Roby Papadia, chasseur de buts fidèle à deux clubs

Roby Papadia, chasseur de buts fidèle à deux clubs

Il y a des noms, comme celui de Roby Papadia, qui résonnent dans tous les vestiaires vaudois. « Aujourd’hui, les gars, vous savez qu’il est en face, alors on lui laisse pas un centimètre! Sinon, il la met au fond! C’est compris, les gars? », prévient à chaque fois l’entraîneur adverse, souvent en vain. Car à chaque match, ou presque, Roby Papadia marque. Des statistiques? Il n’en tient pas de précises, mais sait que lors de chaque saison, ce sont 20 ballons qu’il a planté dans les filets adverses. A 36 ans, il a déjà scoré neuf fois lors de ce premier tour, dans le groupe 4 de 3e ligue. Entretien avec un chasseur de buts fidèle, puisqu’il n’a connu que deux clubs dans sa carrière, le FC Ecublens et le FC Crissier.

Roby, avant un match, vous pensez à gagner ou à marquer?

D’abord à gagner, c’est sûr. C’est la priorité absolue. Mais juste après, je me dis que je dois marquer… C’est important pour l’équipe et pour moi, je ne m’en cache pas.

Vous avez toujours été un buteur dans l’âme?

En fait, pas vraiment!

Ah bon?

Oui, c’est drôle de dire cela maintenant, mais en fait, petit, je n’aimais pas du tout le football. Je ne jouais pas, je ne m’y intéressais pas. Vraiment, c’était un monde étranger, jusqu’à mes 11 ans.

C’est l’âge auquel vous avez commencé?

Exactement. En fait, j’étais plutôt dans la natation. Et un jour, on m’a proposé de venir à l’entraînement des juniors C, pour voir. Je courais vite, on s’est dit que je pourrais faire un bon footballeur. Et j’ai beaucoup aimé, donc je suis resté et j’ai continué, tout simplement.

Donc avant les juniors C, vous n’aviez jamais touché un ballon?

Exactement. Et j’ai commencé derrière, j’étais stoppeur. Et un jour, l’entraîneur m’a demandé où je préférais jouer, j’ai dit devant.

Avant-centre?

Non, il y avait Ivan Gaudiuso à ce poste-là, donc j’étais sur l’aile. Ensuite, il est au parti au Lausanne-Sport, donc je me suis recentré un peu et je n’ai jamais bougé.

Les C, les B, les A et la première équipe… L’enchaînement logique!

Exactement. Je suis vraiment un gamin d’Ecublens, sorti des juniors. C’est Jean-Michel Perret qui avait la I à cette époque, en 3e ligue, qui m’a proposé de venir avec eux. J’avais 17 ou 18 ans.

Et vous marquez tout de suite?

Oui, grosso modo, j’ai toujours marqué mes 20 buts par saison. Des fois un peu plus, des fois un peu moins, mais j’étais toujours dans ces eaux-là.

Et ça n’a pas attiré l’oeil des clubs alentours?

Sincèrement, je ne sais pas. Mais à 24 ans, je suis allé à Crissier, qui était une bonne équipe de 2e ligue. Ils avaient besoin d’un attaquant, mais c’est surtout le fait que j’avais plein d’amis là-bas qui m’a décidé. J’y suis allé un peu sur la pointe des pieds… Je venais de 3e ligue et Crissier était une très belle équipe.

Et vous avez marqué tout de suite?

Oui, et ça m’a rassuré d’entrée… et eux aussi (rires). Lors du premier match amical, j’ai marqué un but. Et en championnat, on gagne le premier match 3-0 et je plante les trois! Ca va, j’ai été bien accepté (rires).

Vous avez vécu de belles années là-bas…

Oui, vraiment. On a un seul problème, en fait.

Lequel?

On était dans le groupe du Mont, chaque année. Et à chaque fois, ils se plantaient en finale, donc revenaient dans notre groupe! Une fois ils perdent contre Terre Sainte, une fois Bavois et la dernière année c’était Montreux… Et nous, à chaque fois, on finissait deuxième.

Qui sait, si Le Mont était monté, vous auriez disputé les finales l’année d’après…

Oui, on peut le penser, mais bon, une fois qu’ils y sont arrivés, on était moins bons.

Et vous avez fini par être relégué.

Une sale période et un très mauvais souvenir. On a eu de très belles années à Crissier, avec de très bons entraîneurs. J’ai eu la chance de côtoyer Jean-Yves Aymon, par exemple, et j’en garde un excellent souvenir. Il était vraiment très fort, que ce soit humainement ou comme technicien.

A ce moment-là, alors que vous plantiez régulièrement, n’avez-vous pas eu des offres pour aller plus haut?

Pas vraiment.

Pardon? Un buteur comme vous, le téléphone devait sonner chaque jour, non?

Non, en fait, c’était un peu tard. Vous savez, je suis arrivé en 2e ligue à 24 ans, c’était un peu court pour espérer aller vraiment plus haut. Jean-Yves Aymon me l’a dit, d’ailleurs. Si j’étais arrivé à ce niveau-là à 19 ou 20 ans, j’aurais pu avoir une carrière en 1re ligue, peut-être.

C’est un regret?

Quand même, oui. J’aurais aimé savoir ce que c’est de jouer à ce niveau-là, par curiosité. Mais je n’en fais pas une maladie non plus. Je ne suis pas sûr que j’aurais été prêt à tous les sacrifices que cela demande. Tiens, j’ai eu un téléphone, d’ailleurs, j’y pense maintenant.

De qui?

Team Vaud. Jean-Yves avait donné mon numéro, je pense. On m’a appelé en me disant que je serais le joueur parfait pour encadrer des jeunes. Sincèrement, je ne sais plus s’ils étaient en 2e ligue inter ou en 2e ligue, mais quand j’ai demandé le nombre d’entraînements, j’ai dit non tout de suite.

C’est-à-dire?

On faisait trois séances à Crissier et moi, je voulais surtout descendre à deux. A Team Vaud, c’était quatre séances, plus le samedi, plus le match le dimanche. J’ai raccroché poliment le téléphone (rires). Cela répond à votre question, je crois. Oui, j’ai des regrets, mais en même temps, j’aime trop ce qu’il y a à côté du foot pour tout y sacrifier. J’ai un travail prenant, où j’ai des responsabilités, une petite famille qui est ma priorité. Voilà, le football amateur, c’est parfait.

Ce qui explique cette fidélité incroyable. Aujourd’hui, un attaquant qui met 20 buts par année en 3e et en 2e ligue, il va jouer une saison là, une autre là-bas, et il se fait gentiment défrayer…

Oui, bon… Je n’ai jamais été dans cette optique-là, vous l’avez compris.

Après Crissier, d’ailleurs, vous revenez à Ecublens… en 4e ligue!

Ca m’embêtait un peu, pour tout dire. Au début, je n’étais pas chaud. On a été relégués avec Crissier, mais je suis resté six mois en 3e ligue. Et Ecublens n’arrêtait pas de me harceler: « Reviens, on veut monter, c’est chez toi… » Mais sincèrement, je me voyais bien retourner en 2e ligue. La 4e ligue, ça ne me disais pas trop. J’avais quoi? 29 ans, 30 ans? Bon, allez, j’ai dit oui, retour à Ecublens.

Et vous montez en 3e ligue peu après.

Oui et on arrive en finale de la Coupe vaudoise contre Champvent! Une belle année, c’était de la folie, sincèrement. J’ai eu beaucoup de plaisir et cette finale reste comme le meilleur souvenir de ma carrière.

Vous avez perdu 0-4…

C’est un détail (rires)! En fait, le week-end tout entier reste un souvenir incroyable. On sortait de trois jours à Lloret del Mar et on est revenus exprès pour la finale.

Pardon?

Vous ne saviez pas? En fait, pour que ce week-end soit inoubliable et que cette finale soit un souvenir gravé à jamais, on a décidé que ce serait le point d’orgue de trois jours de folie. On est donc partis faire la fête en Espagne en fin de semaine, on est revenus le matin du match en car. Départ à minuit de Lloret del Mar, la fête dans le bus, arrivée à Ecublens à 11h, un plat de pâtes et départ pour Yverdon!

Mais vous vous étiez entraînés là-bas?

Non (rires). Bien sûr qu’on aurait pu mieux préparer cette finale d’un point de vue sportif, mais on était en 4e ligue, Champvent une bonne équipe de 2e ligue. Voilà, on a décidé de faire comme ça et je ne le regrette pas, je peux vous dire. A l’échauffement, on se sentait comme des rois! 900 personnes, on se disait qu’on était en pleine forme, avec l’euphorie du voyage… Bon, on a vite compris que ce serait long.

La pelouse est grande au Stade Municipal, hein?

Beaucoup trop! Sur un de mes premiers ballons, je fais un sprint. Dans ma tête, j’avais couru 100 mètres, mais en vrai, je devais en avoir fait 10 (rires)! Et à la fin de ma course, je lève la tête, je vois les deux défenseurs centraux qui font chacun une tête de plus que moi…

Fouad Rameche et Alija Beso…

Oui, je crois que c’est ça! Ils m’ont pris le ballon et là, je me suis dit: « Bon, Roby, ça va pas aller comme tu veux aujourd’hui! » Mais voilà, comme je vous l’ai dit, ce week-end là, avec une finale de Coupe vaudoise à la fin, c’est le meilleur moment de ma carrière d’amateur de football.

Vu de l’extérieur, on a vraiment le sentiment qu’Ecublens est comme Cheseaux ou Prilly, un club de la banlieue lausannoise, mais avec une vraie mentalité familiale.

On a nos problèmes, comme partout, mais pour ce qui est de l’équipe, c’est vrai. On est tout le temps ensemble, on sort ensemble et il n’y a pas de clans. Ce qui explique que nous soyons quasiment tous restés après la relégation.

C’est vrai qu’on craignait une explosion qui n’est pas arrivée…

Si l’un de nous était parti, peut-être que les autres auraient suivi, je ne sais pas. Mais je suis heureux que ce ne soit pas le cas.

Vous-même, vous avez hésité à arrêter?

Pour être franc, oui. La relégation a été galère, avec tous les problèmes que vous connaissez. Je me suis posé la question, pour être honnête. Partir, arrêter, aller à la II ou à la III…. J’avais diverses options. Dès qu’Ivan Gaudiuso, mon ami d’enfance et mon collègue de boulot, a dit qu’il reprenait l’équipe, j’ai tout balayé. Là, c’était clair que je restais, pour lui et pour le FC Ecublens.

Motivation intacte, à 36 ans!

Oui, clairement. C’est génial de voir que les jeunes suivent, qu’il y a du renouveau. On est une équipe soudée et j’ai pris la meilleure décision possible en restant.

Surtout que vous n’êtes pas du genre à vous en aller à la première contrariété, comme on l’a dit avant… C’est donc qu’il s’est passé des choses relativement graves, non?

Je n’ai pas vraiment envie de rentrer dans ce genre de détails, vous pouvez le comprendre… Ce qui compte, c’est qu’on ait été plus forts que tout ça. La meilleure preuve, c’est que toute l’équipe, à une ou deux exceptions compréhensibles près, est restée malgré la relégation.

Ce qui est étonnant du coup, c’est votre mauvais départ, non?

On a débuté avec trois matches et zéro point, c’est vrai. On est revenus petit à petit et là, ça va un peu mieux.

Au point de croire aux finales?

Sincèrement, ça va être difficile. On a huit points de retard sur Jorat-Mézières, qui a un match en moins. C’est beaucoup.

Huit points, ça va…

C’est quand même beaucoup. Ivan, lui, il y croit à fond, donc je me laisse volontiers convaincre. Son objectif, c’est de faire 11 matches et 33 points!

Ah oui, quand même!

Il nous l’a déjà dit et redit, il veut 33 points au deuxième tour. Si on arrive, alors on sera en finales. Donc en fait, je modifie ma réponse à la question précédente: oui, on y croit!

Vous voulez rejouer en 2e ligue?

Alors, d’un point de vue personnel, non, c’est clair. A 36 ans, là, je n’ai plus envie. Je veux continuer tranquillement encore quelques années, mais si Ecublens monte en 2e ligue, je peux déjà dire que ce sera sans moi.

Vous voulez encore jouer un moment?

J’ai toujours dit que je ne jouerai pas jusqu’à 40 ans, mais j’y arrive gentiment (sourire). Je vais encore faire quelques années, oui, j’aime toujours ça.

Vous êtes assez étonnant sur un terrain…

Comment ça?

Vous avez du caractère, mais en même temps, vous êtes quelqu’un d’assez calme…

Oui, je crois. Je ne suis pas du genre à m’énerver contre les autres. Si j’en veux à quelqu’un, c’est à moi-même, en général. Mais oui, j’ai un peu de caractère.

Le combat avec les défenseurs, vous aimez?

Je ne le provoque pas, mais si quelqu’un me cherche, il va me trouver. Ca dépend des matches, en fait. Des fois, tout va bien, et des fois, il y a un peu d’adrénaline, le besoin d’aller au combat. Je ne cherche pas l’affrontement, mais je ne l’évite pas, pour résumer.

Votre qualité principale, c’est votre jeu de tête, non?

Oui, j’aime bien ça, trouver le bon timing. J’adore quand un centre arrive bien, qu’il faut s’élever et taper le ballon au bon moment et le mettre au bon endroit. C’est vrai que c’est quelque chose que j’ai appris à maîtriser avec les années, mais on peut toujours s’améliorer (rires).

Entraîner, ça vous dit?

Non, je ne pense pas. En tout cas pas dans l’immédiat. J’ai déjà beaucoup à faire à côté, mais plus tard, pourquoi pas? Je peux imaginer entraîner mon fils, ce serait sympa.

Il a quel âge?

Sept ans.

Il joue déjà?

Oui, dans les juniors à Ecublens.

Il joue quel poste? Attaquant?

Non, milieu de terrain. Bon, à cet âge-là, ils jouent un peu partout, c’est normal. Il a le temps, encore!

Categories: 3e ligue, Interviews

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