«Mon appel? Que tout le canton nous soutienne samedi»

«Mon appel? Que tout le canton nous soutienne samedi»

Le FC Le Mont-sur-Lausanne défie Young Boys, samedi au Châtaignier, en 1/8e de finale de la Coupe suisse. Avec une vraie chance de passer? Oui. Claude Gross et son vestiaire sont prêts à renverser l’ours bernois. Mais YB ne prendra pas ce match à la légère. Uli Forte sait mieux que quiconque le danger que peut représenter ce genre de match, face à une équipe en pleine confiance. L’entraîneur des Bernois a atteint la 1/2 finale de Coupe suisse avec Red Star Zurich (1re ligue / comme joueur) et avec Wil (Challenge League / comme entraîneur).

Mais Le Mont est chaud comme la braise depuis quelques semaines. En championnat, Gilberto Reis et ses coéquipiers restent sur sept victoires en sept matches! Et en Coupe? Le Mont a balayé Wil, alors leader de Challenge League (4-1), avant d’aller facilement battre Lancy (1re ligue Classic) à l’extérieur (0-5). Avec leur 4-2-1-3 ultra-offensif, les joueurs de Claude Gross peuvent mettre le feu à n’importe qui. Et comme Le Mont est ultra-solide derrière (meilleure défense de 1re ligue Promotion), tous les espoirs sont permis pour samedi. Comme son président Serge Duperret, l’entraîneur du Mont espère voir un stade plein pour faire tomber YB. Une belle affluence résonnerait comme une belle récompense du travail accompli depuis des années. Le Mont est tombé de Challenge League, après une année, mais n’a pas sombré, loin de là. Aujourd’hui, il est tout près d’effectuer son retour dans l’élite du football suisse. Et battre YB serait un formidable coup de tonnerre.

Claude Gross, comment fait-on pour battre Young Boys?

On les enferme dans le vestiaire! Déjà, je ne sais pas si c’est possible, de les battre. Bon, sérieusement, j’ai quelques petites idées, bien sûr.

Quelles sont-elles?

Je ne vais pas vous les dévoiler ici. La première chose, c’est de jouer comme on sait le faire. Nous avons des arguments à faire valoir et, surtout, on a très envie de les accrocher. Je ne vous apprends rien si je vous dis que l’on devra faire une grosse performance. Et eux devront être un peu moins bien…

Est-ce qu’il y a vraiment un risque qu’ils vous prennent de haut? Vous êtes leader de 1re ligue Promotion, et Uli Forte connaît très bien les exploits en Coupe et la 1re ligue…

Oui, c’est vrai, Uli Forte nous prend très au sérieux, malheureusement pour nous (sourire). Je l’ai vu trois fois nous superviser en personne, et on me dit qu’il est venu une quatrième fois. Il ne va pas nous prendre de haut, c’est sûr. Après, j’espère que les joueurs seront moins impliqués que lui, et que eux vous nous prendre un peu à la légère.

Et vous, êtes-vous allé les superviser?

Oui, plusieurs fois.

Au stade ou à la télévision?

Les deux. Mais on ne va pas faire une fixation sur eux. Comme je vous ai dit, on va jouer comme on sait le faire. Je n’ai pas du tout envie de forcer mon équipe à jouer autrement, parce que j’aurais vu des forces ou des faiblesses chez notre adversaire. Alors oui, bien sûr, il y aura deux ou trois adaptations. Des petites choses. Mais le message sera clair: jouer notre jeu.

Le jeu du Mont, c’est un jeu ultra-offensif, c’est attaquer tout le match, avec un numéro 10, Sid-Ahmed Bouziane, derrière trois pointes… Est-ce que ce sera possible face à une équipe de Super League?

Je vous l’ai dit, on va jouer avec nos forces. On sait attaquer, vous avez raison, mais on sait aussi contre-attaquer. En fait, à notre niveau, on sait faire du jeu posé, mais on sait aussi jouer long, quand il faut. Et on sait aussi jouer rapidement, en contre. On sait faire les trois, en 1re ligue Promotion. Est-ce qu’on pourra le faire samedi? Je ne sais pas. Après, au delà de ces considérations tactiques, ce qu’on espère, c’est qu’il y ait du monde au match, le plus possible. Et là, j’ai envie de lancer un appel.

On vous écoute.

Samedi, on représente le football vaudois. On aimerait, pour une fois, que chacun vienne se rendre compte du travail que l’on fait ici, avec de très bons joueurs, et des espoirs de notre football. On représente le canton de Vaud samedi, face à un des plus grands clubs suisses. On a envie d’avoir le soutien de tous les amateurs de football de chez nous. Venez voir Le Mont! Même si c’est juste une fois (sourire).

Le message est passé! Parfois, on a l’impression que les équipes de 1re ligue, ou de 1re ligue Promotion, quand elles se frottent à des équipes de Super League, sont parfois un peu trop « timides ». Avec vos joueurs, ce ne devrait pas être le cas, on se trompe? Pour Claudio Gentile, Sid-Ahmed Bouziane, Michele Morganella, Mobulu M’Futi ou N’diasse N’diaye, jouer contre Young Boys ne fait pas trop peur…

C’est tout à fait vrai. Ils ont l’expérience de ce niveau-là, et ils ne seront pas apeurés. Ils se réjouissent de ce match, mais ils ne sont pas tout excités, ce n’est pas le match de leur vie.

Claudio Gentile, par exemple, a été le meilleur gardien de Super League. On imagine qu’il attend tout de même ce match avec impatience…

Oui, attention, il a sa fierté! C’est un match important pour lui, et il a une certaine pression, bien sûr. Mais dans son cas, elle est bénéfique. C’est ce que j’ai dit aux joueurs dès le début: nous ne sommes qu’à cinq matches de la finale. Aujourd’hui, nous en sommes à trois. Samedi, face à YB, c’est une fête. Mais ce n’est pas une finalité.

A titre personnel, où placez-vous votre mérite dans la construction de cette belle aventure?

Disons que j’ai eu de la chance que le président me laisse construire cette équipe comme je le voulais. Aujourd’hui, nous avons un très bon mélange de jeunes, que j’ai eu en M18 ou M21, et de joueurs plus expérimentés.

Avez-vous vraiment pu choisir ces joueurs?

Oui. Des gars comme Ridge Mobulu, David Kilinc, Marco Gabriele, Fabio Rego, Emmanuel Domo ou Ahmed Mejri, sont tous des joueurs que j’ai choisi. Après, bien sûr que c’est au président de discuter, et c’est pour ça que je dis que j’ai eu de la chance. Parmi les autres renforts, Michele Morganella et Sid-Ahmed Bouziane ont été proposés au club par quelqu’un d’autre que moi. Et je suis très heureux que ces deux très bons joueurs aient pu venir et qu’ils s’intègrent à ce collectif. Pour moi, c’est le plus important. Il y a des mecs que j’ai refusé de reprendre, parce qu’ils ne s’intégraient pas au groupe, alors que, footballistiquement, ils auraient pu nous apporter quelque chose.

Aujourd’hui, Le Mont a sept points d’avance sur le deuxième en championnat. Sincèrement, vous vous y attendiez?

Notre parcours est intéressant, c’est vrai. On a commencé avec 3 matches et 2 points. Et là, on a sept points d’avance à la fin du premier tour. Franchement, on savait qu’on pouvait bien figurer, oui.

Au début du championnat, vous partiez un peu dans l’inconnu quand même…

On arrivait dans un nouveau championnat, donc forcément… Mais nos matches amicaux face à Nyon et Fribourg nous avaient déjà mis sur la voie. Je vous le dis aujourd’hui: on savait que l’on pouvait bien figurer. Après, est-ce que « bien figurer », c’est être 1er ou être 5e? Avoir sept points d’avance après les matches aller, non, on ne pouvait pas s’y attendre.

Vous restez sur 21 points en 7 matches… On peut le dire, vous vous êtes plutôt bien adaptés à la 1re ligue Promotion!

On a un groupe de qualité, c’est sûr, et je ne veux pas passer pour un prétentieux, mais on maîtrise les matches. En fait, on a été trimbalés une fois, face à Zurich M21. Et on gagné 0-2. On est en confiance, et, ce qui me plaît, c’est qu’on a gagné cinq fois dans les arrêts de jeu ou dans les dernières minutes. C’est un signe: ce groupe a envie. Il suffit de voir l’ambiance dans le vestiaire quand on fait match nul. Ce groupe veut gagner, tout le temps.

Votre avis sur le LS et ses problèmes actuels? Vous y avez entraîné la relève, vous connaissez parfaitement ce club. Que vous inspire sa situation?

De la tristesse.

Pour les résultats, ou la manière dont le club est géré?

Pour les résultats. La manière dont le club est géré ne me concerne pas, et vous ne m’entendrez jamais critiquer un autre club ou parler de lui. Le LS dernier en Super League, c’est triste pour le canton, pour tout le football vaudois.

Aimeriez-vous intensifier les relations entre Le Mont et le LS?

Mais elles existent, ces relations. Team Vaud est là pour ça, non? On a un partenariat avec le LS. Je vous rappelle que Le Mont paie des dizaines de milliers de francs par année pour faire partie de Team Vaud.

Estimez-vous ce partenariat profitable pour votre club?

Je vais vous répondre par une question: est-il mieux pour un jeune international de jouer en 2e inter ou en 1re ligue Promotion?

En 1re ligue Promotion…

Et voilà. Aujourd’hui, les jeunes internationaux suisses jouent en 2e ligue inter dans une équipe qui n’arrive pas à monter depuis trois ans. Ils pourraient être chez nous et jouer, plutôt que de rester sur le banc en Super League, de recevoir deux bouts de matches en début de saison, et de retourner en 2e ligue inter.

Vous avez tout de même « récupéré » David Kilinc, Titi Diaby, Ridge Mobulu, Marco Gabriele…

Oui, et on espère bien qu’ils vont se relancer chez nous. C’est à eux de montrer, désormais. Mais ses joueurs-là étaient arrivés à la fin de leur parcours avec Team Vaud et le LS ne souhaitait pas les intégrer à leur contingent. Ce dont je vous parle, c’est d’avoir des joueurs qui sont encore en cours de formation, qui sont encore internationaux, et qui pourraient progresser chez nous avant de retourner au LS ou d’aller ailleurs.

Un peu le cas de Florian Gudit, signé de Bellinzone il y a quelques semaines. 

Lui, comme les autres, peut espérer se relancer chez nous. A lui de jouer.

Pour reparler un peu de Young Boys: quel joueur de leur effectif aimeriez-vous prendre dans votre effectif, si vous le pouviez?

Stéphane Chapuisat.

Et plus sérieusement?

C’est ma réponse: Stéphane Chapuisat. C’est un ami, et c’est surtout le plus grand footballeur suisse de tous les temps. C’est le plus titré, et c’est un des plus talentueux. Je n’ai pas besoin d’un autre joueur d’YB dans mon effectif (sourire).

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