Shqiprim Morina, 19 ans, caractère et talent

Shqiprim Morina, 19 ans, caractère et talent

La première chose qui frappe chez ce jeune homme qui n’a pas encore 20 ans? Sa confiance en lui. Ce jeune homme ne se cache pas, ni dans la vie, ni sur le terrain. Il faut l’entendre élever la voix pour comprendre qu’il est un leader, un vrai. Pas du genre à se chercher des excuses, plutôt du style à forcer le destin et à entraîner les autres avec lui. Arrivé à Nyon (1re ligue Promotion) à l’été 2012, il s’est imposé comme un titulaire indiscutable et, mieux, comme l’un des joueurs importants dans l’effectif de Bernardo Hernandez. Celui-ci n’a d’ailleurs pas hésité à en faire son troisième capitaine. « Oui, il est aujourd’hui un des piliers de l’équipe. Aurélien Mairet et Sébastien Gormond sont mes deux premiers capitaines, mais cette responsabilité-là lui est venue naturellement. Même s’il a fallu le cadrer au début. Franchement, je ne l’ai pas lâché, et j’en suis heureux », sourit l’entraîneur stadiste, qui accomplit un travail formidable avec son jeune effectif.

« Je sais ce que je veux et où je veux aller »

Car Shqiprim Morina, petit frère de Labinot (latéral gauche à La Sarraz-Eclépens, 2e inter) est un joueur à fort caractère, ce qui ne peut pas être un défaut lorsque ce trait de la personnalité s’accompagne d’intelligence et de recul. « Je sais ce que je veux, et où je veux aller. J’ai les qualités pour jouer plus haut, et j’en ai l’envie. Mais je sais que ce n’est pas en parlant que cela va arriver. Je suis à Nyon, et je suis reconnaissant à ce club pour ce qu’il m’offre. On travaille vraiment bien à l’entraînement, je n’ai pas du tout l’impression de perdre mon temps ici. J’ai progressé depuis que je suis arrivé, j’en suis sûr », explique le principal intéressé.

Bernardo Hernandez: « Il a eu l’intelligence d’écouter et il a mûri »

Bernardo Hernandez confirme: « Il a progressé, c’est vrai, parce qu’il a eu envie de le faire, et qu’il a été attentif et respectueux. Quand il est arrivé, je lui ai demandé de mieux utiliser son corps. Il est grand, c’est un atout. Mais il n’en faisait rien: pas un duel gagné, que ce soit dans les airs ou au sol! On a travaillé là-dessus, et il a eu l’intelligence d’écouter. Il a mûri, et c’est pour cela qu’il fait partie des cadres aujourd’hui. Mentalement, il a été fort. » Pas une surprise, mais quand même: le passage du monde de la formation à celui de l’élite peut réserver des déceptions. Pas chez « Shqip ». Avec son 1m93, il ne passe pas inaperçu, surtout au poste de milieu relayeur, aussi bien offensif que défensif. Son point fort? La technique, clairement. Son entraîneur est d’accord: « Oui, techniquement, il a toujours été très propre. » Plus que ça, même. Amortis, dribbles, protection du ballon, orientation du jeu: ce jeune homme sait tout faire.

Une année à Dardania Lausanne, en 2e ligue, après Team Vaud

Sa technique, il l’a acquise de manière personnelle, bien sûr, mais aussi à Team Vaud, où il a suivi toute la formation d’élite, avant d’en sortir pour des raisons qui ne regardent que lui. « Je suis allé une année à Dardania », explique-t-il sobrement. Sa découverte du football des adultes se fera au niveau régional, à l’été 2011, en 2e ligue. Mais pas besoin d’être un grand connaisseur du football pour voir que le gamin n’avait rien à faire là. Le Stade Nyonnais et lui se sont vite trouvés, pour reprendre le fil d’une carrière qui doit l’amener plus haut. Retrouvera-t-il l’élite par d’autres chemins que la filière classique de Team Vaud? Il en a les capacités, mais aussi le mental, on l’a dit. Reste à avoir, peut-être, le coup de chance, celui qui fait basculer une carrière dans le bon sens. Aujourd’hui déjà, il se consacre entièrement au football, dans des conditions financières qui sont celles de la 1re ligue Promotion et qui ne lui permettent donc pas d’en vivre. Il attend mieux, il espère mieux, et il travaille pour avoir mieux.

Le deuxième joueur le plus utilisé à Nyon cette saison

Avec 1579 minutes de jeu depuis le début de saison, selon le très bon site officiel du Stade Nyonnais, il est le deuxième élément le plus utilisé depuis le début de saison, derrière Aurélien Mairet. Auteur de deux buts (dont un absolument magnifique face à Sion M21), il doit se montrer encore plus décisif, et il le sait. Sa marge de progression est sans doute là, même s’il n’est ni un buteur, ni un vrai passeur décisif, plutôt un régulateur de jeu. Son tempérament s’exprime aussi au travers des six cartons jaunes récoltés. Pas un scandale en vingt matches disputés, mais là aussi, peut-être, un chiffre à prendre en compte et à essayer de réduire pour franchir encore une étape.

« Où j’ai envie de parler, c’est sur le terrain »

Une anecdote significative? Lorsqu’on évoque avec lui la possibilité de jouer, peut-être un jour, pour l’équipe nationale du Kosovo, il n’offre pas la réponse habituelle, toute en hypocrisie. Lui préfère affirmer ses objectifs, et ses mots sont aussi étonnants que sincères: « Que cette sélection du Kosovo existe, déjà, ça me plaît. Je me vois y jouer, mais j’ai envie que cela vienne de moi, de mes performances, et que ce soit eux qui m’appellent. Je pourrais très bien dire à mon agent de prendre contact avec eux, et qu’il m’arrange un essai, ou je ne sais pas quoi. Mais ce serait aller à l’envers. Ce sont eux qui doivent entendre parler de moi, me voir sur le terrain et estimer que je suis digne d’y aller. Moi, là, où j’ai envie de parler, c’est sur le terrain. Ce n’est même pas une question de fierté, c’est juste que le football, c’est comme ça. »

Un leader, toujours positif et à l’écoute

Il n’en dira donc pas beaucoup plus, préférant réserver ses mots pour le terrain, là où il n’hésite pas à parler à ses coéquipiers, même plus âgés, et à prendre une place prépondérante dans le vestiaire, où il parle, mais toujours de manière positive. A son âge, 19 ans, certains pourraient faire profil bas, mais lui se comporte comme il l’est, sans se prendre la tête. « Mais ça aussi, c’est normal. Ils m’ont très bien accueilli et comme je vous l’ai dit, je me sens bien ici. On bosse tous sur le terrain, on fait notre boulot, mais il y a une vraie ambiance familiale. Il y a beaucoup de jeunes joueurs, et on s’inspire des anciens, on les écoute. » Mais lui veut tracer sa route. Sans rien devoir à personne.

Demain? Ce sera la Super League, la Challenge League ou la 1re ligue Promotion, selon les opportunités, les décisions, les portes qui s’ouvriront ou resteront fermées. Une chose est sûre: il ne cherchera pas à les forcer, et n’ira demander à personne de les ouvrir pour lui.

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