Soir de tempête autour du match nul du Mont

Soir de tempête autour du match nul du Mont

Sehar Fejzulahi a été clair, quelques secondes après le match nul arraché par Le Mont face à Wil (2-2), en match à rejouer: « Tout ce qui se passe autour de l’équipe en ce moment n’aide pas à la concentration. Franchement, ça nous a perturbé ce soir, oui, mais on a montré du caractère pour revenir de 0-2 à 2-2. » Les événements qui ont perturbé Le Mont mercredi? Tout est parti d’un article publié le matin même dans « 24 Heures ». Le président Serge Duperret y mettait une certaine pression sur son entraîneur Claude Gross, allant jusqu’à qualifier sa préparation du match face à Wohlen, perdu 0-2 dimanche dernier, de « faute professionnelle ». Le message était clair: si Bienne revenait à hauteur du Mont samedi soir, alors Serge Duperret licencierait tout son staff, Claude Gross évidemment compris. Des déclarations inattendues, qui ont ulcéré l’entraîneur montain, de même que son adjoint John Dragani. Dès l’arrivée à Baulmes, mercredi soir pour le match à rejouer face à Wil, l’atmosphère était électrique.

Un président qui ne tolère pas autre chose que la victoire

La nuit était belle, pourtant, et le brouillard avait daigné ne pas s’inviter, pour une fois. Mais l’air était chargé d’ondes négatives. Celles qui conduisent un président et un entraîneur à s’éviter, celles des regards noirs. Oui, quelque chose s’est cassé entre Serge Duperret et Claude Gross. L’entraîneur du Mont ne faisait que gagner depuis son arrivée, en 1re ligue Classic, et il avait habitué son président à de trop belles choses. En Challenge League, forcément, Le Mont n’allait pas gagner tous ses matches, ni même la moitié. Mais le président ne tolère pas la demi-mesure et estime avoir une équipe taillée pour le haut du classement. Serge Duperret est un homme impatient et impulsif et, chez lui, la vérité d’un jour n’est pas forcément celle du lendemain. Sa pensée actuelle est claire: le travail de Claude Gross n’est pas satisfaisant. Il ne pensait pas cela hier, il ne le pensera pas forcément demain, mais aujourd’hui, il en est convaincu. Il est président, il tranche. « S’il ne supporte pas la critique, qu’il s’en aille », nous a-t-il dit juste avant le match. Il ne pensait pas si bien dire.

Démission ou pas? La réponse est non

Car « CG », mercredi, n’a pas fait que montrer son désaccord. Il a parlé à ses joueurs avant le match, leur disant qu’il s’agirait « peut-être » de son dernier match. Rapportés aux oreilles du président, ces propos ont été interprétés en un « il a démissionné ». L’entraîneur n’a pas souhaité s’exprimer après la rencontre, se contentant d’un « No comment » général à l’encontre de la presse. Tout juste nous a-t-il fait savoir que non, il n’avait pas annoncé son départ. Serge Duperret: « Mais je n’en sais rien, moi! Il ne m’a rien dit. Je suis allé encourager les joueurs avant le match, j’ai augmenté la prime, c’est tout ce que j’ai fait! Et après, j’apprends qu’il a démissionné! Il y a entraînement demain, je le donnerai, ou quelqu’un d’autre… Je n’en sais rien, il ne m’a pas parlé, on n’a eu aucun contact. Sa démission n’est pas entérinée, mais s’il l’a dit aux joueurs… » Bref, on n’a pas fini d’en parler.

Claude Gross n’a pas su rester impassible, comme il l’avait pourtant voulu

Claude Gross n’est pas homme à partir sans combattre. Mercredi, il s’était promis de ne rien dire, de rester passif durant toute la rencontre, de ne pas réagir. Mais l’amour de son équipe et son professionnalisme sans failles ont repris le dessus, dès l’heure de jeu. A 0-2, il a commencé à donner de la voix, à replacer ses joueurs, à les encourager, à les pousser pour aller chercher l’égalisation. Ils l’ont fait, ils sont allés la chercher et la joie de ses joueurs a sans nul doute fait chaud au coeur de Claude Gross, qui ne mérite pas cette sortie. Pas là, pas comme ça, pas sur un malentendu.

Pas cette fin-là, pas comme ça

Il ne nous appartient pas de dire à Serge Duperret ce qu’il doit faire. Le Mont est son club, il en est le président, il assume tout et on doute qu’il ait besoin de notre avis pour prendre une décision. Il veut se séparer de son entraîneur? Il en a le droit et il ne sera pas le premier dirigeant à prendre cette décision, ni le dernier. Mais cette histoire ne doit pas se finir comme ça, sur des mots cinglants, sur des attaques personnelles, sur du dénigrement. Quand les deux hommes ont décidé de travailler ensemble, Le Mont était en 1re ligue, mal classé. Trois ans plus tard, il est en Challenge League et n’est pas relégable. Le chemin parcouru est immense et les deux hommes ont eu besoin l’un de l’autre pour y arriver, ensemble. Claude Gross, s’il n’avait pas eu derrière lui les moyens de son président, n’aurait pas eu une équipe compétitive. Personne ne conteste cela et personne ne peut nier que la réussite du FC Le Mont est d’abord celle de Serge Duperret.

Mais celui-ci, il doit le reconnaître, a eu de la chance de croiser la route de Claude Gross. On le dit clairement ici, noir sur blanc: sans lui, Le Mont ne serait pas monté aussi vite, aussi haut, aussi bien. Ce n’est que notre avis? Peut-être, mais on en est convaincu. Il a fait progresser cette équipe, l’a amenée là où elle est aujourd’hui, tout en gérant la relation, forcément particulière, avec un président volcanique et imprévisible, ce qui va souvent de pair avec la passion.

Une équipe du Mont tout sauf résignée

Claude Gross mérite mieux que cette sortie par la petite porte, sans commentaire, en encaissant les attaques de son président. S’il doit partir, et le divorce semble aujourd’hui inéluctable, que ce soit « proprement », devant ses joueurs, la tête haute. Toute les belles histoires ont une fin et celle-ci doit en avoir une autre que celle à laquelle on vient d’assister aujourd’hui, même si le match a été plaisant et qu’on a vu une équipe du Mont tout sauf résignée, bien au contraire. Les Vaudois ont montré du caractère pour revenir et ont prouvé à leur entraîneur qu’ils comptaient encore sur lui, ou avec lui.

Signori Antonio encaisse un incroyable 0-2

Le match en lui-même? Archi-dominé par Le Mont dès la demi-heure de jeu. Le problème, c’est que comme face à Wohlen il y a trois jours, les Vaudois étaient déjà menés de deux longueurs à ce moment-là. Andres Vasquez avait en effet eu le temps d’inscrire un doublé (dont un 0-2 absolument incroyable, sur une frappe ratée de 35 mètres que Signori Antonio a inexplicablement laissé passer au premier poteau) pour permettre aux Saint-Gallois d’arriver à la pause avec ce score de 0-2 en leur faveur. De quoi réjouir leurs… quatre supporters, qui n’ont pas arrêté de chanter pour leurs couleurs durant les 90 minutes, tout comme les deux tout jeunes fans du Mont, à quelques mètres d’eux. Respect à eux six, vraiment.

En deuxième période, Le Mont était seul sur le terrain

Le Mont en première période? Une grosse occasion pour Sehar Fejzulahi (belle demi-volée, 12e), une autre pour Orhan Mustafi (31e), avant un tir de Benjamin Kololli (33e). Pas inintéressant, mais un peu maigre pour inquiéter le très bon Yanick Brecher. Disons que l’avantage de deux buts pour les visiteurs à la pause n’était pas complètement immérité, mais un peu sévère quand même. En deuxième période? Là, c’est clair, il n’y a plus eu que Le Mont sur le terrain. Wil a complètement refusé le jeu et subi les assauts de Montains très enthousiastes et déterminés. Le mot d’ordre? Crié par Gilberto Reis lui-même: « Allez les gars, si on marque le premier, on va égaliser après! C’est comme ça, les mecs! » Il ne le savait pas encore, mais Reis venait de lire dans l’avenir.

Nicolas Gétaz, buteur puis passeur

Car oui, dès la reprise du jeu après la pause, les occasions ont commencé à pleuvoir pour Le Mont. Les deux plus belles? Pour Leyti N’Diaye, le défenseur sénégalais. Deux fois, l’ancien joueur de l’OM aurait pu réduire la marque autour de la 50e minute, sans succès. Le Mont pressait tant et plus, Florian Berisha enroulait une frappe magnifique que Brecher pouvait détourner. Maudit, Le Mont? Non! Nicolas Gétaz a pu profiter d’un coup de pied arrêté pour glisser le ballon, de près, sous le corps de Brecher, sorti à sa rencontre. 1-2 à la 65e. La prédiction de Gilberto Reis allait se révéler vraie à la 85e, lorsqu’Adrian Alvarez, à peine entré en jeu, pouvait s’arracher pour transformer en but un centre de Nicolas Gétaz, encore lui. « La balle n’était pas facile, mais j’avais très envie d’aller la mettre au fond! », a souri le buteur, auteur de sa deuxième réussite de la saison. Il avait en effet inscrit le tout premier but de la saison, à Chiasso (1-1).

Le Mont, quoi qu’il arrive samedi, ne sera pas relégable à la trêve

Le score final a donc été de 2-2 grâce à ce but d’Alvarez et malgré une immense occasion pour Benjamin Kololli dans les arrêts de jeu (tir non cadré). Le Mont a donc sauvé les meubles avec ce point récolté au caractère, en fin de match. « Quoi qu’il arrive, on ne sera pas relégables à la trêve puisqu’on a 4 points d’avance sur Bienne. C’était notre objectif. Maintenant, il nous reste ce match à Lugano avant les vacances. Celles-ci vont nous faire du bien, on va avoir un peu de calme. Il faut qu’on y voit plus clair assez vite », terminait Sehar Fejzulahi, de manière assez avisée.

Les hommes du match

Florian Berisha a été le meilleur Montain. Il n’a pas excellé dans les coups de pied arrêtés, mais celui que l’entraîneur de Servette Kevin Cooper (présent ce soir à Baulmes), déclare volontiers apprécier, a été très bon dans le jeu et c’est le principal. Il a mis le feu dans la défense du FC Wil. Il ne lui a manqué qu’un but pour que son match puisse être qualifié de très bon. On a bien aimé Aurélien Chappuis et Nicolas Gétaz (un but et un assist, joli bilan offensif pour un latéral), mais l’activité de Gilberto Reis sur le couloir droit a été phénoménale. Le Cap-Verdien, promu capitaine en l’absence de N’Diasse N’Diaye (suspendu), a parlé pour trois, couru pour cinq et motivé ses troupes en bon leader qu’il est. Exemplaire dans l’engagement et la volonté, mais aussi la justesse technique.

Du côté du FC Wil, Yanick Brecher a été parfait. Le gardien international de la Suisse M21 est un cador et on le retrouvera très vite en Super League. Impressionnant, vraiment. Avec un gardien « normal » dans les buts saint-gallois, Le Mont aurait gagné 5-2.

Les prochains rendez-vous

La dernière journée de Challenge League a déjà lieu ce week-end! Samedi, à 17h45, Lugano affrontera Le Mont, tandis que le LS accueillera Bienne à La Pontaise.

FC Le Mont-sur-Lausanne – FC Wil 2-2 (0-2)

Buts: 17e et 28e Vasquez 0-2; 66e Gétaz 1-2; 85e Alvarez 2-2.

Arbitres: M. Bieri, assisté de M. Hamrouni et de M. Cordonier.

Le Mont: Antonio; Reis, Sallaj, L. Ndiaye, Gétaz; Si Salem (78e Alvarez), Chappuis; Berisha, Fejzulahi, Kololli; Mustafi.

Entraîneur: Claude Gross

Wil: Brecher; Cha, Lekaj, Platero, Cerrone; Berisa, Koller (46e Bozic), Muslin; Schäppi (77e Dutra), Vasquez, Taipi (86e Keller).

Entraîneur: Francesco Gabriele.

Stade Sous-Ville, Baulmes.

Categories: Football d'élite

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