«Morga» et Le Mont prêts à mettre le feu

«Morga» et Le Mont prêts à mettre le feu

Michele Morganella est l’une des armes fatales du FC Le Mont. Sur son côté gauche, que ce soit comme latéral ou comme milieu de couloir, il fait de réelles différences. Ses qualités? La vitesse, une volonté à toute épreuve et la qualité de son pied gauche. Ange Nsilu se régale de ses centres tendus, et toute l’équipe profite de son travail défensif. A quelques jours d’affronter le FC Bâle en 1/4 de la Coupe Suisse, « Morga » croit fermement à une qualification. Il nous dit pourquoi.

Michele Morganella, comme face à YB, on sent une grande confiance dans le vestiaire du Mont avant ce 1/4 de finale. On se trompe?

Non, on est prêts. On joue chez nous, et on n’a peur de personne. On va mettre la pression sur le FC Bâle, et on attend ce match avec un grand calme. On a envie de montrer ce que l’on sait faire, comme face à Wil au premier tour ou YB au troisième.

C’est le FC Bâle en face, quand même…

Et alors? Je recevais des messages de la part de mes amis, avant YB. Ils me demandaient si cela allait être la fête, si j’étais excité. Mais bien sûr que non! Par contre, il y a beaucoup de plaisir à aller jouer ce match, surtout avec ce groupe. Avec notre état d’esprit, on peut y arriver. C’est cela qui nous donne de la force, qu’il ne faut surtout pas confondre avec de la prétention. Notre cohésion et notre état d’esprit nous font nous sentir forts. Franchement, je n’ai jamais senti ça ailleurs.

Vraiment?

Oui, c’est très fort ce qui se passe ici. Vous savez, quand je suis parti de Sion la deuxième fois, je pensais même à arrêter le foot. J’ai reçu un coup de téléphone de Serge Duperret qui me disait de juste venir m’entraîner, pour voir… J’y suis venu comme ça, sans vraiment y croire. Un peu comme Sid-Ahmed Bouziane, sincèrement. On pensait avoir fait une croix sur le foot et on venait surtout là pour se faire plaisir, tout en travaillant à côté. J’ai trouvé un joli boulot dans l’immobilier, et les assurances. « Sidou », lui, a repris ses études à l’Université, pour devenir dentiste. Et là, on est en 1/4 de la Coupe, et on est à treize matches de la Challenge League!

A quoi est-ce dû?

Justement à notre groupe. Ce n’est pas une figure de style, c’est la vérité. Je viens de Chippis tous les jours pour m’entraîner, avec mon boulot à côté. Je ne le ferais pas si ce n’était pas exceptionnel ici. On se bat l’un pour l’autre. On se dit les choses sur le terrain, et en-dehors on est des potes. Sur le terrain, on s’arrache les uns pour les autres, et je suis sûr que cela se ressent en-dehors. Il y a un signe qui ne trompe pas: quand on marque, on se précipite tous sur le buteur, sans réfléchir. J’ai connu le monde professionnel, avec plusieurs saisons de Challenge League, à Nyon, Chiasso et à Kriens, mais c’est depuis que je suis revenu au Mont que je prend le plus de plaisir.

Une époque vraiment exceptionnelle, donc…

Oui, vraiment. Même ceux qui jouent un peu moins sont complètement dans l’ambiance. Ca doit être dur pour eux, je le sais bien. Mais en même temps, ça doit être gratifiant d’être dans une équipe comme celle-là. Il n’y a pas d’injustice, et il n’y a pas de joueur qui triche sur le terrain.

Les victoires participent aussi de cet état d’esprit, non?

Oui, bien sûr que c’est plus facile d’avoir une bonne ambiance quand les victoires s’enchaînent. Mais en même temps, il faut aller les chercher! Et on sait qu’on va perdre des matches, c’est inévitable. Bon, on n’en perd pas beaucoup quand même (sourire)

Mais quand vous perdez, comme face à Köniz et Carouge, vous réagissez bien derrière!

Oui, on réagit fort, en général. Après Carouge, on a enchaîné 8 victoires en championnat et YB en Coupe!

Mais là, c’est Bâle, qui vient de battre Chelsea!

Oui, mais je pense que c’est une bonne chose pour nous. S’ils avaient perdu, la Coupe Suisse deviendrait une priorité. Là, venir en semaine en décembre au Mont, alors qu’ils joueront leur qualification en quarts de la Champions League la semaine prochaine, ça peut jouer dans les têtes… S’ils viennent avec le cigare, ils vont vite comprendre que ça ne va pas jouer. Mais Murat Yakin est quelqu’un de très intelligent. Franchement, je pense qu’ils savent où ils viennent, ils ne sont pas fous.

Votre état d’esprit est une chose, mais les qualités techniques et individuelles en sont une autre. Sur le plan du football, vous vous sentez capables de rivaliser avec la meilleure équipe de Suisse?

Non, ce serait prétentieux, et notre force est justement de ne pas l’être. Mais il y a une chose qui est sûre, c’est que nous sommes beaucoup à être passés près d’une carrière professionnelle…

Il y a vous, déjà!

Oui, j’ai joué deux matches de Super League avec le FC Sion, après avoir connu la Challenge League avec Chiasso, où j’avais été prêté. C’était Uli Stielike l’entraîneur et je crois qu’il avait confiance en moi. Et bon, il y a eu un changement de coach, et tous les M21 sont retournés avec les Espoirs.

Et après? 

Après, j’ai joué dans plusieurs clubs de Challenge League, Nyon, Le Mont et Kriens. Ensuite, je suis allé faire un essai en Bulgarie, au Botev Vratsa, en première division. Ils m’ont proposé un contrat, mais, après avoir pesé le pour et le contre, j’ai décidé de rester en Suisse. Partir en Bulgarie signifiait vraiment changer de vie, et j’ai choisi de ne pas franchir le pas.

Et du coup, vous voici de retour au Mont!

Oui, et comme je vous l’ai déjà dit, c’était dans l’optique de ma reconversion professionnelle. Mais on en arrive où je voulais en venir: nous sommes plusieurs à avoir atteint le monde professionnel et à en avoir été écartés pour diverses raisons. N’diasse N’diaye, Sid-Ahmed Bouziane, Claudio Gentile, Gilberto Reis, Fabio Rego…

Mobulu M’Futi…

Oui, aussi! On veut montrer qu’on est là. Quand on joue contre YB, ou mercredi contre Bâle, c’est aussi pour dire: eh les gars, vous n’avez pas voulu de nous, mais on est là. Et bien là.

Revanchard?

Oui, un peu, c’est sûr. Dans le bon sens du terme, attention. Je ne suis pas malheureux, bien au contraire, mais c’est vrai que si on parle de football, on a envie de montrer ce que l’on sait faire, peut-être plus que d’autres. C’est comme dans la vie, si vous avez un coup dur, cela engendre une réaction chez vous!

Pas forcément… Cela peut faire sombrer les moins forts, non? Certains des joueurs dont vous parlez auraient pu complètement lâcher l’affaire, jouer en 1re ligue ou 2e ligue inter à dix minutes de chez eux… Mais si vous êtes tous venus au Mont et qu’il se passe ce qui est en train de se passer, c’est bien que vous avez été forts dans la tête, non?

Oui, c’est vrai. Etre dans ce club ambitieux, c’est quelque chose, je suis d’accord avec vous.

Et si vous vous relâchez, on imagine que le président Serge Duperret vient vous expliquer sa vision de la vie! Quelle vision avez-vous de lui?

Franchement, c’est quelqu’un que j’apprécie énormément. Jouer pour lui, c’est une raison de plus de se battre. Quand Le Mont est tombé de Challenge League en 1re ligue, il a été très affecté. Les factures arrivaient de tous les côtés, et il n’y avait personne pour l’aider. Il a tout assumé et ce qui se passe aujourd’hui, c’est comme une revanche pour lui, même s’il ne le dira jamais comme ça. Tout ce qu’on est en train de faire aujourd’hui, c’est aussi pour lui.

A ce point-là?

Oui, et je suis très sincère. C’est notre président, et il y a une hiérarchie claire, mais c’est aussi quelqu’un de très proche de nous, qui nous veut du bien. C’est un grand monsieur. Et il a une grande qualité, c’est qu’il est fou.

Pardon?

Oui, oui, vous pouvez l’écrire, il est fou. Quand il dit dans « Le Matin » que Le Mont-Bâle, c’est du 65-35, c’est de la folie, mais ce qui est fort, c’est qu’on est tous comme lui dans le vestiaire. Quand il dit ça, on ne sourit pas, on y croit. On est aussi fous que lui!

Il y a les « revanchards », mais aussi de jeunes joueurs qui ont une carrière devant eux, non? 

Oui, oui, bien sûr. On est un bon amalgame. Justement, vous savez, « Sidou » ou moi, on ne rêve plus du monde professionnel. On a envie d’aller en Challenge League, attention, mais on construit notre vie à côté… Parmi les jeunes, il y en a qui peuvent y croire.

Mais vous, à 27 ans, vous êtes entre les deux! Avec vos performances depuis une année, vous n’allez pas nous faire croire qu’aucun club ne vous a appelé! 

Personne ne m’a appelé, je vous assure. Je ne suis pas vieux, c’est vrai, mais maintenant, c’est le tour de Marco Gabriele, Ahmed Mejri, Ridge Mobulu… Ce sont eux qui doivent aller dans le monde pro. Moi, c’est fini, je n’attends plus de téléphone (sourire). Si je vais en Challenge League, c’est avec Le Mont, personne d’autre.

Il y un Morganella professionnel… Vous a-t-on déjà confondu avec Michel, le joueur de Palerme?

Oui, c’est arrivé! Bon, il a plus de tatouages que moi, et il est plus grand! Je le connais bien, on était voisins à Chippis, et nous sommes des cousins éloignés. Attention, lui c’est Michel, et moi Michele! Mais on nous a confondu parfois, et même pendant les Jeux Olympiques (rires).

Lorsqu’il avait tweeté une phrase sur les Coréens qui avait fait polémique?

Oui, j’ai eu plein de Coréens qui m’ont ajouté sur Facebook tout d’un coup! On a reparlé de cette histoire ensuite. Bien sûr qu’il n’aurait pas dû, mais cela a pris des proportions incroyables. Enfin bon, je vous rassure, je n’ai pas été agressé par des Coréens (sourire).

Bon, on revient au Mont. Pour conclure, le FC Le Mont-sur-Lausanne, c’est un groupe de fous, revanchards, avec du talent et une grande cohésion, où chacun se bat pour l’autre. C’est ça le FC Le Mont?

C’est ça! Je trouve que c’est pas mal, non? Il y encore une chose que je tiens à dire, c’est la qualité du travail physique effectué par Mathieu Degrange. Franchement, je retrouve ce que j’ai fait en pros, à Sion. En 1re ligue, il y a bien des entraîneurs qui se contentent de poser deux plots de chaque côté du terrain et de faire courir les joueurs autour. Avec lui, on travaille différentes choses et la seule différence avec le monde pro, c’est qu’à Sion, on le faisait le matin. Là, on le fait le soir, avant l’entraînement si j’ose dire. Le mardi, on travaille dur, c’est une grosse séance. Alors, c’est sûr que c’est pénible, mais on sent les bienfaits. Le mercredi, on fait de la vitesse… Si on parle des qualités du Mont, il ne faut pas oublier de parler du staff, et de Claude Gross en premier. Franchement, que ce soit le coach, le masseur, l’entraîneur assistant, c’est la grande classe ici, on a tout ce qu’il faut, dans une superbe ambiance. Je le dis et je le répète, ce qu’on a construit là, c’est exceptionnel et je ne pensais jamais le vivre.

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