«Le foot est l’élément d’intégration le plus concret»

«Le foot est l’élément d’intégration le plus concret»

Le Racing Club Lausanne vogue vers des flots plus paisibles après un premier tour qui n’aura pas été de tout repos, surtout d’un point de vue extra-sportif. Dans le ventre mou du groupe 2 de 4e ligue, il ne manque que quelques points à l’équipe pour assurer son maintien car Bursins-Rolle-Perroy III semble définitivement largué dans ce groupe et condamné à la chute en 5e ligue. La mission semble très bien partie et il serait surprenant qu’elle n’aboutisse pas. Nous avons rencontré l’énigmatique buteur et véritable leader de l’équipe, Youssri Naffati. Youssri? 8 buts en 8 matches au premier tour, puis déjà trois durant le second. Son ratio buts marqués-matches joués aurait été assurément encore plus conséquent s’il n’avait pas manqué les premiers matches de son équipe lors du premier tour faute de passeport. Très grand, puissant et technique, l’attaquant nous raconte, au détour d’une bière, son histoire et celle, étonnante, de son club.

Youssri, quel est votre parcours footballistique à ce jour?

Je suis de Renens, j’ai alterné plusieurs clubs de la région lausannoise. Lesquels? Renens, Etoile Lausanne, Echandens, Chile, Epalinges et, enfin, Azzurri avec la deuxième équipe la saison dernière.

Pourquoi avoir choisi Racing alors que vous jouiez en 3e ligue la saison passée?

Tout simplement car mes amis jouent ici et je voulais allier plaisir et sport. J’ai saisi tardivement à quel point il était important de mettre en avant le collectif au détriment de l’individuel. Dit ainsi, cela paraît élémentaire, mais j’ai eu un déclic il y a quelques années et maintenant, c’est l’équipe qui prime dans ma conception du foot. J’ai vu pas mal de différentes réalités footballistiques depuis quelques années et j’ai décidé de venir jouer avec des potes. J’ai donc choisi Racing. Cependant, on a une finalité bien définie ici. Le but est de structurer l’équipe, la pérenniser dans un environnement sain. Il faut quand même rappeler que le club est plus que centenaire, il est apparu le 1er juillet 1910!

Et d’un point de vue personnel, quelles sont vos aspirations à Racing?

Je suis un compétiteur. Quand je joue, je dois gagner. Même si je suis venu pour jouer avec des amis et consolider cette identité au club, j’aime et je veux gagner. Je sais qu’on ne montera pas cette année et nous n’avons aucun autre projet actuel que de solidifier cette équipe. On est une équipe cosmopolite comme beaucoup d’équipes lausannoises, et avec tout ce qui nous est arrivé cet hiver, le fait que presque tout le monde soit resté fidèle à l’équipe démontre à quel point on est soudé et qu’on a envie d’aller de l’avant.

Qu’est-ce qui s’est donc passé cet hiver ?

Je n’entrerai pas dans les détails, pardonnez-moi. C’est une longue histoire, mais durant la trêve hivernale, on a changé de coach et on a dû batailler pour sauver l’équipe. Déjà que s’entraîner en plein hiver dans les hauts de Lausanne est souvent compliqué… Finalement, on a reconstruit, ou plutôt ramené, une cohésion au sein de l’équipe dans le but que le Racing Club Lausanne continue d’exister au sein du football vaudois. C’est un club centenaire avec une riche histoire, il est hors de question de la bafouer! Le comité et le président nous ont laissés relativement autonomes et nous avons réussi à nous en sortir tout seul, en nommant un nouveau coach, gardant une ossature importante par rapport au premier tour et faisant venir quelques nouveaux joueurs. Bref, on a passé une tempête, on a résisté, maintenant on veut montrer qu’on peut aller plus loin encore.

Vous revenez donc de loin?

Oui, c’est le moins qu’on puisse dire. Par respect pour les personnes incriminées et aussi car une plainte judiciaire a été posée, je ne m’étalerai pas sur les péripéties qui ont émaillé notre fin d’année 2014. Le football vaudois et particulièrement lausannois, est un petit monde où beaucoup de gens se connaissent et vous rencontrerez sûrement aux abords des terrains des personnes qui aiguiseront votre esprit sur certains événements survenus à notre sujet.

Vous avez parlé d’un changement de coach. Qui est donc l’heureux nouvel élu ?

Jorge Guerrero est notre nouveau coach. Il n’est pas inconnu parmi nous vu qu’il jouait encore avec l’équipe au premier tour. Il a décidé de stopper sa carrière de joueur et de se consacrer totalement au coaching. Pour nous, c’est parfait, c’est ce qu’on désirait car il aurait été difficile de trouver un entraîneur qui vient de l’extérieur en si peu de temps.

Sportivement parlant, que pouvez-vous nous dire sur votre équipe ?

Malgré les problèmes rencontrés, l’équipe s’est consolidée, on est devenu encore plus solidaire. On est une équipe plus technique que physique! Même si je mesure 2 mètres, je suis un joueur relativement technique contrairement à ce qu’on pourrait penser vu ma grande taille (rires). On aime bien jouer au ballon, on essaie au maximum de le faire. Il est clair que pour l’instant on n’est pas très bien classé mais le classement à proprement parler n’est pour l’heure qu’anecdotique. On verra dès la saison prochaine si on peut s’améliorer de ce point de vue.

Vous avez dit que avoir pris conscience assez tardivement de l’importance du collectif dans le football, quel a été l’élément déclencheur ?

Alors là je dirais sans hésiter Pierre-Alain Bruelhart, l’actuel entraîneur du Fc Jorat-Mézières en 3e ligue. Il m’a beaucoup appris et fait comprendre à quel point le football était un sport collectif. Il m’a fait entrevoir de nouvelles aspirations et je garde un excellent souvenir de lui. Même si à l’époque quand je jouais à Epalinges, ce n’était de loin pas ma meilleure saison et tout ne fut pas facile, je tenais à lui rendre hommage. C’est un des coaches qui m’a le plus marqué.

Quels sont vos meilleurs souvenirs en tant que joueur ?

Il y en a plusieurs. J’ai déjà vécu quelques promotions dans ma carrière, avec Echandens de 5e eh 4e ligue lorsque Pietro Rinaldi nous entraînait. Après avoir écumé les terrains de 3e ligue que ce soit avec Azzurri, Epalinges ou Chile, le fait de venir ici à Racing avec mes amis est un tournant que je considère décisif du point de vue de ma personnalité. Je veux contribuer à apporter des résultats, une structure et une ambiance forte dans cette équipe, car je conçois le foot comme l’élément d’intégration le plus concret et constructif.

Et pourquoi cela vous tient-il particulièrement à cœur ?

Je sais de quoi je parle, j’ai fait mes juniors à Renens, dans un club réputé pour son mélange ethnique et maintenant en parcourant tous ces clubs de la région lausannoise, je me rends compte qu’il n’y a pas meilleur vecteur que le football pour intégrer quelqu’un dans un milieu et donner un sens à ses activités externes. Avec Racing, on est d’ailleurs très fort lors de la troisième mi-temps, souvent on sort après les matches ou on va boire des bières en équipe. On est difficilement battable à ce jeu (rires).

Et il y a vos études, non?

Oui, c’est vrai. Je prépare mon Master de Management du sport à l’Université et cette problématique m’interpelle. Je suis moi-même issue d’une famille aux identités culturelles diverses, ma mère est chilienne, mon père tunisien, et je suis d’autant plus sensible à cette donne. A ce propos aussi, je tenais vraiment à souligner  de manière objective l’importance d’un site comme footvaud.ch. Le football amateur régional est une source indéniable de motivation pour ceux qui le pratiquent ou qui s’y intéressent et je le vois chaque week-end au bord des terrains, car tout le monde en parle. C’est bien d’avoir son petit moment de gloire et de passer dans le journal ou sur un site. L’idée de stariser les joueurs de foot amateur est à mon sens la meilleure des manières de promouvoir un sport, une équipe ou un club.

On sent que le sujet vous tient à coeur. On se trompe?

Non pas du tout! Etant dans le management du sport, je suis particulièrement intéressé et sensibilisé à tout ce qui pourrait donner une importance à un milieu culturel aussi riche que le foot amateur. Le fait d’être mis en avant, de parler de tel ou tel club ou répertorier les résultats d’un autre n’est pas anodin et sert au concept d’intégration employé plus haut. Les gens s’identifient à cela et les placent sur le devant de la scène.

Un dernier mot que vous aimeriez mettre en avant pour nos lecteurs ?

Oui, l’occasion s’y prête parfaitement en plus! Je tenais encore  à évoquer la Lausanne Christmas Cup. Nous organisons avec quatre membres du Racing Lausanne cette manifestation qui se déroule une fois par année, juste avant Noël, dans une salle de gym lausannoise. C’est l’espace idéal pour mélanger football et fun. Le succès ne se dément pas et le but est simple: associer le football à la musique. En partenariat avec l’association «Le Central», on aimerait pérenniser l’événement de manière stable dans le calendrier cantonal. Le but du tournoi est de former une équipe et de venir déguisé et les femmes sont aussi les bienvenues. Même si la finalité n’est pas la compétition en soi, le niveau était particulièrement élevé l’année passée. Je vous incite à aller tous visionner notre page Facebook, «Lausanne Christmas Cup», sur laquelle des petites vidéos courtes et drôles vous donneront une image plus précise de ce qu’on y entreprend.

Propos recueillis par Julien Marchionno

Categories: 4e ligue, Interviews

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