Elle siffle des hommes et ils la respectent

Elle siffle des hommes et ils la respectent

Anne Gabellon est arbitre depuis 2012. La veveysanne opère notamment en 2e ligue inter. Se destinant à la profession d’avocate, elle utilise la psychologie comme un atout indispensable. Avec une ligne de conduite droite.

Elle est Veveysanne, mais arbitre pour l’Association fribourgeoise. Pas grave, Anne Gabellon est une des rares arbitres féminines du pays. Elle officie en 2e ligue inter, chez les hommes. « Je suis aussi arbitre-assistante dans cette ligue. » Elle fait valoir aussi ses connaissances chez les dames, en LNA. Elle sillonne la Suisse, elle oriente ses curiosités ailleurs, parce qu’elle est demandée. Anne Gabellon est dans la réflexion, l’analyse, s’interroge et se demande pourquoi le monde ne va pas mieux. Elle est aussi dans l’éducation, passe son temps à l’Uni, ou sur la route. Elle se rend là où on lui dit de siffler. Passion.

Il y a une dizaine de jours, Anne Gabellon se trouvait à Tallinn, la capitale de l’Estonie, pour un tournoi qualificatif en vue des Européens M17 des filles. « J’étais à la touche. » Pourtant, on ne dit plus juge de touche. « Mais arbitre assistant(e)« . Sur un CV, un tel rendez-vous est écrit en majuscule. « C’est une chance et une super expérience. » La Veveysanne allie le geste aux paroles. Elle est déterminée.

Arbitre centrale, arbitre-assistante, où va votre préférence ?

Je préfère être arbitre centrale. Quand je le suis, mon objectif, c’est d’arbitrer de manière cohérente, avec une ligne de conduite. Il ne faut pas envenimer un match. J’essaye d’être claire avec les joueurs. L’arbitre centrale doit sentir le climat. Il faut protéger les joueurs, serrer un peu plus la vis quand il le faut. Le respect du jeu doit être primordial, préservé.

A l’instar d’un joueur, l’arbitre doit-il avoir une intelligence de jeu ?

Il doit sentir les évènements, le jeu. Il ne doit pas être dans sa bulle, hermétique à tout ce qui se passe autour de lui. J’impose une ligne, il appartient aux joueurs de la respecter, mais il faut essayer de la rendre claire pour les joueurs, qu’ils sachent et sentent rapidement ce qui est accepté et ce qui ne l’est pas. Pour cela, nous disposons de plusieurs outils : le langage verbal, mais aussi le langage corporel et bien sûr les cartons.

La simulation ne devrait-elle pas plus souvent sanctionnée ?

Ça dépend de ce que l’on parle. Lorsqu’un joueur essaie de tromper l’arbitre en feignant d’être blessé ou victime d’une faute, il s’agit d’un comportement antisportif et le joueur doit être averti.

Il y a aussi et très souvent une exagération…

…Je remarque parfois que les joueurs exagèrent une blessure après un contact, y compris lorsqu’une faute a été sifflée. Au foot, on a parfois l’impression que le joueur veut montrer qu’il a mal. C’est une culture du foot, c’est terrible de dire ça, mais il faut bien reconnaître que l’on ne remarque pas cela au hockey, par exemple.

Etes-vous l’objet d’insultes ?

Oui, malheureusement cela arrive, comme à mes collègues masculins. Pendant un match, par des joueurs ? Non ou alors elles sont rarissimes. En revanche, je remarque qu’il y a une banalisation des insultes sur un terrain de foot. C’est devenu un fait de société. Je constate, peut-être parce que je vieillis, qu’on a un problème au niveau du respect. Dans la société, c’est pareil. Quand on dit que le football est un reflet de la société, il n’y a rien de plus logique.

Avez-vous joué au football ?

Avec Vevey, j’ai joué avec les juniors D. Dans l’équipe, j’étais la seule fille. Mon poste ? Milieu offensif. Je marquais des buts. Mais j’étais prédestinée à être arbitre.

Pour quelle raison?

Quand j’arrivais dans un stade, la première chose que je cherchais, c’était le vestiaire des arbitres. C’est là que je me changeais.

Avez-vous pratiqué un autre sport ?

Être seule au foot, ça me pesait un peu. Alors, j’ai pratiqué le tennis. Avec le Stade-Lausanne, j’ai participé aux interclubs. A 17 ans, j’ai recommencé le foot, avec Vevey Féminin. Je me suis déchiré les ligaments croisés au genou gauche.

Du coup, pour continuer à vivre votre passion, le football, vous vous êtes orientée vers l’arbitrage.

A l’Uni à Fribourg, j’ai rencontré un ami qui était arbitre. Ah bon, lui ai-je dit. Un jour, je suis allée le voir, c’était bien, ça m’a plu, ça m’a donné envie de commencer. Je suis arbitre depuis 2012.

Parallèlement à l’arbitrage, vous vous destinez à être avocate.

J’arrive au bout, enfin j’espère, de ma thèse de doctorat. Le sujet ? L’entreprise défaillante en droit de la concurrence. Oui, c’est ardu. Ensuite, en automne 2018, je serai en stage dans une étude d’avocat. Ça sera à Lausanne et je sais déjà où. Après le stage, un examen du barreau m’attend.

On vous sent épanouie, bien dans votre peau, vous avez tout pour vous…

…Tout, c’est vous qui le dites. Oui, l’arbitrage m’a épanouie. C’est une école de la vie, que je recommande vivement aux gens. On y apprend la gestion du stress, le comportement humain. On y est aussi confronté. Il y a une attitude à avoir. Il faut diriger, analyser et prendre des décisions. Et accessoirement, on y rencontre des personnes qu’on ne rencontrerait pas forcément.

Vous êtes arbitre en 2e ligue inter. Envisagez-vous de gravir un échelon, de vous retrouver pourquoi pas en LN?

Plus haut chez les hommes, non, je ne peux pas aspirer à gravir de nouveaux échelons. J’ai quitté la « Referee Academy », gérée par l’ASF, qui travaille et à trait à la formation des arbitres aspirant à aller plus haut. Ils suivent des cours, ils sont coachés. Le but : en sélectionner pour le niveau supérieur. Pour suivre tout ça, il faut du temps, une grande disponibilité. Il faut que l’arbitrage soit une priorité. De mon côté, et indépendamment de la question de savoir si je dispose des compétences nécessaires, il me manque ce prérequis. À considérer ce qui m’attend dans les mois à venir, ça sera difficile de joindre tout ça. C’est la vie, c’est ma vie.

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