Les Barbaro, d’attaque de père en fils

Les Barbaro, d’attaque de père en fils

« La différence entre nous deux? Je suis plus collectif! Lui, c’était un égoïste! » En une phrase, et dans un éclat de rire, Salvatore Barbaro a tout résumé. Son père Maurizio était un chasseur de buts, un de ceux qui ne pardonne rien dans les seize mètres. « Ah ça, c’est sûr! Moi, quand j’avais un ballon, je le mettais au fond! Lui, il faut cinq occasions pour mettre un but! » Le ton est donné: Maurizio et Salvatore Barbaro, tous deux tifosi de l’AC Milan, s’adorent comme un bon père et un bon fils, mais ils aiment aussi beaucoup se chambrer. Normal dans une famille de footballeurs. « Si j’ai toujours voulu jouer devant, c’est grâce à lui. Depuis tout petit, j’ai appris que le but était la chose la plus importante dans le foot », rigole Salvatore, qui a donc été à bonne école.

La complicité entre les deux saute aux yeux, et la fierté se lit dans les yeux du père. « Mais on sait faire la part des choses. Quand on est à l’entraînement, on oublie la relation père-fils », glisse Salvatore. Pas besoin: la hiérarchie se fait naturellement. Maurizio (50 ans) est l’entraîneur, le patron. Et Salvatore (22 ans), de par sa technique et son leadership, est le boss sur le terrain, qu’il joue en attaque (rarement) ou au milieu de terrain, comme très souvent lors de ce premier tour. Et autant le dire tout de suite: ça marche. Aigle est 5e à la trêve, à deux points des finales.

Du spectacle aux matches du FC Aigle

Pierre Ruggiero, président du FCA, explique tout le bien qu’il pense du duo, arrivé cet été aux Glariers, après le départ de David Orlando au FC Saint-Maurice: « On est très heureux de les avoir. Une chose qui me plaît particulièrement, au delà des résultats, c’est le fait qu’il y ait du spectacle. Aucun spectateur ne s’est ennuyé à un match du FC Aigle cette saison, et ça, j’aime! On perd des matches de temps en temps, mais au moins, personne ne s’ennuie » Maurizio confirme: « Si un président cherche un entraîneur qui veut faire du catenaccio, c’est sans moi! J’aime les buts, les beaux matches, le spectacle! »

Maurizio, une belle carrière de buteur entre Vaud et Valais

Impossible de renier un passé de buteur, pour celui qui est arrivé de son Italie natale pour jouer au football. « J’ai fait ma formation du côté de Lecce. Je jouais en Serie C2, lorsque j’ai été approché par le FC Saint-Maurice. J’étais semi-professionnel en Italie, et j’ai tout lâché pour la Suisse. » Il a enchaîné les buts de tous les côtés, et n’en est jamais parti. Sa carrière? « J’ai joué surtout en 2e ligue. Pour ce qui est du canton de  Vaud, je suis allé à Pully, à Aigle et à Bex. Et en Valais, j’ai mis des buts pour Massongex, Vétroz et Saint-Maurice. Ah, et Stade-Lausanne aussi, bien sûr! J’ai eu Richard Dürr comme entraîneur. » Et partout, Maurizio, attaquant rapide et malin, a marqué. Le total? « Je ne sais pas! Mais vous pouvez compter 20 par saison, c’était le tarif! », rigole-t-il aujourd’hui.

Salvatore, repéré par le FC Sion après 26 buts en 12 matches de 2e ligue

On l’a dit, Maurizio était un finisseur, là où son fils est un joueur plus complet. Les meilleurs souvenirs de « Toti », son surnom? Ils sont collectifs, à l’image de son personnage. « Le titre de champion suisse de C Inter avec Martigny, c’était génial. C’était la première fois qu’une équipe valaisanne obtenait un tel titre. J’y étais avec Demokrat Ramaj, notre gardien aujourd’hui. » C’est plus tard que le jeune et prolifique attaquant a été repéré par le FC Sion. « Je jouais à Saint-Maurice, en 2e ligue valaisanne. J’avais 20 ans, et j’ai mis 26 buts en 12 matches, au premier tour. Les M21 de Sion m’ont appelé, et j’y suis allé. » Un choix pas forcément apprécié par le FC Saint-Maurice, qualifié pour la finale de la Coupe valaisanne. « Mais je n’allais quand même pas dire non au FC Sion! Bien sûr que j’ai été triste de ne pas jouer cette finale, d’autant que Saint-Maurice l’a perdue, mais refuser le FC Sion et un contrat, j’aurais été fou! » Maurizio approuve.

Mais le père n’est pas de ceux qui se projettent sur le fiston et veulent tout faire pour qu’il réussisse une carrière, là où lui est resté aux portes de l’élite. « Non, non, surtout pas! Il faut qu’il fasse ses expériences. Quand Sion est venu le chercher, j’étais heureux et fier, mais pas question de le protéger. » Parti à Tourbillon en décembre 2011, « Toti » ne franchira pas le pas du monde professionnel. Mais l’expérience reste de toute façon belle, et ses apparitions en 1re ligue ont été prometteuses. De quoi lui donner l’envie d’y retourner?

Un capitaine très altruiste, au service du collectif

« Pourquoi pas? Je n’ai que 22 ans, mais je suis très bien à Aigle, et je m’y projette à long terme, sérieusement. On a été bien accueillis ici, tant le père que moi. On ne s’en cache pas, on veut monter en 2e ligue inter d’ici l’année prochaine. Après, si une Challenge League pense à moi, je peux imaginer être intéressé, mais je suis assez lucide. Après Sion, je suis passé par Monthey, et j’ai eu des offres de 1re ligue cet été. Mais c’était sur Lausanne, et difficilement compatible avec le boulot que j’ai trouvé », explique « Toti », les pieds sur terre. La Challenge League, un cran trop haut? Pas forcément. Le jeune homme a de quoi y croire, tant il survole cette 2e ligue vaudoise. Quiconque a vu un seul match du FC Aigle cette saison ne peut pas être passé à côté de son capitaine, numéro 9 régnant en maître sur le milieu de terrain.

« Arrêtez de dire ça, il doit encore progresser », rigole Maurizio, qui l’utilise à peu près partout où il le juge utile. « Je sais qu’il aimerait jouer en attaque, mais j’estime qu’il est plus utile au milieu, pour l’instant. On a besoin de lui dans la construction du jeu. Mais s’il manque un attaquant, je le mets plus haut. » Avec 11 buts lors du premier tour, la première place au classement des buteurs n’est pas si loin. « Toti » y pense-t-il? « Non, pas vraiment. Si je jouais en pointe, peut-être, mais là, je pense surtout au succès de l’équipe, très sincèrement. Notre attaquant Michaël Mbo est à 12 buts. Si je peux l’aider à gagner, pourquoi pas? Mais le plus important, c’est de gagner des matches! ». Salvatore Barbaro, efficacité, humilité.

Le FC Aigle: 2e meilleur attaque, 10e meilleure défense

Si le FC Aigle vise la promotion l’an prochain, celle-ci pourrait arriver dès cette année. Les finales ne sont pas loin, mais les deux Barbaro ne veulent pas trop en parler pour l’instant. Maurizio: « On a toujours dit qu’on voulait terminer dans les quatre premiers. On est 5e pour l’instant. Franchement, on manque un peu d’expérience. On perd des points bêtement. On peut battre largement Montreux, et s’incliner contre des équipes moins bien classées. »

Avec 36 buts marqués, le FC Aigle a la 2e attaque du groupe, derrière Montreux. Mais avec 31 buts encaissés, la défense est la… 10e! « Mais je n’en veux pas à mes défenseurs! C’est comme ça, on joue très offensif. Alors forcément, ils sont très exposés », explique Maurizio. Salvatore approuve, et aime le côté offensif de son équipe: « Mais on pourrait être plus équilibré. C’est ce qui nous manque un peu. » Le FCA a encore du boulot, mais cette équipe est jeune. « 12 joueurs sont arrivés cet été. On est au début d’un projet. »

La 2e ligue inter d’ici deux ans

Le président Pierre Ruggiero confirme. « Il y a du potentiel ici. Aigle est un chef-lieu de district et une place ferroviaire importante, qui a sa place en 2e ligue inter. Mais cela ne va pas se faire tout seul. On imagine qu’avec une première équipe à ce niveau, on pourra garder nos jeunes ambitieux, et en faire venir d’autres, des villages autour. On en a 250 aujourd’hui, et on essaie de créer un esprit de club, avec des joueurs de la première équipe pour entraîner les juniors. On a vraiment envie que les gens reviennent au bord du terrain et s’intéressent à nous. C’est encourageant, car avec les bons résultats et le style de jeu offensif, on voit un petit peu plus de monde au bord du terrain. Pour le derby face à Bex, on avait invités les autorités politiques des deux communes, c’était très sympa. On a perdu, mais c’est un détail », sourit-il. C’est sûr, il se passe quelque chose du côté du FC Aigle.

Au fait, on a dit que Maurizio était un buteur égoïste, qui ne ratait pas une occasion. Mais « Toti » est lui un attaquant spectaculaire, qui peut marquer des buts de folie, de 30 mètres. « Oui, c’est vrai, il a un très bon tir! Allez, on va le dire comme ça: moi j’avais la quantité, et lui la qualité », rigole Maurizio. Un duo explosif, sur le terrain comme dans la vie.

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