Nicolas Tebib, les bons choix sur le terrain et dans la vie

Nicolas Tebib, les bons choix sur le terrain et dans la vie

Il ne fait pas beaucoup parler de lui, mais c’est plutôt de la faute des journalistes que de la sienne. Nicolas Tebib, 25 ans, est l’un des meilleurs joueurs de Stade-Lausanne, qui vole en tête du groupe 1 de 2e inter. Le milieu offensif biennois est un joueur très élégant, qui a le souci du geste juste, de la bonne passe au bon moment. Il n’est pas exubérant, mais il est excellent. Tout simplement. Et comme il ne le dira jamais, on est un peu obligé de le dire pour lui.

Sa carrière? Après avoir fréquenté le centre de formation de l’ASF, à Payerne, il est retourné au FC Bienne, le club de sa ville. Repéré par Delémont, en Challenge League, il y passera six mois avant d’intégrer YB M21. Aux portes de la première équipe, et rongé par des blessures, il fait le choix des études de médecine, qui le mèneront dans la capitale vaudoise. Dès lors, il fait le bonheur de Stade-Lausanne, qu’il n’a quitté que pour une parenthèse au LS.

Calme, posé, sûr de lui et de ses choix, il n’est qu’à quelques mois de finir son cursus universitaire et de commencer sa « carrière » de médecin. Une reconversion plus que réussie, qu’il a voulue de toutes ses forces. Et, comme sur le terrain, il s’est donné les moyens de réussir. Sans faire de bruit, mais en étant efficace. Rencontre avec un homme fort, qui a fait les bons choix dans sa vie, comme sur le terrain.

Nicolas Tebib, expliquez-nous ce jour où vous dites « Non » à Young Boys, qui voulait pourtant vous garder.

En fait, je jouais à YB M21 depuis une année. Ca marchait bien, j’avais fait un bon premier tour. J’arrivais de Delémont, en Challenge League, où j’avais peu joué. J’étais bien, mais ai eu quelques problèmes de hanche. Je me suis fait opérer, et à ce moment-là, j’ai dû faire un choix, à 20 ans. YB me proposait un contrat d’une année supplémentaire, c’est vrai, que j’ai refusé. Il y avait la perspective d’intégrer les pros, mais j’avais d’autres priorités.

Vous savez que 99% des footballeurs auraient signé ce contrat?

Oui, peut-être. Mais le monde du foot ne m’a jamais trop convenu. Tout est trop orienté du côté de l’argent, ce n’est pas mon milieu. Vraiment pas, même. Vous savez, je ne me suis jamais vu faire que du football. J’ai besoin d’être un peu stimulé intellectuellement.

Et un vestiaire de foot n’est pas exactement le meilleur endroit pour ça…

Si vous écrivez ça comme cela, je vais me faire beaucoup trop chambrer (rires)! Non, c’est un peu exagéré, mais c’est un peu vrai quand même. C’est très sympa, un vestiaire de foot, j’adore. Surtout ici à Stade-Lausanne, on a vraiment une belle ambiance, mais c’est vrai que ce n’est pas très stimulant intellectuellement, pour reprendre mon expression (rires). Il me fallait un truc à côté, clairement.

Et ce « truc », ce sont donc les études de médecine. Pourquoi ce domaine-là en particulier?

J’ai toujours dit que je serais soit footballeur, soit médecin! J’ai côtoyé les hôpitaux quand j’étais plus jeune, pour diverses raisons pas très agréables. Mais j’ai aimé l’ambiance. Ce monde-là m’a séduit. Et bon, il y avait une certaine vision romantique aussi. Je voulais sauver le monde (sourire). Aujourd’hui, je suis un peu plus pragmatique.

Mais pourquoi Lausanne? Et pourquoi Stade-Lausanne, du coup?

J’avais choisi Lausanne pour les études, c’était ma priorité. Je voulais venir ici. Et pourquoi Stade? En fait, à YB j’étais entraîné par Joël Magnin, qui connaît bien Patrick Isabella. Ils se sont appelés, et voilà. Cela s’est fait tout naturellement. A 20 ans, c’était aussi un âge où je voulais m’émanciper un peu, partir de chez mes parents.

Avec le recul, regrettez-vous ce choix?

Pas une seule seconde. Beaucoup de mes proches ont été déçus à l’époque. Mon meilleur pote m’en veut encore, je crois! Il pensait que je deviendrais un grand footballeur, à YB ou ailleurs… Mais il n’était peut-être pas très objectif. J’aurais pu réussir, mais ce n’est pas sûr. Et réussir, ça veut dire quoi? Jouer en Challenge League? Aujourd’hui, en Suisse, ce n’est pas ce que j’appelle être à l’abri. Cela ne t’assure rien.

Etre médecin, par contre…

Cela t’assure un peu plus, c’est vrai (sourire).

Mais il fallait réussir, là aussi! Des études de médecine, cela ne se fait pas en un claquement de doigts. Votre côté « footballeur » et compétiteur vous a-t-il servi au moment des sélections?

Ah oui, il y a clairement un parallèle. La sélection est rude. La première année, il y avait 600 candidats pour 120 places. C’est exactement comme dans le foot, il faut être bon pour réussir, et avoir envie. Là, j’avais un avantage, je pense que vous avez raison. Et mon état d’esprit était sans doute différent que celui d’un jeune qui sort du gymnase sans savoir exactement pourquoi il est là. J’avais quitté YB pour devenir médecin, j’étais parti de la maison. Je devais réussir. C’était gravé en moi.

Que vous manque-t-il aujourd’hui?

Je dois encore réussir l’examen fédéral. Ce sera le point final de mes six ans d’étude.

De quoi se compose-t-il?

Un questionnaire avec deux fois 200 questions. Et un examen pratique, avec neuf postes de quinze minutes. Il faut prendre les bonnes décisions rapidement, sous stress.

Là aussi, le football va vous aider. Tirer un penalty à l’entraînement, ce n’est pas comme le tirer devant un stade plein, avec de l’enjeu…

Oui, on peut continuer le parallèle. Il faut savoir gérer ses émotions et son stress. Pour compléter la réponse à cette question, je peux dire que le football m’a apporté énormément de maturité. J’étais beaucoup plus impulsif lorsque j’étais jeune, il m’arrivait d’être en conflit avec mes entraîneurs. J’ai changé, clairement.

Est-ce facile de concilier des études de haut niveau universitaire avec les entraînements d’une équipe ambitieuse comme le SLO?

Andrea Binotto sait ce que c’est, il a lui-même été étudiant, à l’EPFL pour sa part, et il est aujourd’hui professeur de maths au gymnase. Il me comprend et admet que je ne peux pas tout le temps être là. Ces derniers temps, c’était chaud, je naviguais entre Berne et Zurich, avec les entraînements à Lausanne. Bon, je me suis entraîné quelques fois avec Nidau, vers Bienne, ou Lyss, quand je ne pouvais pas faire autrement. Mais là, c’est la trêve, c’est bon. Heureusement (sourire).

Vous aurez donc fini dans une année, vous l’avez dit. Vous pourrez être amené à avoir un poste en Suisse alémanique, ou n’importe où, non? Vous devrez peut-être même quitter Stade-Lausanne?

Je n’en sais rien du tout, pour être sincère. Je n’y pense pas. Mon objectif, c’est de participer à cette promotion, clairement. Notre équipe le mérite, notre club le mérite. Stade-Lausanne a tout pour être en 1re ligue. Des structures fortes, un mouvement juniors important, des gens compétents à la tête de tout cela… Oui, je veux vraiment m’impliquer à fond pour monter.

Mais c’est quasiment déjà fait, non? Personne ne peut vous arrêter dans ce groupe 1.

Vous vous trompez. Vevey est là, à quatre points derrière. Et il y Signal-Bernex, Collex-Bossy. Non, on n’est pas promus, et de loin. Notre fin de championnat a été pénible. On a gagné, mais de justesse. On doit être très prudents.

C’est vrai que vous avez été moins souverains en fin de tour qu’en début de saison. Comment l’expliquer?

Je pense que notre match face à Zurich, en 1/16e de la Coupe, nous a coûté pas mal d’énergie. On l’a payé ensuite. Il y avait de la fatigue, c’est sûr, et les terrains ne nous ont pas aidé. On est une équipe qui joue au sol, on ne sait pas vraiment faire autre chose. Alors, les terrains gras et bosselés, on n’aime pas trop. Alors, c’est vrai, on a réussi à gagner, c’est positif tout de même. Mais non, on n’y est pas encore. Loin de là.

On a justement l’impression que vous êtes parfois une équipe trop « joueuse », qui ne montre pas assez de caractère, voire de « vice ». L’an dernier, vous ratez la promotion à cause de cela face aux Azzurri, non?

C’est une bonne question. Je comprends que cela peut donner cette impression, mais je pense que c’est une réflexion trop simpliste. Oui, Renato Rocha va chercher ce penalty en fin de match. Oui, un joueur comme Luca Scalisi apporte cette plus-value. Mais l’an dernier, on n’était pas programmés pour être là. On avait un objectif de reconstruction sur deux ans, et on était une jeune équipe, sans trop de vécu. On est passés près de la montée, ce qui était mieux qu’espéré. Donc je pense qu’on a fait le maximum l’an dernier, même s’il y a eu une frustration à la fin. On est plus forts cette année. Et cela, grâce à notre cohésion.

Comment se matérialise-t-elle?

Beaucoup de monde parle de l’arrivée de Quentin Rushenguziminega. L’an dernier, on parlait de Lyazid Brahimi. C’est normal qu’on en parle, bien sûr. Mais je trouve parfois qu’on ne met pas assez en valeur les joueurs de devoir, qui sont tout aussi importants.

De qui ne parle-t-on pas assez? De vous?

Mais non! Je pense à des joueurs comme Fabian Geiser, ou Matheus Fungilo. Ce que Matheus fait sur un terrain, c’est incroyable. Il défend, il coupe les trajectoires, il compense les montées de tout le monde. Des fois, je regrette que ces joueurs-là ne soient pas assez mis en avant.

Vous êtes parti quelques mois de Vidy, pour aller au Lausanne-Sport, avant d’y revenir… Avec le recul, comment expliquez-vous ce choix, alors que vous aviez plus ou moins tiré un trait sur le monde du football professionnel?

Avec le recul, je n’y irai peut-être pas. En arrivant à Stade-Lausanne, j’ai eu quelques soucis d’intégration, c’est vrai. J’étais un peu impulsif, comme je l’ai dit, et ça ne s’est pas forcément bien passé avec Christophe Ohrel, l’entraîneur d’alors. J’étais en première année de médecine, ce n’était pas un moment où j’étais concentré à fond sur le foot. Aujourd’hui, je le vivrais différemment, c’est sûr. A 21 ans, Team Vaud est venu me chercher et j’ai dit oui. J’y ai fait quelques bonnes prestations, qui ont plu à John Dragani. C’était le LS, tout de même! Le foot, c’est ma passion. J’ai donc pris une décision un peu irrationnelle, je le reconnais volontiers. Quand le LS vous appelle, c’est dur de refuser, même en Challenge League. Mais j’ai commencé après la préparation et j’ai eu peu de temps de jeu. Je n’en veux à personne, c’était logique. Il y avait Antoine Rey, Rodrigo Tosi, Nicolas Marazzi… C’était dur pour un jeune comme moi de se faire sa place. En passant, je ne comprends pas comment un joueur comme Marazzi peut ne plus être au LS. C’est un milieu de terrain exceptionnel, et il s’agit, à mon avis, d’une immense erreur de s’en être séparé. Surtout quand on voit ses remplaçants aujourd’hui… Bref, après le LS, je suis revenu à Stade. Et j’en suis très heureux. Aujourd’hui, je suis épanoui dans ma vie footballistique, et dans ma vie professionnelle.

Vous êtes un joueur qui aimez toucher le ballon. Stade, c’est parfait pour vous, non?

Oui, je suis un joueur de « tiki-taka », pas un adepte du jeu vertical, plus direct. J’aurais plus de peine à Azzurri, par exemple. J’aime poser le jeu, faire tourner le ballon, trouver les décalages.

Et vous pouvez jouer en 10, mais aussi plus bas. Où préférez-vous évoluer?

Ma préférence, c’est d’être près de l’attaquant. Andrea Binotto le sait, mais c’est très bien de le lui rappeler dans un article (sourire). Je rigole, bien sûr. Je suis prêt à jouer n’importe où, pour le collectif. Mais c’est vrai que si vous me demandez ma préférence, je vous réponds: le plus près possible de l’attaquant.

On a l’impression que vous vous sentez vraiment bien ici, on se trompe?

Non, vous avez raison, c’est génial ici.  Un gars comme Christoph Baumann a adoré son séjour ici. Il travaille actuellement pour la FIFA, à Zurich, mais reviendrait demain, s’il pouvait. Il y a une super ambiance, un super vestiaire. Il m’est arrivé de venir de Berne juste pour m’entraîner, alors qu’on avait congé! On est un groupe vraiment uni.  Je le dis souvent: je joue à Stade-Lausanne, mais je suis aussi fan de Stade-Lausanne.

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