«On est dans la démesure complète»

«On est dans la démesure complète»

Pierre-Albert « Gabet » Chapuisat a été suspendu par l’ACVF pour la finale retour de 2e ligue, samedi à 20h à Payerne. L’entraîneur de Forward Morges est soupçonné par l’ACVF d’avoir eu un comportement violent à la mi-temps du match aller, gagné 2-1 par son équipe. A 48 heures du match le plus important de la saison, « Gabet » annonce dans cette interview que Forward a fait recours. Il devrait ainsi pouvoir bénéficier de l’effet suspensif et s’asseoir sur le banc pour ce choc.

Gabet Chapuisat, avez-vous été violent à la mi-temps du match entre Forward et Stade Payerne?

Mais pas du tout! Pas un seul instant! Ceux qui me connaissent le savent bien, je suis profondément non-violent, je suis incapable de lever la main sur quelqu’un. C’est un non-sens total. Je suis comme je suis, avec mes défauts. Je suis un râleur invétéré, c’est vrai, et je déteste l’injustice. Dimanche, je suis allé vers l’arbitre à la mi-temps et je lui ai parlé, mais c’est tout. C’est vrai que j’étais excité, mais quand j’entends que j’ai tenté de le frapper, je suis obligé de rigoler. Moi le frapper? Mais je n’ai rien fait! Au contraire, même!

Comment ça, au contraire?

A la mi-temps, j’ai été agressé, poussé, bousculé, par une personne que je ne connais pas et qui s’est présentée comme le 4e arbitre… mais il n’y avait pas de 4e arbitre pour ce match. Alors qui était cet homme, qui s’est présenté comme étant de l’ACVF? Je n’ai toujours pas la réponse. Moi, je n’ai rien fait d’autre que parler et exprimer mon opinion. Vous pouvez rajouter « de manière virulente » si vous voulez, je ne vais pas cacher que j’étais en colère, notamment en raison du penalty accordé à Payerne.

Vous n’avez quand même pas été suspendu pour rien… Si une enquête est ouverte, c’est bien que vous avez eu une conduite inadéquate, non?

Non, je n’ai rien fait de mal. Lorsque le penalty a été sifflé contre nous, j’ai dit: « Avec l’arbitrage qu’on a, un jour il y aura des morts. » Et on prend ça pour une menace de mort, alors que c’est une phrase complètement banale? Comme si moi, Gabet Chapuisat, j’allais suivre l’arbitre chez lui, l’attendre devant sa maison… Soyons sérieux! Pour moi, ce qui se passe, c’est de l’acharnement.

Contre vous?

Contre Forward, contre moi… Il faut de la mesure dans tout, et là, on est dans la démesure complète. J’ai exprimé mon désaccord, j’ai râlé, je me suis montré ironique, mais jamais violent. Jamais. Et là, on me suspend. On me dit que je n’avais rien à faire dans le couloir des arbitres à la mi-temps…. mais c’était le seul endroit où je pouvais passer, l’autre côté étant condamné ce jour-là! Si je voulais rejoindre mon vestiaire, je devais passer par là.

Vous n’aurez pas ce problème à Payerne, vous êtes interdit de vestiaire…

On a fait recours.

C’est fait?

Oui, il a été déposé et l’effet est suspensif. Je serai sur le banc et dans les vestiaires samedi.

Votre assistant aussi?

Non, nous n’avons pas fait recours pour lui.

Il a été suspendu une année, c’est juste?

Oui, et il n’est pas exclu qu’il se défende, mais je ne veux pas parler pour lui.

L’ACVF a demandé à la 1re ligue de désigner le trio arbitral pour samedi. Vous devez être content, c’est ce que vous vouliez, non?

Oui, mais pourquoi attendre que le ton monte? Je le dis depuis des mois, à vous et à d’autres: pour les matches à enjeu, il faut des arbitres de niveau supérieur qui arrivent à suivre le rythme.

L’arbitre sera protégé par un système de sécurité samedi… Vous le comprenez?

Ca me fait sourire. Ils ont peur de qui? Des 20 supporters de Forward qui feront le déplacement et qui ont 72 ans de moyenne d’âge?

Non, de vous.

Oui, je sais bien (rires). Soyons sérieux. Il ne se passera rien samedi. Ce système de protection sera inutile. Moi, je suis comme je suis, mais je le répète, je ne suis pas violent. Je peux être ironique, manier l’humour noir, faire un peu le show… Si l’arbitre ne voit rien, plutôt que de le lui dire directement, je vais dire: « Monsieur l’arbitre, vous êtes fatigué aujourd’hui? Pas assez dormi? » Mais la violence, ce n’est pas pour moi. Le problème, c’est que la commission des arbitres ne supporte pas la critique. Nous, on vit avec tous les jours, les joueurs aussi, mais les arbitres vaudois sont incapables de se remettre en question. Il ne faudrait dire que du bien d’eux, tout le temps. Je ne suis pas d’accord, le droit à la critique existe, envers les arbitres comme envers les entraîneurs et les joueurs.

Vous allez quand même râler un peu samedi, non?

Non. Je vais me mettre une muselière. Pas un mot.

Même s’il y a un penalty contre Forward?

Pas un mot, je vous dis. Ah, de plus, j’ai bu le café cette semaine avec mon ami Jean-Luc Rapin, le président de Stade Payerne et je peux vous annoncer que les bancs de touche seront séparés. Comme ça, pas de problème!

Vous ne serez pas côte à côte?

Non! Patrice Renevey, l’entraîneur de Payerne, c’est un passionné, comme moi. Alors, nous serons en face, de l’autre côté du terrain. Ce sera la fête du football, on ne va parler que de jeu. On a un but d’avance, on va livrer un beau match et essayer de monter. Ce sera une finale, il y aura du monde, deux belles équipes. La fête du football!

On s’en réjouit.

Moi aussi, beaucoup! Et je peux vous dire que je pars en voyage de noces juste après. Qu’on perde ou qu’on gagne, je vais penser à autre chose qu’au football et quand je reviendrai, le soufflé sera retombé et on ne parlera plus de toutes ces histoires.

Categories: 2e ligue, Interviews

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