Le FC Renens va devoir choisir entre deux projets forts

Le FC Renens va devoir choisir entre deux projets forts

Le 18 mars, tout sera consommé. Le FC Renens, institution historique dans le paysage vaudois, aura un nouveau président et un nouveau comité à l’issue d’une assemblée générale d’ores et déjà convoquée. Les cinq membres du comité actuel ont en effet démissionné, fatigués par des histoires qu’il serait long de résumer ici. Sans entrer dans les détails, la situation s’est dégradée au fur et à mesure ces derniers mois, la Commune de Renens menaçant même officiellement de fermer les terrains. Alors, le comité en place a dit stop et a démissionné en bloc. Fin du bal.

Deux patrons bien connus face à face

Renens dans la tourmente? Pas vraiment, en fait. Si la situation actuelle n’a rien de plaisant, et que la première équipe est en difficulté en 3e ligue, l’emplacement du club, son stade, ses installations, son potentiel de juniors et son histoire sont très intéressants pour un repreneur éventuel. « On a même l’impression qu’il y a un puits de pétrole ici », sourit un proche du club. La preuve? Il existe deux projets, qui ont chacun 18 jours pour convaincre les membres du FC Renens. Et ces deux projets, s’ils sont portés par des gens de Renens, ont chacun une tête d’affiche bien connue dans le monde du football vaudois. D’un côté, Antonio D’Attoli, le président d’Azzurri 90 et patron d’AD Conseils. De l’autre, Enzo Stretti, ancien président d’Yverdon Sport et patron d’Enzolocation, entre autres. Le combat des chefs, donc, même si chacun assure qu’il ne sera pas le nouveau président du FC Renens.

Antonio D’Attoli se dit entouré par des anciens du FC Renens

Antonio D’Attoli est clair: son projet est sérieux et ne date pas d’aujourd’hui. « Cela fait des années que je discute avec la Commune de Renens. Je suis un junior du club, ne l’oubliez pas, et j’ai toujours suivi de près ce qui se passait au Censuy. Déjà à l’époque de Fabio Celestini, on avait ficelé un projet qui n’était pas allé jusqu’au bout pour des raisons personnelles entre M. Celestini et moi. Mais les relations entre le FC Renens et moi ne datent pas des dernières semaines », commence le président d’Azzurri. Celui-ci s’est entouré d’anciens Renannais pour créer un nouveau comité, lequel aura une forte dimension historique. « Exactement. Il y aura mon ancien président des juniors, un ancien président du club, des gens qui ont véritablement porté le FC Renens dans les années précédentes. J’ai un organigramme complet et dans celui-ci je ne suis pas président. J’aurai un rôle important, mais pas le rôle central », continue-t-il.

Pas de fusion entre Azzurri et Renens

Pourquoi, au fait, le président d’Azzurri 90, vient-il se porter candidat à la reprise du FC Renens? « Un coup d’oeil à la situation suffit! Aujourd’hui, le FC Renens a ce qu’Azzurri n’a pas. Et Azzurri a ce que le FC Renens n’a pas. Ce qui m’intéresse moi, c’est de prendre le meilleur des deux clubs pour les améliorer tous les deux. Attention! On ne parle pas de fusion! Ecrivez-le en gras, en grand, comme vous voulez: il n’y aura pas de fusion entre Renens et Azzurri. Ce n’est vraiment pas le but de la démarche, j’insiste », continue Antonio D’Attoli.

Renens a ce qu’Azzurri n’a pas, et inversément

Alors, quelle est son idée? « Aujourd’hui, Azzurri a une première équipe très forte et ambitieuse, avec des moyens. Cela, le FC Renens ne peut pas l’offrir à ses jeunes, qui se retrouvent à 20 ans sans aucune autre perspective que d’intégrer une équipe moribonde en 3e ligue. Je suis désolé, c’est la réalité. Où est la fierté aujourd’hui pour un gamin de porter les couleurs du FCR? Dès qu’un autre club arrive, ils partent. Moi, maintenant, je veux qu’ils restent », continue-t-il. Et c’est là qu’on en arrive aux besoins d’Azzurri, un club catastrophique pour ce qui est de ses juniors. Antonio D’Attoli est lucide sur ce point: « On n’est pas bons. Et quand je vois la qualité des juniors à Renens, je me dis qu’il faut faire quelque chose. Donc, c’est un deal gagnant-gagnant. J’offre des perspectives aux jeunes de Renens et le FCR m’amène des juniors compétitifs. On fonctionnera selon le principe des double-qualifications entre les deux clubs et cela fonctionnera très bien. »

Un très gros sponsor pour les juniors en vue

En plus, Antonio D’Attoli assure arriver avec un très gros sponsor pour les juniors. « Oui, c’est une chose que je peux promettre aujourd’hui. Il s’agit d’un sponsor actuel de la Coupe de Suisse, qui m’a déjà donné son accord pour financer le mouvement juniors du FC Renens. On parle d’une belle somme, croyez-moi ». Voilà pour les juniors.

Azzurri veut jouer ses matches de 1re ligue au Censuy au deuxième tour

Mais, évidemment, Antonio D’Attoli a une autre idée derrière la tête en venant à Renens: le stade. Jouer à Chavannes-près-Renens ne sera bientôt plus possible et le président d’Azzurri assure même que la Ville de Lausanne l’a poussé à trouver une autre solution. « Au deuxième tour, si tout se passe bien, on ira jouer nos matches de championnat de 1re ligue au Censuy », explique le président d’Azzurri 90. On le sait, la problématique des terrains est compliquée à Lausanne, vu le nombre de clubs et le peu de surfaces de jeu disponibles. Il n’est dès lors pas étonnant que la Ville de Lausanne cherche des solutions. Voir Azzurri jouer à Renens en est une bonne, de prime abord. Et il n’y aura a priori pas de problème de partage des recettes des entrées ou de la buvette vu que l’entrepreneur sera en charge des deux clubs. C’est toujours plus facile de discuter ainsi.

Antonio D’Attoli est très confiant

Bref, on l’a compris, le projet d’Antonio D’Attoli est sérieux et il a déjà bien avancé. En fait, il ne reste plus qu’un obstacle: que les membres de l’assemblée générale votent pour lui le 18 mars. « Si je suis confiant? Evidemment. Ce projet-là est le meilleur pour Renens, et ce n’est pas Antonio D’Attoli qui vient de nulle part, mais bien les anciens de Renens qui reviennent au club. Ce sont eux, les membres de l’assemblée générale. Si je suis au courant qu’un autre groupe se constitue en parallèle du mien? Bien sûr que je suis au courant. Si j’ai un commentaire à faire? Non. Rendez-vous le 18 mars. D’ici-là, le FC Renens est en stand-by, et je commencerai à travailler le 19 avec tous mes partenaires. »

Améliorer la réputation du club, une priorité

Si Antonio D’Attoli dit avoir regroupé autour de lui « les anciens du FC Renens », l’autre comité candidat est lui aussi composé de personnes bien connues au club, mais plus jeunes. Directement après la démission du comité actuel, un groupe monté autour de Dinc Dincer et de Joël Bonzon, deux joueurs et entraîneurs bien connus du FC Renens de ces dernières années, s’est constitué. Le but? Améliorer la réputation du FCR, laquelle n’est pas très bonne aujourd’hui. « Mais cela se travaille. On veut aller dans le bon sens », promet Dincer Dinc, ancien entraîneur et joueur du club, qui est pressenti pour devenir le nouveau président des juniors. « On veut redonner le FC Renens à qui il appartient. Au total, nous avons 180 années de club cumulées au sein de notre nouveau comité », continue-t-il.

Un club des 1000 au FC Renens

Que des gens bien connus au Censuy, donc, qui y ont mouillé le maillot… et un représentant prestigieux, venu d’un peu plus loin. Son nom? Enzo Stretti, bien sûr! L’entrepreneur a annoncé à l’excellent organe de presse « La Région Nord vaudois » son départ d’Yverdon Sport pour la fin de la saison (lire l’article du très bon Manuel Gremion ici), en précisant qu’il pourrait aller aider d’autres clubs, sans en dire plus. Aujourd’hui, tout est clair: c’est au Censuy que le « roi du low-cost » veut apporter sa compétence et son réseau. Patron d’Enzolocation, « self-made man », il a commencé par répondre à l’appel des amis du FC Renens, avant de très vite avoir envie de plus. « C’est exact », nous a-t-il confirmé. « Je quitte YS en très bons termes, avec le sentiment d’avoir apporté ce que je pouvais. Les gens de Renens, Joël Bonzon notamment, m’ont contacté pour avoir quelques conseils sur la manière de donner un nouvel élan à leur club, à l’image de ce qui a été fait à Yverdon, où le club était en grande difficulté, aux portes de la faillite, quand je suis arrivé. J’ai été heureux de leur donner un ou deux trucs, dont la nécessité, par exemple, de créer un club de soutien à l’image du Club des 1000 à Yverdon Sport. Et puis, petit à petit, je me suis pris au jeu et j’ai eu envie de m’impliquer dans l’aventure. »

« Pouvoir compter sur quelqu’un comme Enzo Stretti, c’est génial »

De quoi réjouir Dinc Dincer, bien sûr: « Franchement, pouvoir compter sur quelqu’un comme Enzo Stretti au pied de la montagne qui se dresse devant nous, c’est génial. Je n’ai même pas de mots pour dire comme je suis content. » Enzo Stretti enchaîne sur ces bonnes paroles: « J’ai eu un très bon feeling en écoutant tout le monde. Les huit personnes du comité que j’ai eu devant moi, je les considère déjà comme huit amis! J’aime leur enthousiasme et leur volonté de faire revivre ce club. En une phrase: j’ai été séduit et j’ai eu envie de m’investir. » Alors, l’homme d’affaires va tenter de dupliquer ce qui a été fait à Yverdon. « On va créer un club de soutien, on va ramener de l’enthousiasme et aussi un peu d’argent », sourit-il.

« Tout le monde va aider le FC Renens »

La situation compliquée de ces dernières semaines ne lui a-t-elle pas fait peur? La réponse est claire et fuse immédiatement: « J’aime les défis. Vous savez, à Yverdon, la perspective immédiate est de monter en Promotion League, une ligue que je n’aime pas du tout. Pour aller à Saint-Gall II et Breitenrain, bon… Ici, à Renens, je suis à la maison. J’ai un garage à 300 mètres du stade et même si je ne suis pas de Renens même, je viens de la région proche. Encore l’autre jour, on est allés manger après une séance du comité et en sortant du restaurant, on est tombés sur des amis, des gens qui seront des futurs membres du Club des 1000 du FCR! Quand je suis arrivé à Yverdon, je ne connaissais personne, à part deux patrons de banque. Alors, quand il fallait convaincre des gens de nous aider, je n’étais pas forcément le plus légitime. Les gens d’Yverdon, je ne les connaissais pas. Et quand je me demandais à mes amis lausannois de donner 1000 francs pour Yverdon Sport, ils me demandaient pourquoi faire. Là, je suis à l’aise. Mon réseau, mes amis, tout le monde va aider le FC Renens, un club qui est très bien ancré ici. »

Joël Bonzon pressenti président

Sera-t-il président, lui qui a assumé ce rôle à Yverdon Sport avant de céder la place à Mario Di Pietrantonio? « C’est une question que tout le monde me pose, mais vous qui me connaissez savez très bien que cela m’importe peu. Je me suis engagé à amener mon réseau, à faire parler du FC Renens et à m’impliquer. Pour cela, je n’ai pas besoin d’être président. Je verrais bien Joël Bonzon, par exemple. Il incarne ce club à merveille. Après, si tout le monde veut que ce soit moi et comme il en faut un, je ne l’exclus pas. Mais franchement, ce titre-là, je ne le cherche pas », sourit l’entrepreneur à succès. Son modèle, on l’a compris, est différent de celui d’Antonio D’Attoli. Là où le président d’Azzurri investit personnellement son argent, Enzo Stretti se fait plutôt fort d’aller en chercher. « C’est comme cela qu’on assure la pérennité d’un club. Je préfère monter un réseau très fort, de gens qui vont soutenir Renens même après mon départ, plutôt que de dépendre d’un seul homme. On l’a vu à Yverdon Sport. J’ai énormément de respect pour ce qu’a fait la famille Cornu, mais une fois qu’ils sont partis, on a repris le club au bord du gouffre et on l’a remonté. »

Enzo Stretti: « Je trouve très bien qu’il y ait plusieurs candidats »

D’ailleurs, comment Enzo Stretti juge-t-il la candidature d’Antonio D’Attoli? « Moi, vous savez, je suis un grand démocrate. On parle d’une association, pas d’une SA, et c’est aux membres d’élire le comité d’une association. Alors, à nous de convaincre les membres, mais je pense qu’ils ont déjà tous compris qui veut le bien du FC Renens dans cette histoire. Mais au fond, je trouve très bien qu’il y ait plusieurs candidats, cela permet aussi de bien faire passer ses idées. De nouveau, la démocratie est une valeur formidable, qui nous permettra le 18 de savoir qui les membres du FC Renens veulent à leur tête pour les prochaines années. »

Une bataille politique en vue?

Alors, quel projet séduire les membres du FC Renens le 18 mars? Celui porté par Antonio D’Attoli ou celui soutenu par Enzo Stretti? Les deux comités candidats sont persuadés de gagner, mais cela dépendra beaucoup de la composition de l’assemblée ce soir-là. Qui amènera le plus de partisans? L’élection se fera à la majorité et, d’ici-là, il faudra bien faire un peu de politique pour convaincre le plus de monde possible. Rendez-vous le 18 au soir pour la grande explication!

 

Clarification utile à l’article de La Région mis en lien dans cet article

Deux jours après la publication de l’article de La Région Nord vaudois mis en lien plus haut, le journal a publié une clarification utile. La voici: « Il est à préciser que le cumul des dettes évoqué dans nos colonnes n’est pas le fait de Jacky Pittet – qui a présidé le club de 2012 à 2013 et est, par ailleurs, à l’origine de la création du club des 1000-, comme cela pouvait être interprété. Au contraire, l’action du tandem qu’il constituait avec Mario Di Pietrantonio -ce dernier était alors administrateur- a permis de diminuer le montant de celles-ci et, par conséquent, de considérablement améliorer la situation financière.

Categories: Divers, FC Renens

Auteur

Ecrire un commentaire

Only registered users can comment.