« J’avais 99% de chances d’être paralysé ou mort »

« J’avais 99% de chances d’être paralysé ou mort »

Absent des terrains pendant neuf mois à la suite d’un terrible accident, Khalil Ouared a rechaussé les crampons au mois de novembre. Ce retour à la compétition peut être qualifié de miracle. Témoignage.

Il a uniquement joué une dizaine de minutes en match officiel cette année. C’était le 10 novembre 2018, lors d’une rencontre de qualification pour la Coupe de Suisse entre le FC Echichens et Olympique de Genève. C’est peu, mais en regard du tragique 15 février, c’est bien plus qu’une énorme victoire pour Khalil. Il s’agit d’une seconde vie qui a débuté pour le milieu de terrain, avec le sourire, évidemment.

Pourtant tout avait bien commencé en début d’année pour lui. Alors qu’il s’entraînait avec son équipe actuelle et que plusieurs clubs de 1re ligue s’intéressaient à lui (Naters et Azzurri LS notamment), le destin du jeune homme a basculé. « Je ne me souviens pas de l’accident, mais on m’a raconté que j’ai été percuté par une voiture de manière latérale à 80-100 km/h, débute-t-il. J’ai apparemment fait plusieurs tonneaux. Je suis sorti, je me suis assis du côté passager et les secours sont arrivés. »

Fracture de la deuxième cervicale

Arrivé à l’hôpital, le verdict tombe: fracture de la deuxième cervicale. « Avec un tel accident, j’avais 99% de chances d’être paralysé ou d’être mort, mais Dieu avait un autre programme pour moi », confie calmement l’habitant de Pampigny. La suite? Deux semaines à la clinique de Genolier. « C’était un agréable séjour, poursuit-il avec ce sourire, qui ne quitte jamais son visage. Le personnel était sympa et prenait soin de moi. »

 FC Echichens 3

Khalil Ouared évoque son retour sur le terrain: « J’avais l’impression de faire mon entrée dans un stade de 30’000 spectateurs. »

Le seul point négatif, aussi saugrenu que cela peut paraître au vu des épreuves traversées par le talentueux joueur, est que cet accident a stoppé sa progression au foot. « J’avais tout pour réussir en début d’année. Fabio (ndlr : Almeida, entraîneur d’Echichens) croyait en moi. Il m’a permis de revenir avec son club. J’avais effectué deux très bons matchs amicaux, mais voilà, j’ai dû affronter cette épreuve », lâche-t-il avec légèreté.

Rééducation record

Ensuite, il y a la rééducation. Les pronostics ne sont pas forcément optimistes. « On me présidait une très longue absence, un an et demi. » Finalement, en juin, soit quatre mois après l’accident, il retournait déjà à l’entraînement, « mais sans contact. Je me contentais de faire des passes, précise-t-il. Je dois beaucoup à Benoit, mon physio et Karl mon préparateur physique et le Docteur Pattet et toute son équipe. C’est grâce à eux que j’ai retrouvé si rapidement le terrain. »

La compétition, la vraie, le match, la tension, la pression de l’enjeu, il goûte à nouveau à ces sensations, le 10 novembre, soit neuf mois depuis le début de sa seconde vie. « Quel moment incroyable, je vous jure. J’avais tellement peur d’être mou et hors sujet. Quand Fabio Almeida m’a fait rentrer, il m’a dit des mots émouvants qui m’ont beaucoup aidé. J’avais des picotements dans le ventre. J’avais l’impression de faire mon entrée dans un stade de 30’000 spectateurs, alors qu’il devait y avoir moins de 100 personnes dans la tribune », rigole-t-il aux éclats. Durant ces minutes sur le terrain, il a failli marquer un but, déjà, et a soigneusement évité un duel de la tête. « Je dois tout de même faire attention », commente-t-il.

« Plus en forme qu’avant l’accident »

Dorénavant, Khalil Ouared n’a qu’une seule idée en tête, être prêt pour le 21 janvier, date de la reprise des entraînements du FC Echichens. « Je serai plus en forme qu’avant l’accident », assure-t-il. Le club du district de Morges aura besoin de son talentueux milieu pour le second tour. En effet, la troupe de Fabio Almeida, qui ne compte qu’un point d’avance sur le premier relégable, est en grand danger. « On a une bonne équipe, je ne m’inquiète pas pour la suite. Nous devons retrouver notre efficacité devant la cage, avoir un milieu plus solide et ça devrait le faire. Derrière, on est bien, il ne manque plus que la réussite et tout ira bien », résume celui qui finit sa maturité scientifique.

Khalil Ouared FC Echichens 3

Khalil Ouared se tient à disposition de son entraîneur pour le deuxième tour… Au plus grand dam de ses adversaires.

Quoiqu’il arrive pendant ce deuxième tour, Khalil Ouared aura, à coup sûr, son sourire bien grand au milieu de son visage, parce qu’il l’a gardé durant ces neuf derniers mois et compte le conserver encore bien longtemps. « C’est une deuxième chance que je vais saisir. Je veux tout donner pour essayer de percer dans le football, car cela reste mon objectif final et je mettrai tout mon cœur pour atteindre ce but », ajoute avec philosophie, l’éternel optimiste, dont les gestes techniques ont beaucoup manqué au foot vaudois, même si personne n’a envie de les subir à nouveau.

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