«Ne plus raisonner avec le club du coin»

«Ne plus raisonner avec le club du coin»

Le président du FC Sion était l’invité jeudi du « Club des 1000 », le principal comité de soutien d’Yverdon Sport. A l’issue de cette séance, il nous a accordé un entretien exclusif, consacré au football régional et à ses problématiques. Comme d’habitude avec « CC », aucun risque de déceler une once d’hypocrisie ou de non-dit.

Christian Constantin, on a l’impression que la relation entre le FC Sion, club-phare valaisan, et les clubs régionaux que peuvent être Monthey, Martigny ou Sierre, a changé depuis quelques années. Vous partagez ce constat?

Changé comment?

A vous de nous dire… Avant, un jeune prometteur allait immédiatement à Sion, tout le monde jouait le jeu du club n°1. Est-ce toujours le cas?

Si tu veux, le problème c’est que la jeunesse a changé. Enfin, le problème, oui et non. La donne a changé, voilà. Les jeunes d’aujourd’hui, ils sont plus consommateurs qu’avant. Ils ont plus de choses dans la tête qu’il y a quelques années en arrière, d’autres distractions. On parle de foot, mais on peut faire le parallèle avec tous les domaines de la vie. Aujourd’hui, on souffre d’un manque de matière première. Je te parle du Valais, mais on peut faire la même réflexion avec Vaud.

Il y a moins de joueurs?

La pyramide n’est pas la même. Avant, on commençait sérieusement en juniors C, à 11 ans. Aujourd’hui, le foot c’est dès 6 ans. Là, t’as plein de joueurs, pas de problème. Le tri se fait après. Mais plus tu montes, moins t’as de joueurs. Quand j’étais jeune, t’avais Isérables, Leytron, Riddes, Saxon, Chamoson et Vétroz en juniors A. Aujourd’hui, tu n’as plus qu’une équipe à cet âge-là! Alors forcément, ces clubs-là ont moins de monde, donc nous aussi. S’il y a 100 équipes de juniors A en Valais ou 12, c’est pas le même nombre de joueurs.

Comment y remédier?

Mais je ne suis pas sûr qu’on puisse y remédier. On va devoir s’adapter. Le foot, c’est un précurseur de la vie normale. Que constate-t-on aujourd’hui? Les clubs fusionnent, les communes aussi. Donc l’avenir, c’est moins d’équipes, donc moins de clubs. A terme, tu ne vas plus raisonner avec le club du village.

Mais c’est dramatique, non? L’identité villageoise ne va plus exister…

Mais non, ce n’est pas dramatique. Nous, on raisonne comme ça. Mais dans quelques années, qui s’en souciera? Le jour où Yverdon, Grandson et Concise fusionneront, peut-être qu’il n’y aura plus qu’un club de foot. Et alors? L’être humain s’adapte à tout. La vie est faite de restructurations.

D’où votre réflexion quant à l’Olympique des Alpes? Il peut toujours exister ce grand club romand?

Il faut être réaliste: dans notre culture fédéraliste, on ne peut pas avoir un grand club romand pour l’instant. Aujourd’hui, en Super League, il y a de la place pour deux clubs, sans doute. Mais nous, à Sion, on est en sur-régime. C’est combien d’habitants, Yverdon?

Un peu comme Sion…

Voilà. Aujourd’hui, si on devait avoir deux grands clubs romands, ce seraient Lausanne et Genève. Bon, on n’y est pas encore. Mais avoir 2 ou 3 bons clubs romands, ce devrait être possible.

Mais la fusion avec Lausanne, qui a été évoquée dans la presse, vous y croyez vraiment? C’est un sujet de réflexion chez vous ces temps?

Il y a deux manières de fusionner. La première, c’est quand tu t’entends, la deuxième c’est quand un des deux fait faillite.

Vous voulez dire quoi?

Rien de plus que ce que j’ai dit. Ce que j’essaie de t’expliquer, c’est que le monde change et que tu dois t’adapter. Ca sert à quoi de se dire qu’il y a 20 ans, c’était comme ça? Aujourd’hui, la réalité elle est là: tu ne peux plus tenir avec le système de formation actuel, et tu ne peux rien y changer. Mais ça ne veut de loin pas dire qu’il n’y a plus de foot. Mais ce qui est sûr, c’est que tu auras d’un côté l’élite, et de l’autre le football de base, qui sera le volet « social ».

C’est ce qui se passe avec la Swiss Football League, non?

Qu’est-ce que tu veux dire?

Qu’avec une Super League et une Challenge League à 10 équipes, l’élite n’a jamais été aussi resserrée…

Et ça porte ses fruits. L’équipe nationale a des résultats, nos clubs en Coupe d’Europe aussi. Le but a été atteint.

Mais on a sacrifié des régions. Le Tessin, par exemple.

Mais c’est exactement ce que j’essaie de t’expliquer, de nouveau: le Tessin n’a pas su prendre le train en marche. Ils ont trois clubs en Challenge League, et Bellinzone qui a fait faillite. Leur mutation, ils doivent la faire, sinon ils vont rester sur le quai, pour rester dans le domaine ferroviaire. Après, je comprends ta remarque, mais on peut prendre le problème autrement: moins de clubs en Super League, donc moins de besoin d’infrastructure.

C’est la prime aux puissants. On a le droit de le déplorer un peu, non?

Oui, tu peux te lamenter. Moi, je vais te poser une question: qui sont les deux meilleures équipes valaisannes aujourd’hui?

Sion et Sion M21…

Exactement. En Valais, la règle du football, elle est claire. Si je veux aujourd’hui voir un club de Challenge League en Valais, c’est moi qui dois le construire.

Ce que vous faites à Monthey?

Oui, on a ce rapprochement. On a cette idée-là, à Monthey, c’est vrai. Aujourd’hui, un Gaëtan Karlen, je dois l’envoyer à Bienne pour qu’il joue en deuxième division. Si on pouvait le garder en Valais pour qu’il s’aguerrisse, ce serait parfait. Monthey, c’est l’idéal. Les terrains sont bien situés, il y a un potentiel immobilier intéressant. On peut construire quelque chose là-bas. Et le Chablais, c’est une région où il y a la place pour une Challenge League. On drainerait depuis Vevey jusqu’au bout du Chablais valaisan. Oui, on a cette vision là-bas.

La rumeur qui ferait du LS le « club-ferme » du FC Sion, justement, est-elle fondée?

Non. Lausanne doit avoir une équipe en Super League.