Jérôme Ruch, à toute vitesse avec le FCT

Jérôme Ruch, à toute vitesse avec le FCT

Et si c’était lui, le meilleur joueur de 2e ligue inter? Le capitaine du FC Thierrens aura 32 ans en décembre et il l’avoue lui-même: il n’est plus aussi rapide qu’il y a quelques années, au point de s’envisager un avenir en numéro 10. Mais ses immenses qualités ne reposent largement pas que sur sa pointe de vitesse, qui reste d’ailleurs très respectable. Une chose est sûre, l’ailier du FCT a encore quelques défenseurs à traumatiser avant de songer à quitter la I d’un club qu’il a largement contribué à amener à ce niveau. Revenu dans le Jorat il y a 15 ans, « J » nous révèle toutefois aujourd’hui… qu’il a failli en partir il y a quatre ans. Explications.

Jérôme Ruch, pourquoi ne jamais avoir quitté Thierrens, même quand vous avez reçu des offres de niveau supérieur?

Mais j’ai failli partir, vous savez!

Ah oui?

Oui, à La Sarraz-Eclépens. J’étais vraiment tout près de signer. C’était encore Camilo Suarez l’entraîneur et il nous voulait, Nelson Longo et moi. Sincèrement, sa proposition nous avait vraiment motivés.

Et alors? Pourquoi ne pas y être allé?

On n’arrêtait pas de s’appeler avec Nelson, on était à deux doigts d’y aller. Du coup, on est allés discuter avec Maurice Séchaud, notre président, et il nous dit que Thierrens allait monter une jolie équipe, qu’on allait jouer la promotion. Nelson et moi, on se rappelle et on se dit: « Ok, on reste. Mais il faut qu’on monte. Obligatoire. » Et on met une condition: si on est promu en 2e ligue inter, c’est voyage aux Canaries dans la foulée avec la caisse d’équipe. En plus, tous mes potes étaient là.

Donc vous restez… et vous montez à la fin de l’année.

Exact.

Et vous allez aux Canaries!

Exact aussi! Ce sont deux bons souvenirs (rires)…

Vous seriez vraiment partis?

Oui. Franchement, si on n’était pas montés cette année-là, je serais allé jouer en 2e ligue inter. J’avais envie de connaître ça. J’avais déjà 28 ans, donc c’était peut-être un peu tard pour la 1re ligue. Sûrement même. Mais aller plus haut que la 2e ligue, j’avais envie. Ca s’est fait avec Thierrens, donc je ne peux pas être plus heureux.

Trop tard à 28 ans?

Oui, avec le boulot, ça aurait été compliqué de m’entraîner quatre fois par semaine.

Vous faites quoi comme travail?

Je suis boulanger-pâtissier, avec les horaires que vous imaginez, donc m’entraîner une à deux fois de plus, c’était impossible. A 20 ans, j’aurais peut-être essayé, mais pas à 28 ans…

Mais pourquoi avoir attendu si tard? Sans vouloir trop vous flatter, avec ce que vous montrez en 2e ligue inter à 32 ans, on vous imagine bien détruire quelques défenses de 1re ligue il y a quelques années…

Je n’ai pas eu le choix, pour tout vous dire. J’ai commencé à Thierrens en juniors, avant de partir à Echallens. J’ai joué en A là-bas, et j’aurais pu intégrer la deuxième équipe qui était en 2e ligue inter. Ils me proposaient de m’entraîner avec eux, mais de jouer encore une saison avec les A.

Et vous avez refusé?

Je réfléchissais, mais un soir, il y a eu bastringue à Thierrens. L’entraîneur était Thierry Frauche, le FCT était en 4e ligue. On a discuté un peu, avec Nicolas Clot aussi, et c’était bon. Retour à la maison! Le projet m’a plu et d’ailleurs, on est monté directement, avec un nul et une défaite de toute la saison. Il y avait déjà Simon Pillot, on était quelques jeunes avec des vieilles gloires locales, ça faisait un joli amalgame.

Et depuis, vous n’avez plus quitté Thierrens, où vous jouez désormais en 2e ligue inter… C’est fou!

C’est pourtant la vérité (rires)! Il y a bien eu quelques moments compliqués, je ne vais pas vous le cacher.

Lesquels?

En fait, tout a bien été jusqu’en 2e ligue. On avait des clubistes comme Florian Martin, Guillaume Pasche… Je ne vais pas tous les citer, mais c’était vraiment sympa. On monte en 2e ligue avec Jean-François Mazzieri comme entraîneur, le bonheur total. On jouait bien, l’atmosphère était grandiose. C’est à ce niveau que ça a été parfois plus compliqué.

Pourquoi?

On avait perdu un peu la flamme. Et puis Jean-Benoît Schüpbach est arrivé. Il a amené Nelson, mais aussi Vincent Bellizzi, Johnny Roder… Il a redonné un nouvel élan.

Et vous montez en 2e ligue inter!

Oui, et c’est de loin la plus belle montée. Ces finales contre Genolier-Begnins, pfffff… De la folie. C’est un peu le même club que nous, et il y avait une ambiance géniale, que ce soit là-bas ou ici. Vraiment un souvenir exceptionnel.

Par contre, les premiers matches en 2e ligue inter, c’était plutôt compliqué, non?

Plutôt, oui! On a commencé avec 8 matches et 0 point! Et on se sauve! Bon, on a eu un peu de chance sur ce coup, il y a eu un relégué de moins cette année-là. On s’en est bien sortis, mais on était fiers quand même. Pas beaucoup de monde se serait remis de ce début de championnat, sans rien changer.

Mais c’est justement ça qui étonne tout le monde! On a vu des équipes misérables s’en sortir après la pause en engageant des renforts et en changeant tout. Et vous, non. Vous gardez le même entraîneur, les mêmes joueurs et vous vous sauvez. Venons-en là: c’est quoi le secret du FC Thierrens?

Mais c’est justement de ne pas changer, de croire en nous! On bosse beaucoup, on est solidaires et on croit en nous, c’est tout. C’est ça qui fait la différence, rien d’autre. On le sait très bien: aucun de nous ne touche d’argent. Aucun. Même pour les kilomètres. Rien.

C’est pour ça que vous avez voulu partir à La Sarraz?

Non, sinon j’y serais allé! L’argent n’est absolument pas un critère pour moi. Tout ce que je voulais, c’était jouer en 2e inter. Après, il ne faut pas croire: on est bien à Thierrens. On a une caisse d’équipe, que le club finance avec nos résultats, et nous, les joueurs, on paie des amendes pour les retards, ce genre de choses. On s’offre des repas avec, mais aussi des week-ends sympas. On part du jeudi au dimanche, que ce soit à Magalluf ou à Berlin… Ce sont des moments importants, qui peuvent souder un groupe.

Ce que vous aimez moins, par contre, ce sont les matches amicaux. Expliquez-nous comment vous pouvez les perdre quasiment tous et être prêt le premier jour du championnat?

Les matches amicaux ne nous motivent pas, c’est vrai! La saison dernière, en hiver, on perd contre Etoile Broye, qui était en 3e ligue, et directement après on fait 13 points en 5 matches en 2e ligue inter! Dès que le championnat commence, on devient une autre équipe. Cet hiver, on a perdu contre Gland, on a fait match nul contre Genolier, mais on était prêts pour le premier match. Et il faut bien dire qu’on est obligés de jouer contre des équipes de niveau inférieur, on n’a pas tellement de 1re ligue ou de 2e ligue inter autour de nous. Et on fait déjà assez de kilomètres le reste de l’année!

On a l’impression que le FCT progresse dans le jeu chaque année. Lors de la première saison, vous gagniez vos matches à l’énergie, ce qui est moins vrai aujourd’hui. Vous partagez cet avis?

Oui, complètement. On maîtrise plus le jeu, on s’est adaptés à la catégorie. La 2e inter, c’est vraiment différent, les équipes sont mieux organisées, elles ont moins de points faibles. Des fois, en 2e ligue, il y a un joueur ou deux qui ne sont pas à la hauteur en face et tu passes comme ça. Mais en 2e ligue inter, on s’est vite aperçus qu’il fallait faire plus. Au début, on jouait en 5-2-3, comme lors des finales contre Genolier. Et on a explosé, alors qu’on cassait tout en 2e ligue régionale. A ce niveau, bon, centre de Ruch, tête de Longo et ça passe. Mais plus haut, si tu n’as pas la balle, tu ne peux pas gagner de matches simplement à l’énergie. La première saison a été compliquée, la deuxième un peu meilleure et là, on termine dans la bonne moitié du classement. Donc, oui, on a progressé, avec David Tenthorey d’abord. Et avec Patrick Müller, depuis le début de l’année, il y a encore plus de jouerie, il insiste vraiment là-dessus.

Un moment, il y en a même eu trop… On ne reconnaissait plus le FCT, et on l’avait écrit, d’ailleurs (lire ici).

Oui, on a joué contre-nature par moments. Il a fallu revenir aux fondamentaux, mais si on fait le compte, ce n’est pas plus mal. On sait qu’on est le FC Thierrens, qu’on n’aura jamais 80% de possession. C’est nous, c’est comme ça. Si on joue contre La Sarraz, on sait qu’ils auront le ballon. Mais ça ne doit pas nous empêcher de progresser dans ce secteur-là et c’est très bien qu’on le fasse. Après, on ne doit pas oublier que le jeu de contres et une certaine agressivité sont indispensables et font partie de notre identité et de nos forces.

Vous allez pouvoir vous renouveler? Vous avez une belle génération, mais elle n’est pas éternelle…

Et alors? Tout le monde fait une fixation là-dessus, mais ça n’a aucune importance. Quand je suis arrivé, le club était en 4e ligue. 15 ans après, on est en 2e ligue inter. Et demain? Le club est tombé de 2e ligue en 3e ligue en 1990. Il n’est pas mort pour autant! Il y a des creux, mais c’est normal. Nous sommes un club qui s’appuie sur des joueurs régionaux. Là, nous sommes dans un bon passage et on espère bien rester en 2e ligue inter. Encore combien de temps? 3 ans, 10 ans, 15 ans? On n’en sait rien. On intègre des juniors, on regarde s’ils peuvent jouer à ce niveau, s’ils ont envie de se faire mal. Et je peux vous certifier une chose: la fierté pour quelqu’un comme moi, qui s’occupe des juniors, d’en voir jouer un ou deux avec la I, c’est quelque chose d’immense. C’est ça, la vérité du FC Thierrens.

Vous pourriez faire autrement?

Clairement non. Evidemment qu’on n’a pas le choix. On doit faire de la formation, mais on raisonne en termes de club. Aujourd’hui, on a trois équipes avec de vrais contingents, qui vivent bien. Si on est relégués avec la I, et bien quoi? Sportivement, on sera tristes, mais structurellement ça ne changerait rien. Absolument rien.

Sur un plan plus personnel, vous avez été choisi dans la sélection vaudoise qui s’est qualifiée pour la Serbie. Mais vous n’avez pas participé au match à Chalais et vous n’êtes pas sûr d’être pris dans le contingent définitif…

C’est sûr que j’aimerais y aller! Mais bon, nous sommes beaucoup, et je comprends que ceux qui ont participé au match de qualification soient sélectionnés en premier… même si j’ai très envie d’y aller! J’espère que cela sera possible, j’ai vraiment envie de représenter le canton de Vaud et le FC Thierrens à ce tournoi.

A ce point-là?

Oui, ce serait un des derniers jolis challenges dans ma carrière. Vu que je ne pense pas qu’on va monter en 1re ligue avec Thierrens cette année, ce serait sympa de vivre cette émotion-là (rires). En plus, quand je vois la liste des sélectionnés, je me dis qu’il doit y avoir une bonne ambiance dans ce groupe, en plus d’une certaine qualité.

Une fois que vous ne jouerez plus avec la I, envisagez-vous la 3e ligue avec la II, ou même aller jouer avec la III?

Je ne sais pas vraiment… Franchement, quand tu t’habitues à la 2e ligue inter, avec les juges de touche, tout ce qu’il y a autour, je ne suis pas sûr que j’aurais la même motivation plus bas aujourd’hui. Après, on ne sait jamais, mais je pars plus dans l’optique d’entraîner.

Ah oui?

Oui, vraiment. J’ai les juniors C du Mouvement Menthue aujourd’hui, et je finis le diplôme C+. Mais bon, tant que je peux jouer avec la I, je vais continuer à le faire! Vous n’avez pas fini de me voir (rires)!

Vous avez l’impression d’être toujours aussi fort?

Je ne sais pas… Ce qui est sûr, c’est que je vais moins vite qu’avant. Ou alors ce sont tous les autres qui vont plus vite, mais je ne crois pas (rires)! Mon jeu était beaucoup basé sur la vitesse, sur les débordements, mais je suis bien obligé d’évoluer. Dans l’idéal, j’aimerais revenir dans l’axe, jouer en numéro 10, mais il y a pas mal de concurrence à ce poste-là à Thierrens. Là, j’aurais moins besoin de ma vitesse et je pourrais faire parler mon expérience. Mais bon, comme je viens de vous le dire, il y a du monde à ce poste-là. On verra bien, mais je risque bien de déborder encore une ou deux fois cette saison… si j’arrive à passer!

Arrêtez, vous n’êtes pas devenu lent du jour au lendemain…

Non, mais chaque jour un peu plus, je vous assure!

A part ça, votre métier de boulanger doit être un frein pour la récupération, non?

Non, pas vraiment. Je le pratique depuis des années, donc je suis vraiment habitué. Bon, bien sûr, il faut respecter les heures de sommeil et ce n’est pas toujours facile. Il faut faire des concessions. Le mercredi, par exemple, je vais bosser direct après l’entraînement, à 21h30. Mais le jeudi, je dors un peu plus… Franchement, ça ne change plus rien pour moi.

Vous êtes le capitaine du FC Thierrens, mais on ne vous voit pas souvent parler. C’est une faiblesse?

Pas pour moi. Je n’ai pas la plus grande gueule du club, je laisse ça à d’autres qui sont bien plus doués que moi dans ce domaine! J’aime bien me concentrer sur moi-même, je ne suis pas un leader naturel comme peut l’être Guillaume Pasche. Mais attention, s’il faut dire quelque chose ou régler un problème à l’interne, je sais le faire. En fait, j’ai reçu ce brassard sans le demander et je le prends comme une reconnaissance. Je suis un des plus vieux, c’est peut-être aussi pour ça qu’on me l’a donné!

C’est aussi votre rôle d’accueillir les nouveaux et de leur expliquer qu’à Thierrens, c’est un peu différent qu’ailleurs?

En général, ils le savent avant de venir. Mais bon, il arrive que certains aient de la peine à se mettre dans le truc, donc on peut les rassurer un peu. C’est sûr que c’est différent de venir ici. On est un groupe d’amis, on était à l’école ensemble, on a fait les Jeunesses campagnardes ensemble… Je dirais que c’est compliqué d’entrer à Thierrens, mais une fois que tu y es, tu y es pour de bon. On peut prendre l’exemple de Nelson Longo…

Oui, c’est ce qu’on allait vous dire! Il n’est pas de Thierrens, mais vous vous entendez très bien, non?

Oui, mais on se connaissait déjà des juniors, parce qu’avant on avait un groupement avec Moudon, d’où il vient. Mais c’est vrai qu’on est inséparables, sur le terrain et en dehors, depuis qu’il est venu jouer chez nous. On nous appelle « Romario & Bebeto » (rires)!

Romario, c’est vous, bien sûr?

Non! C’est lui! Je sais que ça devrait être le contraire à cause de la taille, mais Romario, c’est lui.

Pourquoi?

Parce qu’il est Portugais et se sent toujours victime des décisions de la FIFA, il n’arrête pas de dire que c’est une mafia, comme Romario! Alors voilà, c’est pour ça!

Bon, lui connaissait déjà un peu les lieux, mais on imagine que ce n’est pas toujours facile pour un nouveau de découvrir Thierrens…

Oui, mais il ne faut pas exagérer non plus! Ils savent où ils viennent, comme je l’ai dit. Ils sont venus jouer ici, ils connaissent l’endroit. Mais c’est vrai qu’on ne leur montre pas tout de suite notre terrain d’entraînement à La Rosière. En général, ils le découvrent vraiment un soir de novembre quand il pleut à l’horizontale, on ne le leur montre surtout pas avant qu’ils aient signé!

Vous êtes grillé, là…

Non, c’est bon, tous les renforts ont déjà signé pour cette saison (rires)! Sérieusement, c’est clair que l’hiver, ce n’est pas optimal ici. On ne peut pas aller courir au bord du lac comme à Lutry ou même à Yverdon… Thierrens, c’est quand même une région spéciale! Mais bon, je vais vous apprendre quelque chose.

Quoi?

On est en discussions pour créer un terrain synthétique, juste à côté du principal. Bon, il n’est pas encore fait, donc nos adversaires ne peuvent pas se réjouir trop vite. Et moi, je ne jouerais jamais dessus, en tout cas en 2e ligue inter (rires)!

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