tête, qu’on leur a dit qu’ils seraient pros… Et du jour au lendemain, ils ne font plus partie du projet!

Un entraîneur de Team Vaud voit ses joueurs deux heures par jour, cinq fois par semaine. Que font-ils le reste du temps ? Quel discours écoutent-il et de la part de qui? Les jeunes ont l’oreille sélective et préfèrent n’entendre que ce qui les laissera dans un certain confort. Il faut gérer le discours des parents, de l’entourage, voire même des agents qui ne leur racontent que les belles choses qu’ils veulent entendre. Ils ne sont focalisés que sur une seule personne alors que les entraîneurs en gèrent 20 à 25. Pensez-vous vraiment que certains jeunes ont besoin de personnes extérieures pour se monter la tête?

Non, on vous croit bien volontiers…

La vérité est que les joueurs se voient souvent plus forts que ce qu’ils ne sont vraiment. Ils sont très exigeants avec les autres, sans l’être autant avec eux-mêmes. Nous constatons très souvent le manque de notion de don de soi, de remise en question. Il faut donner pour recevoir. Je comprends parfaitement que ne pas être choisi pour monter d’une catégorie peut laisser des aigreurs. C’est trop simple de trouver les responsabilités chez les autres, mais ça va dans le sens du caractère décrit avant. La déception et l’échec font partie du sport d’élite.

Certains l’utiliseront pour avancer et se remettre en question…

Et d’autres pas. Pensez-vous que la déception soit unilatérale? La plupart des joueurs bénéficient d’allégements scolaires, du sport-étude, d’une place d’apprentissage chez un partenaire, de repas ou logement au CSEL, de cours d’appui, d’écoles spécialisées, ou autres, leur permettant de se concentrer sur leur sport en suivant une formation. Lorsque nous attendons de leur part de la performance et de l’engagement, il n’y a pas toujours de répondant. Je me rends compte à travers vos questions que Team Vaud a un déficit d’image, peut-être à cause d’un manque de communication, peut-être aussi parce que l’on écoute un peu trop ces jeunes en situation d’échec cherchant de fausses excuses ou leurs parents qui pensaient avoir leur 3ème pilier sur le terrain de football. Il faut rester sérieux. Les règles sont connues à la base et sont les mêmes dans l’élite de tous les sports. Une solution est trouvée pour chaque joueur grâce aux bons rapports entretenus avec les autres clubs. Team Vaud est une structure d’élite de formation du football vaudois appartenant à chacun, qui fonctionne très bien et cherche toujours à s’améliorer. Il y a quelques semaines, je me promenais, complètement par hasard, du côté de Nyon. Je regarde un match de jeunes du Team Vaud la Côte M15 de Serge Mégroz contre Team Vaud Lausanne. C’était formidable. Du vrai bon foot total, des déplacements, de bons joueurs, de l’enthousiasme, de l’envie et du plaisir. Vraiment admirable. Et c’est la même chose sur la Riviera et dans le Nord vaudois. Team Vaud appartient à tout le monde, ce n’est pas le Lausanne contre le reste du canton. J’encourage n’importe qui à visiter les matches ou entraînements des équipes de Team Vaud.

Mais en intégrant Team Vaud, ces jeunes rêvent à l’élite…

Heureusement que les jeunes peuvent encore avoir des rêves! Les joueurs retenus pour intégrer une équipe de Team Vaud ont surtout la chance de vivre une passion à fond dix mois sur douze, cinq fois par semaine, avec des coéquipiers également motivés. C’est aussi et surtout une école de vie demandant une certaine discipline et organisation. Il faut les encourager à atteindre leur rêve, mais les vrais efforts sont faits par le joueur. Le football, comme tout sport, demande un gros investissement personnel afin d’atteindre le haut niveau. Si l’on arrivait à être professionnel sans faire d’effort, ça se saurait. Le talent n’est que le minimum.

Team Vaud a quand même une faiblesse, c’est la faiblesse du LS, non?

Aujourd’hui, le Lausanne-Sport en Super League est une force, car l’idéal, pour une structure de formation d’élite, est d’avoir une locomotive comme pour tout le football de la région. J’ai envie de croire que le sauvetage est possible.

Ce qu’on veut dire, c’est que l’an prochain, il y a quand même une probabilité que Le Mont et le LS soient dans la même catégorie de jeu, même si tout le monde espère un sauvetage du LS.

Si on fait une projection à quelques années, il faudrait que le LS soit cette locomotive, que ce club tire le canton en avant. Ce n’est faire injure à personne que de dire que le LS doit être le club-phare du canton. Mais Il ne faut pas uniquement le dire, il faut le faire. La vérité est que l’on regarde à l’intérieur de notre canton, alors que les Suisses alémaniques sont en train de prendre une avance monumentale sur nous. Je ne parle pas uniquement des installations sportives inadaptées. Alain Joseph et les clubs de soutien se battent pour maintenir le club dans l’élite du football suisse dans des conditions très difficiles. Nous aimerions tous que le LS flambe et vive ce que vit Thoune ou Saint-Gall à notre échelle. J’aime bien voyager, aller voir Arsenal ou Barcelone quelques fois dans l’année, mais c’est ici que nous pourrions vivre des émotions, là où sont nos racines.

On a beaucoup parlé de Team Vaud, et très peu de vous, finalement. On ne va pas revenir sur votre carrière de joueur, mais on va parler de l’entraîneur Alexandre Comisetti. Votre intérim de deux matches à la tête du LS après le départ de Laurent Roussey vous a-t-il donné des idées?

Je n’ai pas de plan de carrière, si c’est ce que vous voulez savoir. J’apprécie mon activité à Team Vaud car je me sens proche de la formation et en valorise cet aspect. Mais à force de m’occuper de la formation des autres, il faudrait que je ne néglige pas trop la mienne (sourire).

Vous vous verriez donc repartir dans le monde professionnel à 100%?

La projection est difficile dans le contexte actuel et ce n’est pas le moment de parler de ça. Je veux me concentrer sur le projet des six prochains mois importants pour la 1ère et les M21. Mon équilibre familial est prioritaire. La carrière footballistique peut l’être aussi selon le contexte. Cela fait six ans que je suis à Team Vaud avec satisfaction des M14 aux M21. Tout est ouvert pour la suite à court et moyen terme.

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