Les frères Alvarez, deux regards différents

Les frères Alvarez, deux regards différents

D’un côté, Adrian, 22 ans, 1, 73m d’explosivité et de puissance, et une immense volonté de réussir. De l’autre, Estefan, 20 ans dans quelques jours, une dizaine de centimètres de moins, mais une rapidité incroyable, et une technique tout en toucher. Les frères Alvarez, originaires de Galice, sont tous deux ailiers, mais dans un style différent, sur le terrain comme dans la vie. Rencontre, sur le canapé familial à Denges.

Adrian a des envie de professionnalisme, Estefan préfère attendre et voir

« Adrian? Il tient de notre père, et moi de ma mère. C’est sûr que j’aimerais avoir sa puissance, et tenir mieux sur mes jambes, quand je me fais charger par les défenseurs. Mais je suis plus fin techniquement », explique « Este », qui a rejoint Forward Morges, en 2e ligue, l’an dernier, après avoir quitté Team Vaud, un peu désabusé du haut niveau et pas enthousiaste du tout à l’idée de retenter sa chance. Adrian, lui, joue à Echallens (1re ligue Classic), et a une envie forte d’y retourner. « J’ai joué un peu en Challenge League avec Lausanne-Sport, et oui, je prends mon passage à Echallens comme une étape pour me relancer. J’ai un agent depuis peu, qui regarde pour moi, en Suisse et à l’étranger. » En écoutant les paroles de son grand frère, Estefan sourit. Lui a encore envie d’y croire, mais plus envie de faire les efforts, plus envie de se battre. « Je n’ai pas la même volonté qu’Adri, ça c’est sûr. Si je l’avais, j’aurais réussi… Là, je n’y pense plus. Je veux tout donner pour Forward Morges, en espérant monter. Depuis le début, j’ai entendu que j’étais trop petit, trop fluet, mais ça ne m’a jamais découragé. Je suis petit, et alors quoi? Je vais vite, j’essaie d’anticiper. Si le défenseur vient vers moi, hop, je pars en profondeur. » Et là, bonjour pour essayer de le rattraper. Les défenseurs de 2e ligue ont découvert le phénomène en 2013, et peu ont réussi à l’arrêter.

« Este » et Forward n’ont qu’une idée en tête: monter

Cette année, pourtant, les statistiques sont moins favorables au Morgien. Prend-il le rythme de la 2e ligue, et est-il moins décisif? Il s’en défend: « Non, je ne pense pas! J’ai quand même mis 8 buts. L’année passée, j’arrivais, les défenseurs ne me connaissaient pas. Cette année, j’entends souvent les entraîneurs demander un marquage plus strict. Je suis plus surveillé, et ça profite aux autres. » Cristovao, l’ailier droit, en est à 10 buts, et Raphaël Cand, l’avant-centre, à 9. Le trio offensif morgien fait mal, et profite des ouvertures de César Ferrari et de Karim Kaddour. De quoi faire de Forward un des favoris à la montée. « J’espère bien, oui. Il y a une bonne ambiance dans ce groupe, et les entraînements sont de très bonne qualité avec Gabet Chapuisat. On a tout pour bien faire », estime Estefan.

Adrian, qui n’a jamais joué en dessous de la 1re ligue, espère que son petit frère et Forward vont réussir la montée: « Oui, c’est important. Il ne faut pas qu’il devienne un joueur de 2e ligue. Ca n’a rien de péjoratif, je respecte tout le monde et tous les footballeurs, mais il a le potentiel pour jouer plus haut. Et c’est important de garder le rythme, notamment pendant les entraînements. »

Estefan n’a pas vécu son départ du LS comme une catastrophe

Monter en 2e ligue inter, Forward et son ailier en ont envie. Mais l’envie, justement, est ce qui différencie le plus les deux frères. Lorsqu’Estefan a été prié de partir de Team Vaud M18, il n’en a pas fait une maladie. Pas d’esprit de revanche, pas de sentiment d’injustice. « J’ai été un peu déçu quand j’étais en M16, dans la meilleure équipe des deux. Il y avait les 16A et les 16B. J’étais dans la A, qui est celle où jouent ceux qui sont censés être les meilleurs. A la fin de la saison, ils ont monté des joueurs en M18 directement, mais pas moi. Je suis passé en M17, alors que des joueurs des 16B y allaient! On m’a dit, encore, que c’était à cause de ma taille. Là, je l’ai mal pris, et après quelques matches et pas mal de buts avec les M17, ils ont bien été forcés de me prendre en M18. Mais bon, là, ça ne passait plus. » Direction Forward Morges, donc, à deux pas de la maison, et priorité à l’apprentissage d’employé de commerce. « On verra pour la suite, quand j’aurai mon CFC ».

Le FC Echallens après le LS pour Adrian

Son CFC d’employé de commerce, Adrian l’a obtenu. Mais lui n’a pas encore tout à fait digéré son départ du LS. La voix est calme, aucune haine, aucun sentiment négatif. Mais une petite envie de revanche, quand même. « J’ai eu des supers-entraîneurs. Alexandre Comisetti en M21, c’était la classe. Il a beaucoup compté pour moi, encore plus que Pierre-Alain Praz en M15, que j’appréciais aussi. Mais c’est quand je suis arrivé en 1re équipe, que j’ai trouvé un peu étrange la manière dont ls choses se sont passé. J’ai fait 7 ou 8 matches en Challenge League, et on me disait que j’étais l’avenir. Et du jour au lendemain, je n’ai plus eu de soutien. C’est ce qui me dérange le plus. Tout d’un coup, plus personne ne te parle. J’ai de la peine à comprendre qu’on se débarrasse d’un jeune comme ça. Le seul soutien, je l’ai obtenu du FC Echallens. Julien Marendaz a toujours cru en moi, et je sais ce que je lui dois, et ce que je dois à ce club. » Départ donc à Echallens, où il se sent bien et progresse sous les ordres d’un staff qui croit en lui. Sur l’aile droite ou sur l’aile gauche, mais aussi parfois en pointe, il tente de progresser et de soigner ses défauts.

L’efficacité devant le but, le point à améliorer

« On a une faiblesse commune », estime Estefan. Laquelle? « Mentalement, on lâche trop vite. Adri et moi, si on rate nos premières passes ou nos premiers contrôles, on perd de la confiance, et c’est fini. » Le grand frère n’est pas tout à fait d’accord. « Avant, j’étais comme ça. Mais j’ai beaucoup travaillé sur ce point-là. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus fort dans ma tête. Si ça ne passe pas, je vais essayer encore ou trouver d’autres solutions. Non, le point où je dois m’améliorer, c’est l’efficacité. Je me crée beaucoup d’occasions, mais je ne marque pas assez. Et si je veux aller plus haut, je dois être meilleur devant le but. Je travaille beaucoup les face-à-face avec le gardien, mais en match officiel, je ne marque pas assez. Je le sais. »

Comme lors de ce fameux match de Coupe Suisse face à Thoune (lire ici), à l’été 2013. « Alva » avait dynamité les Bernois, qui avaient pris l’eau… mais il n’a pas su marquer une de ces trois immenses occasions, dont deux en fin de match, qui auraient permis à Echallens de se qualifier, sans doute, tant Thoune était prenable pour d’excellents Challensois ce jour-là. « Il a provoqué le penalty du 1-1 quand même », le défend Estefan, solidaire. « Oui, j’ai raté ces occasions, mais ce match m’a donné confiance en moi. Mon téléphone a pas mal sonné après, et c’est là que j’ai décidé de faire confiance à un agent », explique Adri.

Sera-t-il encore à Echallens au deuxième tour? « Oui, c’est sûr à 100%. Franchement, j’ai eu des sollicitations, et j’aurais pu partir. Je ne le dis pas pour passer pour un arrogant, mais je réponds à votre question et je ne veux pas mentir. Mais je vous l’ai dit, je sais ce que je dois à Echallens. Ce sont les seuls qui m’ont fait confiance après Lausanne, et j’ai toujours été bien ici. Mais cet été, ce n’est pas un secret, et les dirigeants ne vont pas l’apprendre via votre site, je pense que je serais prêt pour aller plus haut. »

Adrian est prêt à s’en aller pour vivre son rêve

Devrait-il lâcher certaines choses, pour éventuellement aller à l’étranger? « Non. Je suis en train de finir mon service civil, et après, je serai totalement libre. Je n’ai aucune attache. Mes copains? Je les vois rarement, tellement j’ai envie de me consacrer au football. J’aimerais les voir plus, mais c’est comme ça, je suis obligé de faire des choix. Je m’entraîne physiquement tout seul, je veux mettre toutes les chances de mon côté pour y arriver. » Assis à côté sur le canapé familial, Estefan écoute les rêves de professionnalisme de son grand frère. Pas envieux, juste admiratif. En espérant fort qu’il y arrive. Et le jour où il signe un contrat, son petit frère sera son premier supporter. Et lui pendant ce temps-là va continuer à enflammer les terrains romands, sans forcément rêver à plus haut. Son unique envie? « J’aimerais bien qu’on joue ensemble un jour. » Adrian? « Oui, ce serait bien. Mais plus tard. » Pour l’instant, chacun trace sa route, et elles ne prennent pas les mêmes directions.

Qui est le plus rapide des deux?

Au fait, on va quand même y aller pour la question que tout le monde se pose… Qui est le plus rapide des deux? « On n’a jamais fait de course », sourit Estefan. « Sur les premiers mètres, c’est moi, je suis plus explosif. Mais après les vingt premiers mètres, il me dépasse », estime Adrian.

Le grand frère est donc plus explosif, plus ambitieux, plus déterminé. Ce qui n’empêche pas le petit d’avoir son caractère: « Oui, c’est sûr! Adri, il est tout calme, il ne s’énerve jamais. Moi, je n’arrête pas de râler. Ca, c’est dû à ma petite taille. Il faut que je gueule pour me faire entendre. Alors, je n’hésite pas. Vous savez, les défenseurs de 2e ligue, ils n’hésitent pas. Ils me mettent des boîtes, ils m’insultent…. Je veux me faire respecter. Et je vais vous dire une chose, et vous pouvez finir votre article comme ça: Adrian a des envies d’aller plus haut, et moi je n’ai pas assez de volonté pour y penser sérieusement. Ca, c’est clair. Mais ça ne veut pas dire que je ne vais pas tout donner sur le terrain ou aux entraînements. Le foot, j’ai ça en moi, j’adore ça. Je n’ai pas de sentiment de revanche, mais j’ai envie de montrer que je suis là. » Rendez-vous au printemps, pour un deuxième tour de feu pour les frères Alvarez?

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