L’ascension commune de Fernando Baptista et de l’US Portugaise

L’ascension commune de Fernando Baptista et de l’US Portugaise

L’US Portugaise est en tête du groupe 8 de 4e ligue, avec sept points d’avance sur Chile IB et onze, déjà, sur Ecublens IIB. Autant dire que la participation aux finales est déjà quasiment acquise pour une équipe comptant 9 victoires et un nul après les 10 matches de la phase aller. Un épisode est venu ternir ce tableau parfait, celui de l’élimination en Coupe vaudoise face à Lutry II (3e ligue) et surtout, des violences qui ont suivi. Un moment que Fernando Baptista préférerait oublier, mais sur lequel il revient avec lucidité. L’US Portugaise, qui joue ses matches à domicile à Valmont, sur les hauts de Lausanne, est un club fondé en 1988, qui a déjà connu la 3e ligue, avant de retomber en 4e ligue. Remontée cette année? En Coupe vaudoise, l’USP a déjà prouvé sa valeur, en allant s’imposer à Cully face au FC Vignoble (3e ligue), un club que Fernando Baptista connaît bien, comme il nous l’explique dans cet entretien.

Il nous raconte également le plaisir qu’il a à manager ce groupe, et revient sur les épisodes marquants d’une carrière de joueur qui l’a vu tutoyer l’élite au Portugal, avant de recommencer… en 5e ligue en Suisse! Il a atteint la 1re ligue avec Malley, avant d’entamer une carrière d’entraîneur au FC Lusitano Lausanne, un rôle qui lui plaît. A 43 ans, il est en train de faire ses preuves. Entretien avec un passionné de football, un vrai connaisseur, et, surtout, un homme très sympathique.

Fernando Baptista, vous êtes entraîneur de l’US Portugaise depuis quelques mois. Avec un certain succès, il faut bien le dire!

Oui, tout se passe bien, c’est vrai. Lorsque je suis arrivé, l’équipe restait sur un mauvais premier tour et se retrouvait même en difficulté au classement. Le but, je vous le dis franchement, c’était même de ne pas descendre en 5e ligue! Et on a fait un très bon deuxième tour, lors duquel on n’a perdu que deux fois, face à Azzurri II et au Mont II, les deux promus. On a terminé 3e, un très bon résultat. Là, cette saison, on confirme, tout simplement.

Vous faites même mieux que ça! Vous avez gagné tous vos matches, à l’exception d’un nul, face à Etoile Broye II!

Oui, j’en suis très satisfait bien sûr. Et on a fait un magnifique parcours en Coupe, où nous ne sommes tombés qu’en 1/8e face à une très bonne équipe de Lutry II (3e ligue). Nous avons une équipe très jeune, dont la moyenne d’âge varie entre 20 et 23 ans, avec seulement deux joueurs d’expérience, qui ont 30 et 32 ans. Ils apprennent bien, et vite.

Que pensez-vous de la nouvelle formule? Vous êtes quasiment assuré d’être en finales, mais pas de monter…

C’est un peu dommage, c’est vrai. On ne se plaint pas, cela risque de donner de jolis matches, mais en ce qui nous concerne, cela peut nous pénaliser. Nous n’avons pas un contingent énorme. Nous avons de la qualité, ça oui, mais pas de quantité. Il suffit qu’un ou de mes joueurs se blessent, pour que, tout d’un coup, les finales se présentent moins bien.

Parlez-nous un peu de vous! Vous étiez un bon joueur au Portugal, a-t-on entendu en préparant cet entretien. Vous confirmez?

Je viens d’une petite ville près de Porto, qui s’appelle Paços de Ferreira, que vous connaissez peut-être. Ils ont joué le tour préliminaire de la Ligue des Champions cette année, mais sont en difficulté en championnat. J’y ai joué, et suis arrivé aux portes de la première équipe. A cette époque-là, je disais que mon rêve était de jouer un jour pour la Selecçao portugaise. Sans me vanter, j’étais un bon petit ailier. Mais c’était avant que mes parents ne décident de partir en Suisse, à la fin des années 80.

En Suisse romande?

Non! Nous avons débarqué à Affoltern am Albis! On y est restés un petit moment, avant de nous installer à Genève.

Vous parlez donc portugais, suisse allemand et français…

Oui, bon, j’ai un peu oublié le suisse allemand, je dois vous dire (rires)!

Et le football, dans tout ça? Vous avez eu le temps d’y penser, entre tous ces déménagements?

Non, pas trop. Mais un jour, j’étais en train de regarder des gars qui jouaient au ballon. Je ne parlais pas français. Pas très bien, en tout cas. Mais quand ils m’ont proposé de jouer, j’ai compris tout de suite. Et là, ils ont tout de suite compris que je savais toucher un ballon. Ils m’ont donc amené à Etoile Carouge, qui était en LNB à l’époque. Les dirigeants étaient intéressés à me signer une sorte de contrat stagiaire, mais il y avait un petit problème…

Lequel?

Mes parents! J’avais 17 ans, je me souviens bien. Quand je leur ai dit qu’Etoile Carouge me voulait, ils m’ont dit que j’étais venu en Suisse pour travailler, pas pour jouer au foot! J’ai dit ça aux dirigeants du club, et j’ai même réussi à amener mon père au stade pour qu’il puisse discuter avec eux. Mais rien à faire: les entraînements étaient le soir, et mon père voulait que je continue de nettoyer les bureaux. On avait ce petit boulot, et comme, forcément, on ne peut le faire qu’une fois que les employés sont partis, on le faisait entre 18h et 20h. Du coup, l’entraînement c’était compliqué. Enfin non, pas compliqué. Impossible.

Un regret, non?

Oui, mais que voulez-vous faire? Je me suis rattrapé, depuis!

Racontez-nous ça…

On était partis du côté de Cully, et j’avais trouvé un boulot qui me plaisait beaucoup, dans un hôtel. Je travaillais beaucoup, mais j’adorais ça, et le patron était quelqu’un de très bien. Et un jour, j’étais au bord du lac, et je commence à m’amuser avec un ballon. Je jonglais, ce genre de choses… Là, un groupe de jeunes vient vers moi, et on commence à parler. Ils étaient Portugais, comme moi! Là, ils me disent de venir avec eux, qu’ils jouaient dans une équipe portugaise, à Vignoble, en 5e ligue.

Et alors?

Là, j’y suis allé! J’avais un peu de temps certains jours, donc je me suis inscrit au FC Vignoble. Et j’ai fait trois matches avec la 5e ligue, avant que le président ne me demande de jouer avec la I, en 2e ligue. Mais moi, je ne pouvais pas, à cause de mon boulot. Je ne pouvais pas m’entraîner, mais je pouvais me libérer le week-end. Quand je dis ça au président, il me demande où je travaille. Je lui parle de l’hôtel, et il éclate de rire. Le patron était un sponsor de l’équipe, et un de ses amis! Tout d’un coup, c’était plus facile de me libérer. Le président a même fait des reproches au patron de l’hôtel, lui disant qu’il aurait pu savoir qu’il avait un très bon joueur parmi ses employés.

Vous n’aviez rien dit?

Non. Pourquoi faire? Mais j’étais très content de rejouer au football, et je me suis bien plu au FC Vignoble. C’était une belle période, avec un bon patron, un chouette boulot, du football… Mais un jour, on joue en Coupe contre Malley, qui était en 1re ligue. On perd 1-0, mais j »avais fait un bon match. Du coup, j’ai été contacté par ce club.

Et vous y êtes allé!

Oui, mais c’était incroyable comme cela s’est fait. J’ai parlé avec celui qui s’occupait de l’équipe. Je lui avait dit que je voulais bien jouer chez lui, mais que j’avais un boulot. Il m’a dit de ne pas m’en faire, et que je pouvais aller me présenter dans une nouvelle société, qu’il s’occupait de tout. Bon…

Qu’avez-vous fait?

Je voulais voir, donc je me suis bien habillé, j’avais préparé mon CV pendant des jours. Je m’étais vraiment donné de la peine pour faire bonne impression. Quand je suis arrivé, le patron m’a serré la main et m’a dit: « Ah, c’est vous! Bon, vous pouvez commencer quand? » Pas d’entretien d’embauche, il n’a pas lu mon CV, rien! Je lui ai demandé si j’étais choisi pour le poste, il a paru étonné: « Si le club me dit de vous engager, j’ai confiance, et je vous engage, c’est tout. Vous commencez quand? » Mais moi, je devais démissionner de mon hôtel, c’était important quand même! Je lui ai dit que je pouvais commencer dans trois mois. Il a pris l’agenda, coché la date que je lui indiquais et dit: « Bon, alors là, c’est votre premier jour, le salaire c’est tant, et signez-là! ». J’étais scotché. C’est là que j’ai compris que le football pouvait ouvrir bien des portes!

Et vous avez démissionné de l’hôtel…

Oui! Et le patron ne m’a plus parlé jusqu’à ce que je parte! Vous savez ce que c’est, un patron qui ne vous adresse pas la parole, du moment que vous lui annoncez que vous démissionnez?

On imagine assez bien…

Bon, voilà, je pense qu’il m’a pardonné depuis (sourire). Bref, j’ai quitté le FC Vignoble, et j’ai découvert Malley.

Un club ambitieux, à l’époque… C’était le début des années 90, juste?

Oui, tout à fait. John Dragani, Stéphane N’Lep… Je me suis senti bien là-bas, et j’ai même été envoyé en test au LS.

Et vous n’avez pas été pris?

J’en veux encore à un homme, je vous promets. Il était entraîneur du LS à l’époque, et était respecté de tous. Un grand monsieur. Mais moi, il ne m’a pas donné ma chance, je ne sais pas pourquoi. On faisait un match interne. Il m’a laissé sur le banc quasiment tout le long. A un moment, il me demande à quelle place je joue. Je lui réponds: « Ailier ». Il me fait entrer au milieu. Je n’ai pas mes repères, et je fais une passe en retrait. Un attaquant intercepte et va marquer. L’entraîneur me rappelle sur le banc, je n’ai plus joué une minute. Je m’en rappelle très bien, j’étais allé avec Léonard Thurre, qui était bien plus jeune que moi. Lui avait été pris. J’étais tellement furieux de la manière dont j’avais été traité que je ne suis pas retourné durant toute une semaine à l’entraînement à Malley!

Et là, c’est un peu le début de la fin…

Oui, je ne suis plus jamais revenu au niveau qui était le mien. Bon, je n’ai pas eu de chance, j’ai eu une grosse blessure au genou. J’avais du mal à recourir. Alors que je revenais un peu, je vais faire un match avec la II, et je me reblesse. Là, j’ai compris que c’était fini pour moi à ce niveau. J’ai repris à Desportivo Lausanne, puis, comme cela allait un peu mieux, à Forward Morges en 2e inter. Je ne voulais pas me faire opérer, donc je suis resté comme ça.

Et vous n’avez vraiment plus rejoué?

Si, en fait… Quelques années plus tard, le président du FC Lusitano Lausanne, en 5e ligue, me demande de venir. Je n’étais pas chaud du tout. Mais il avait un gros projet, il voulait monter une belle équipe, aller chercher des joueurs… Il m’a tellement harcelé que j’ai fini par craquer (rires). Mais je voulais vraiment y aller juste pour voir. Mais mon genou a tenu, et je me suis pris au jeu. J’ai commencé à m’entraîner une fois par semaine, puis deux… Et on est montés en 4e ligue et directement en 3e ligue!

Vous étiez redevenu un vrai joueur de football!

Oui, mais je commençais à aller sur l’âge! J’ai repris l’équipe, que j’ai entraîné une saison. J’ai tout de suite eu du plaisir, et j’ai continué dans cette voie. J’ai entraîné l’équipe portugaise de Vignoble, dont je vous ai parlé avant, puis les A Inter, à Vevey et les B de La Tour-de-Peilz. J’ai également été l’adjoint de Christian Georges, à Benfica. Ensuite, j’ai accepté le défi proposé par Domingos, le président de l’US Portugaise. J’y suis aujourd’hui.

Entraîner une équipe composée de joueurs portugais, est-ce que c’est donné à tout le monde ici? Est-ce que moi, je pourrais y arriver?

Bien sûr! La preuve, c’est que j’ai entraîné une équipe de joueurs suisses! Je comprends votre question, mais croyez-moi, il n’y a aucune différence. A l’US Portugaise, nous avons une majorité de joueurs portugais, mais il y a un Tunisien et un Roumain. Il se sent bien, je vous promets! On est ouverts à tout le monde. D’ailleurs, je donne mes théories principalement en français. Que ce soit à l’entraînement ou en match, je parle français.

C’est étonnant, ça, non?

Non, pas pour moi, je trouve cela normal. D’ailleurs, vous pouvez l’écrire, on cherche encore des renforts pour le deuxième tour. On n’en a pas, pour l’instant.

Quel genre de joueurs recherchez-vous?

Un qui soit aussi fort techniquement que mentalement. C’est facile de trouver un joueur qui manie bien le ballon. Mais le football, cela se joue aussi dans la tête. Vous savez, il y a une chose qui me frappe…

On vous écoute…

C’est la difficulté qu’on a à travailler tactiquement. Pour avoir de la qualité sur le terrain, il faut répéter les bases, il n’y a pas de miracle. Mais à peine vous passez cinq minutes à l’entraînement à leur expliquer le placement, vous en avez une moitié qui baîlle et l’autre moitié qui ne vous écoute pas. Ils ne sont pas assez concentrés lorsqu’on parle vraiment de jeu. Ca, c’est un peu frustrant.

Parce que vous avez joué plus haut…

Non, vraiment pas. Je pense que cela n’a rien à voir. Vous savez, c’est tellement plus simple de taper dans ses mains et de dire: « Allez les gars, on va gagner tous ensemble! ». Mais expliquer à un groupe de 4e ligue ce qu’il y a à corriger, c’est plus dur. On est en 4e ligue, mais je peux vous dire que chez nous, lorsqu’il y a un corner, défensif ou offensif, chacun sait où il doit se placer. Toi, tu vas au premier poteau, toi tu attends au deuxième… C’est pour ça qu’il y a un entraîneur, non?

Vous n’allez pas vous plaindre, vous êtes leader en 4e ligue!

Oui, et ce que j’aime, c’est qu’il y a une bonne fréquentation aux entraînements. Je sais que ce n’est pas la même chose partout, même si j’aimerais qu’ils soient tout le temps là.

Vous savez qu’on ne peut pas terminer cet entretien sans parler de ce match de Coupe vaudoise face à Lutry II…

Oui, et c’est normal. Même moi, je ne comprends pas ce qu’il s’est passé. C’était vraiment confus. C’est bizarre pourtant, le match avait bien commencé. Aucun souci de part et d’autre. Mais il y avait beaucoup de monde, plus ou moins 200 personnes!

Pour un 1/8e de Coupe vaudoise, un soir de novembre!

Oui, oui, il y avait beaucoup de monde. On ne s’y attendait pas, et, à notre terrain de Valmont, le public est tout prés des joueurs, il n’y a pas de gradins. Il y avait plein de monde qu’on ne connaissait pas. Les amis des amis…

Et ça dégénère, juste avant la mi-temps…

Oui, on jouait la 2e minute du temps additionnel. Lutry marque le premier but, et leur joueur est largement hors-jeu. Vous avez vu le match de Bâle? Le même. Bon, là, il y a 10 spectateurs sur le terrain, qui insultent l’arbitre. On a essayé de les calmer. Mais bon… L’arbitre siffle la mi-temps, ça se calme un peu. On retourne aux vestiaires, et là, je dis à mes joueurs qu’il fallait être irréprochables en deuxième période. La Coupe n’est pas un objectif pour nous. Enfin, on veut gagner chaque match, mais c’est moins important que de monter en 3e ligue! J’ai insisté: pas un carton rouge, pas un mot de travers, rien!

Et alors?

Alors, on joue une belle deuxième mi-temps. On presse, on domine. Je fais monter mon défenseur central, on finit à trois défenseurs. Et là, en contre, Lutry marque un but après une faute sur un de mes joueurs… Pfff, c’était la fin du monde!

C’est-à-dire?

L’arbitre a sifflé la fin du match tout de suite. Et là, tout le monde sur le terrain, moi au milieu…. On essayait de séparer les gens, mais un joueur de Lutry a reçu un coup de pied sur le nez, et un autre dans les côtes. Ils ont été blessés. La Police a débarqué, il y avait plein de voitures… Très triste.

Vos joueurs n’y sont pour rien?

Non, sincèrement. Une enquête est en cours, on verra bien ce que ça donne. L’ACVF a convoqué le président, et moi aussi. Je vais devoir y retourner d’ailleurs. Je leur expliquerai ce que je vous dis là.

Risquez-vous des sanctions?

Je ne sais pas. Je n’espère pas qu’on va payer à cause des bêtises des spectateurs. Mais on est tristes pour le FC Lutry, et pour nous aussi. On s’attend à tout, et on va assumer. Mais j’espère que l’ACVF va comprendre et accepter le fait que nous n’y pouvons pas grand-chose.

Pas de quoi entamer votre optimisme pour l’année 2014?

Non, on se réjouit de la vivre et, j’espère, de jouer ces finales. Mais on se réjouit surtout de les gagner (rires)!