«Quand ils m’ont engagé, ils savaient bien qui j’étais»

«Quand ils m’ont engagé, ils savaient bien qui j’étais»

Le téléphone vibre, le lundi soir de Pâques, peu après 21h. Le nom de Vittorio Bevilacqua s’affiche sur l’écran. « Tu es où, là, tu fais quoi? » On lui répond qu’on regarde le début du match de Manchester City, tranquille sur son canapé. « Moi, je suis dans les bouchons du Gotthard, sept kilomètres… T’as le temps pour parler là? » Pour lui, on le prend. Tant pis pour Edin Dzeko, « Vito » a des choses à dire et il mérite qu’on l’écoute.

Sa séparation avec Yverdon Sport

Dans votre article, le président Mario Di Pietrantonio dit qu’on s’est séparés à l’amiable. S’il veut dire ça… Moi, on ne m’empêchera jamais de dire la vérité. Vous connaissez Florent Pagny? Il a fait une chanson extraordinaire, qui s’appelle « Ma liberté de penser ». Voilà, c’est ça. La vérité, c’est qu’il m’a viré. Pourquoi? Le jour après le match face à Bavois, je lui ai posé un ultimatum: « Tu dois virer Sacha Margairaz ou moi. » Il a choisi de me virer, moi. Le problème, c’est qu’il a trop écouté Sacha. Lui, c’est un super-joueur. Irréprochable sur le terrain. Un vrai professionnel. Mais il a pris trop d’importance en dehors. Il veut s’occuper des juniors, du marketing, des ballons, du terrain, de l’entraîneur… Moi, les histoires, je m’en fous, je ne rentre pas là-dedans, mais la vérité, c’est que c’est Sacha Margairaz qui m’a viré.

Son bilan sportif

Quand j’ai repris l’équipe, on allait couler en 2e ligue inter. Aujourd’hui, on est à trois points des finales. Bien sûr qu’on peut dire que ce début de deuxième tour est raté, mais au premier, c’était la même chose et on a été invaincus depuis le match de Bavois, comme aujourd’hui. En fait, ce qui va arriver, c’est que le prochain entraîneur va profiter de mon travail. La préparation physique que j’ai faite a été bonne, j’ai pu la faire comme je voulais, et avec le retour des joueurs blessés, YS va être beaucoup plus fort maintenant. Le camp de préparation à Marrakech nous a plombé. On aurait mieux fait de ne pas y aller. On est partis sans quatre joueurs titulaires et Toni Jankuloski s’est blessé au bout de deux jours. Marco Gabriele et Ange Nsilu, ce sont deux renforts, pas de soucis, mais ils n’ont pas fait la préparation. On n’a pas encore vu ce qu’ils savaient faire, alors peut-être que c’est pour maintenant, pour celui qui prend ma place.

Ses relations avec les joueurs

Vous avez écrit que j’ai perdu le vestiaire, mais c’est complètement faux. Les joueurs, ils m’adorent, à part un ou deux qui jouent moins, allez… Ça a toujours été comme ça: plus je suis dur avec eux, plus ils m’aiment. Ça n’a jamais changé. Je n’avais pas le vestiaire contre moi, mais le président croit ça à cause d’un seul joueur qui lui a monté la tête. Vous avez aussi dit que le lundi, il y avait des séances de règlements de compte. Ça, c’est un peu vrai, mais j’ai toujours fait ça. Le lundi, je dis aux joueurs: « Toi, t’as été nul, toi t’es une chèvre, toi ça a pas trop mal été… » Ce n’est pas nouveau! Ils ne peuvent pas me reprocher ça.

Son caractère

Bien sûr que je suis ingérable, mais ça veut dire quoi « ingérable », au fait? Je n’ai jamais eu un vrai problème avec Paul-André Cornu, parce que c’était un président qui était au terrain, on pouvait discuter tous les jours. Quand ils m’ont engagé, ils savaient bien qui j’étais. Quand vous dites que le milieu du football est devenu trop lisse, c’est sans doute vrai, mais je ne vais changer pour personne. J’ai des qualités et des défauts, mais si j’enlève mes défauts, alors j’arrête d’entraîner.

Sa relation avec le président

J’ai du respect pour lui, encore un peu. Mais depuis un mois et demi, environ, je suis seul. La vérité, c’est ça. On m’a pris pour professionnaliser Yverdon, en me disant qu’on voulait ramener le club en Challenge League. Bien. Mais on n’en prend pas le chemin. Le président, il dit qu’il me protège des histoires avec l’entourage du club. Il y a le jardinier, le comité, des gens qui m’en veulent… Mais je n’ai jamais eu besoin qu’il me protège! Qui protège Bevilacqua? Je suis assez grand, merci. La vérité, c’est qu’il ne voulait plus travailler avec moi. Il ne veut pas d’histoires? Il n’en aura plus. Il dit qu’il veut rester en bons termes avec moi, mais moi, je ne viendrai plus à Yverdon Sport. Une fois que j’ai réglé mes histoires, c’est ciao.

« Les jeunes? Ils ne sont pas prêts »

Le président, maintenant, veut un entraîneur-formateur… Mais les jeunes, ils ne sont pas prêts! Ils sont intéressants, mais ce sont des juniors A. Je les ai pris à Marrakech, ils sont gentils, ils ont de l’avenir, mais la réalité c’est que pour l’instant, ils font baisser l’intensité des entraînements. Même ceux qui sortent de Team Vaud sont limite, alors ceux qui viennent des A… Attention, je ne dénigre pas le travail des entraîneurs, surtout pas! N’écrivez surtout pas ça! Mais c’est comme dans tous les clubs du monde, à part un ou deux phénomènes, tu n’es pas prêt quand tu sors de juniors.

L’avenir

Je n’en sais rien. Je vais continuer à travailler, parce que le boulot, c’est moi qui me le suis trouvé, pas le club. Je veux continuer à entraîner, au meilleur niveau possible. Mais moi, je ne suis pas comme tous les autres, je ne vais pas appeler les clubs. Ils ont mon numéro, celui qui me veut, il m’appelle et on parle. Je veux un projet, soit un club de Challenge League, soit un club qui veut y aller. Mais moi, je ne vais appeler personne. Ce qui est sûr, c’est que je ne vais jamais remettre les pieds à Yverdon Sport. Je sais que Celestini a dit ça en partant du LS et maintenant, il est revenu, mais là, ils m’ont coupé l’envie du football, ces gens. J’ai du respect pour le président, mais c’est tout.

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