«Punir tout le monde, c’est injuste»

«Punir tout le monde, c’est injuste»

« J’ai inscrit mon fils, c’est son premier jour. Le voici » Cette maman africaine d’une trentaine d’années franchit la porte du FC Boveresses en ce mercredi après-midi, peu avant 17h. Mario Scuderi, le vice-président du club, l’accueille avec le sourire. « Bien sûr, madame! Ton entraînement va commencer tout de suite, garçon », sourit le Sicilien, avant de se tourner vers le mur du fond, où un t-shirt est accroché au cintre. Sur le devant, on lit distinctement: « FC Boveresses, 36 nationalités, un club. » « Qui fait mieux que ça? 36 pays représentés ici, dans ce club de quartier. Alors vous voyez, la vie continue. Mais la décision de l’ACVF, elle nous fait mal. Très mal », soupire le vice-président, qui entraîne aussi les filles en 4e ligue. Oui, il y a de la vie à Boveresses. Mais il y a des problèmes, aussi.

« Cette décision cause un dégât d’image considérable »

Le dernier en date, bien sûr, concerne la décision du comité central de l’ACVF, qui a décidé d’exclure purement et simplement le FC Boveresses du championnat de 3e ligue (lire ici) à la suite des violences survenus sur le terrain du FC Vignoble dimanche dernier (lire ici). « Cette décision est injuste. Elle nous cause un dégât d’image considérable. Quand je vois tout le boulot qu’on fait ici… On a 17 équipes, 300 juniors, on joue un rôle social immense dans ce quartier. Tous nos entraîneurs sont bénévoles, on passe un temps fou avec les filles, avec les gars… Et là, on nous punit. Exclus du championnat. Tout le monde m’en parle. Je le répète, le dégât d’image est considérable. C’est une atteinte à notre réputation », tonne Mario Scuderi.

« Qui est responsable de la sécurité autour du terrain? Le club recevant, non? »

Assis à la même table, le président Gaetano « Toni » Giangreco approuve. « Punir tout le monde, c’est injuste. On ne mérite pas ça. On va déposer le recours, c’est sûr et certain. On ne va pas se laisser faire. On voulait vous voir pour vous expliquer la vérité de ce qui s’est passé dimanche à Cully. On veut que vous sachiez ce que l’on pense de tout ça », explique le président. Alors, que s’est-il passé? « On a été jugés trop vite, sans vouloir nous entendre. On avait des choses à dire, pourtant, des vidéos à montrer nous aussi. Mais l’ACVF n’a pas voulu les voir. Pourquoi? Oui, l’arbitre a été giflé par un spectateur. Mais je vais commencer par vous dire une chose: qui est responsable de la sécurité autour du terrain? Quand on a un problème à Boveresses, on me dit que c’est le club recevant. D’accord, j’entends bien. Alors, quand on est à Vignoble, c’est Vignoble qui doit assurer la sécurité autour du terrain, non? Là, tout d’un coup, non, c’est Boveresses qui est responsable, même à l’extérieur. » Voilà déjà un point du recours.

L’arbitre a-t-il eu raison d’arrêter le match? Pour Boveresses, la réponse est non

Selon Boveresses, toujours, l’arbitre aurait arrêté le match trop tôt. « Il n’était pas en danger. Pas du tout. Il a été insulté par un de nos spectateurs, c’est la vérité. Mais ce spectateur-là, on l’a viré! On a même une vidéo, où on voit notre gardien lui dire de partir, juste avant l’arrêt du match. Regardez, là, il se dirige vers la voiture. » On a vu la vidéo et on peut le dire: deux spectateurs s’en vont en hurlant des choses à l’arbitre. Celui-ci, très clairement insulté, met fin à la partie. « Mais vous trouvez qu’il est en danger, là? L’arrêt du match est abusif », tonne le président. Dans la foulée, l’arbitre est alors pris à parti et des bouteilles lui sont lancées dessus. Il prend même un coup d’un autre spectateur. Et deux joueurs de Boveresses, les deux qui sont désormais suspendus pour une durée indéterminée, attaquant le gardien du FC Vignoble. « D’accord, mais il faut voir d’où cela vient. Vous pensez vraiment que mes joueurs peuvent avoir attaqué sans raison? » On garde le silence. Le président continue: « Les deux joueurs et le spectateur qui ont frappé méritent une sanction, pas de souci. Mais punir tout le monde, non. Ca, ça ne passe pas, désolé. »

« Quel message on donne à ces gamins en les privant de football? »

Mario Scuderi enchaîne: « Ne pas faire jouer les filles, les juniors D et E ce week-end, c’est intolérable. Ils y peuvent quoi, les gamins, qu’un spectateur ait giflé un arbitre? Je vais vous dire, cette sanction est contre-productive. Boveresses, c’est une famille. Une grande famille. Si on touche à un membre, on touche à tous les membres. Alors, tout le monde va faire bloc. Tout le monde est révolté contre cette décision de l’ACVF et elle va avoir un effet négatif. Elle nous met en colère, alors que l’effet recherché est inverse. Quel message on donne à ces gamins en les privant de football? Vous pensez qu’ils vont aimer l’ACVF après ça, qu’ils vont avoir envie d’y jouer? De toute façon, je peux déjà vous dire: ils vont jouer ce week-end, en tout cas la grande majorité. L’ACVF ne veut pas envoyer d’arbitre: pas grave, on jouera sans. Beaucoup de clubs adverses sont d’accord. Ils n’ont pas peur de venir ici. Mais peur de quoi, d’ailleurs? Bien sûr, on a un langage différent de la campagne, on n’a pas les mêmes codes. Mais vous croyez qu’on est bien accueillis partout? Qu’0n n’entend pas d’insultes? Vous pensez que dimanche à Vignoble, ce sont les joueurs du FC Boveresses tout seuls qui ont insulté les adversaires? Si oui, vous êtes naïf. »

Oui, Boveresses a des antécédents

L’ACVF a pris la décision d’exclure la première équipe de 3e ligue, c’est un fait, mais cette mesure peut être annulée par la commission de recours, ce que tout le monde espère à Boveresses. Le club des hauts de Lausanne, dont le rôle social est une réalité, validée par une étude de l’Université de Neuchâtel, le sait pourtant: ce n’est pas la première fois qu’il se trouve dans le viseur. La saison dernière, un de ses joueurs avait frappé un arbitre lors d’un match de 4e ligue. « C’était son premier match au club », explique Boris Lattion, co-entraîneur de la I. Le fautif avait été suspendu pour une longue durée et ce jour-là, c’était l’individu tout seul qui avait été suspendu, pas le club.

« On avait perdu 3-0 par forfait, c’est tout », continue Boris Lattion, lequel espérait une sanction similaire cette semaine. C’est raté. « Je savais qu’on risquait gros. Pendant le match, je disais aux spectateurs de se calmer, d’arrêter. J’avais lu vos articles, je savais que s’il y avait arrêt du match, on allait perdre 3-0. Mais je ne pensais pas que l’ACVF arriverait à une telle extrémité. Oui, il y a eu des coups, mais ce n’était pas non plus extrême. Ce que personne ne dit, c’est que c’est un de nos joueurs qui a raccompagné l’arbitre au vestiaire, tout tranquillement. Franchement, je suis déçu par cette sanction, qui touche tout un club, qui met par terre tout le travail effectué. Et il y en a eu, croyez-moi »

Toni Giangreco: « Des sanctions individuelles sont tout à fait normales »

Y a-t-il quand même du côté du FC Boveresses des remords sur la manière dont les choses se sont déroulées? Toni Giangreco réfléchit, avant de répondre: « Oui. Parce que tout aurait pu être évité si l’arbitre n’avait pas arrêté le match pour rien. Mais on va se battre pour notre club. Pas pour moi, ni pour mon vice-président. Mais pour les entraîneurs, les joueurs, tous les gens qui font vivre ce club formidable. Boveresses, c’est une famille, je le répète. Notre position est claire: des sanctions individuelles sont tout à fait normales. Mais tout mettre par terre pour les agissements d’un supporter et de deux joueurs, on ne peut pas l’accepter. »

Categories: 3e ligue

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