Renato Rocha, quel phénomène!

Renato Rocha, quel phénomène!

On va commencer par être clair: Renato Rocha est insupportable. Défendre face à lui s’apparente à passer 90 minutes en enfer. Il se bat sur chaque ballon, il parle, il provoque, il met des coups. Un guerrier des stades, un vrai. De par sa masse physique et sa détermination, il pèse sur chaque défense de 1re ligue et il fait partie d’une race à part, celle des purs avant-centres. Ils ne sont pas nombreux, d’où l’intérêt de l’avoir dans son équipe plutôt que dans une autre pour toute équipe ambitieuse. Jean-Michel Viquerat ne s’y est pas trompé cet été. Bavois ne marquait pas assez de buts et avait besoin d’un avant-centre? Le nom de Renato Rocha, pourtant pas parti dans les meilleurs termes possibles après son premier passage aux Peupliers, était tout en haut de la liste. « RR » a donc quitté Echallens pour le FCB, où il est pour l’instant « le » transfert de l’année en 1re ligue. Une preuve supplémentaire? Samedi, aux Trois-Sapins, sur le terrain de sa dernière équipe en date, il a inscrit un triplé, ses… 199, 200 et 201e buts en carrière. Un phénomène.

Trois buts, et un sacré caractère

Renato Rocha a montré son vrai visage, celui du guerrier. Débarrassé de ses ennuis de santé qui l’ont écarté des terrains au mois d’août, il a montré pourquoi il était craint de toutes les défenses de Suisse romande. Avec ses trois buts, déjà, mais aussi avec son caractère. Un exemple? A la 72e, il subit une faute de Damien Germanier, tout près de la ligne de touche. Après s’être fait soigner, il se relève et apostrophe tout à fait bruyamment le numéro 17 du FC Echallens Région, lui promettant la même semelle dans les minutes à venir, le tout agrémenté d’une petite insulte. Le tout à deux mètres du nombreux public et de l’arbitre! M. Monti, de Prilly, lui infligeait un carton jaune qui ne calmait pas tout à fait le buteur bavoisan. Une preuve? Deux minutes plus tard, il allait au duel aérien sur… Damien Germanier, ne commettant aucune faute, mais lui montrant que le mâle dominant du jour, c’était lui et personne d’autre. Quelle tronche, pardon!

Fatah Ahamada s’est créé deux occasions d’égaliser, à 1-1 et à 2-2

Le FC Bavois s’est donc imposé 1-4 à Echallens samedi, et ce résultat doit évidemment beaucoup à son buteur. La différence entre les deux équipes s’est faite là, dans le réalisme et dans la percussion, nulle part ailleurs. Le FCER, très convaincant en début de saison, l’est un peu moins depuis quelques semaines. Pourquoi? Pas parce qu’il joue moins bien, non, mais parce qu’il est moins en réussite offensivement. Fatah Ahamada, étincelant en début de saison, confirme qu’il a largement le niveau, mais ses percées sont un tout petit peu moins décisives, à l’image de ses deux grandes occasions. A la 25e, sa frappe était trop croisée et à la 53e, il se heurtait à Marco Grosso, bien sorti. Dans les deux cas, ce but aurait été celui de l’égalisation, tout d’abord à 1-1, puis à 2-2. Il n’en a rien été et, à chaque fois, Bavois a mis le but du break derrière. Grâce à qui? A Renato Rocha, bien sûr.

L’opportunisme de « RR »

Les trois buts de l’attaquant portugais n’ont pas été exceptionnels de maîtrise, mais ils l’ont été de flair et de sens du placement. Le 0-1? Un ballon récupéré aux 25 mètres par Marco Malgioglio suite à une relance malheureuse de Ludovic Zwahlen, le gardien challensois. Le numéro 10 subit une faute, mais M. Monti laisse l’avantage, le temps pour Rocha de récupérer le ballon, de contourner Zwahlen et de marquer du droit (22e). Le 0-2? A la demi-heure de jeu, un bon centre de Bourama Ouattara pour la tête de « RR », qui conclut proprement. Le 1-3? Une reprise d’Allan Eleouet, déviée par Zwahlen sur sa barre transversale, qui revient au numéro 15 bavoisan, pour son huitième but de la saison, le 201e d’une carrière ultra-prolifique. Micael Martins a pu clôturer le score à la 90e, en profitant d’un très bon service d’Allan Eleouet, entré en jeu à la 60e. Voilà pour les quatre buts bavoisans.

Seul Steve Samandjeu a réussi à tromper Marco Grosso

Echallens, de son côté, a inscrit le 1-2 par Steve Samandjeu juste avant la pause et ce but a eu le mérite de relancer le suspense. Le latéral gauche français du FCER a profité d’une mésentente entre Marco Grosso et Nezir Kurtic pour reprendre la balle à 25 mètres et l’envoyer d’une frappe puissante dans les cages vides. Un but tout sauf facile à inscrire, qui doit beaucoup à l’opportunisme du Challensois, lequel a profité d’une des seules défaillances du FC Bavois en défense samedi. A 1-2 à la pause, Echallens pouvait penser à revenir en deuxième période et aurait très bien pu y arriver jusqu’à la 83e et au 1-3 fatal. Pour cela, il aurait fallu, peut-être, mettre un peu plus de rythme, ainsi qu’un peu plus de détermination et de percussion. Clairement, les deux équipes sont sur des dynamiques différentes, et cela explique l’ampleur du score entre deux formatons très proches dans le jeu. Et comme Echallens a dû composer avec une défense remaniée, avec Nicolas Bastardoz et Jérôme Hyvernaud dans l’axe, les trois centraux habituels étant blessés (Teddy Conesa, Diego Sessolo, Fabien Lacroix), Rocha s’est régalé face à ses anciens coéquipiers.

Le FC Bavois ne peut plus se cacher…

Bavois, aujourd’hui, est finaliste et ce constat ne peut que réjouir Bekim Uka. L’entraîneur du FCB le sait, son équipe ne peut plus se cacher et le discours de l’ancien buteur d’Yverdon et de Baulmes a d’ailleurs changé de vocabulaire ces derniers jours. Là où l’objectif était officiellement les premières places, voire la première moitié du classement, le mot « finales » fait petit à petit son apparition dans les phrases. Bavois, c’est désormais clair, fait partie des favoris du championnat, grâce notamment à la profondeur de son effectif. Les joueurs sont de qualité, c’est sûr, mais le retour des blessés a apporté énormément de concurrence. Bavois, c’est du lourd. Pas autant qu’Azzurri et son effectif cinq étoiles? C’est vrai. Mais peut-être pas très loin…

… mais rien n’est perdu pour Echallens

Echallens, c’est la triste réalité, a désormais perdu ses trois derniers matches de championnat et s’est fait éliminer en Coupe de Suisse. Les hommes de Julien Marendaz sont désormais huitièmes, mais n’ont pas du tout fini leur saison. Ils ne sont qu’à six points de Bavois, leur adversaire du jour, et à cinq de Stade-Lausanne (3e). Autant dire qu’une série positive les ramènerait complètement dans la course aux finales. Cette 1re ligue est tellement serrée qu’absolument rien n’est terminé. Que faire pour remonter la pente? Retrouver les blessés, déjà, ce qui sera le cas avec les prochains retours de Fabien Lacroix et d’Andy Laugeois. Cela stabilisera déjà la défense et permettra de passer à la deuxième partie de l’opération: retrouver de la percussion. L’écart entre le FC Echallens du début de saison, qui gagnait tout, et l’actuel, qui perd tout, est celui-là.

Les hommes du match

Du côté d’Echallens, la performance de Bastien Varidel est à mentionner. Il était opposé à un cador de 1re ligue, Bourama Ouattara, et il s’en est bien sorti. Il ne l’a pas éteint, parce que peu de monde peut le faire de toute façon, mais disons qu’il a limité son influence. Le jeune latéral droit challensois a de plus essayé d’apporter offensivement, manquant de justesse dans ses centres. Varidel? Il est jeune, il est prometteur, il est discipliné et il a la bonne mentalité. Il incarne l’avenir du FC Echallens Région et représente parfaitement la politique de formation qui faisait sa force dans un passé pas si éloigné. L’autre latéral, Steve Samandjeu, a connu un match fait de hauts et de bas. Il a parfois pris le bouillon face à Martins, a eu quelques absences au marquage, mais sa puissance et sa détermination lui ont permis de réaliser un bon match. Il a marqué et pesé offensivement, comme à son habitude. Quand il s’embarque dans une série de dribbles, avec ses longues jambes, il est insaisissable.

L’évidence? Renato Rocha, d’accord, on a déjà tout dit. Un autre homme mérite une mention dans ce match. Son nom? Yannick Bovay. Il n’a rien fait de spectaculaire, il n’a pas marqué, il n’a insulté personne (ou alors on n’a pas entendu), il n’a pas fait le show, il est l’exact opposé de Rocha en ce qui concerne le tempérament et la nécessité d’extérioriser ses sentiments, mais il a été partout, comme d’habitude. Il a récupéré tous les ballons, il a relancé proprement, toujours dans les pieds. On a entendu deux fois Marco Grosso lui crier: « La classe, Bovay » et on s’associe du gardien du FCB ce soir. Bovay, c’est clair, c’est la classe.

Les prochains rendez-vous

Les deux équipes rejouent le samedi 25 octobre, à 17h. Bavois reçoit Meyrin, Echallens se déplace à Lancy.

FC Echallens Région – FC Bavois 1-4 (0-2)

Buts: 22e et 30e Rocha 0-2; 39e Samandjeu 1-2; 83e Rocha 1-3; 90e Martins 1-4.

Arbitres: M. Guillaume Monti, assisté de M. Held et de M. Tringaniello.

Echallens: Zwahlen; Varidel, Hyernaud, Bastardoz, Samandjeu; D. Germanier, M Germanier, Debluë (70e Towa); Ahamada, Atkinson, Martinet.

Entraîneur: Julien Marendaz.

Bavois: Grosso; Kurtic, Rossé, Bentayeb, Zeneli; Bovay, Zari, Malgioglio (76e Rachane); Martins, Rocha (86e Ndo Ze), Ouattara (60e Eleouet).

Entraîneur: Bekim Uka.

Centre sportif des Trois-Sapins.

Categories: 1re ligue