« Quand j’avais 12-14 ans, je faisais des fromages »

« Quand j’avais 12-14 ans, je faisais des fromages »

Arrivé en Suisse à l’âge de 7 ans, Badile Lubamba a vécu en foyer puis dans une famille d’accueil. Grâce une éducation bien helvétique, il a beaucoup travaillé pour s’en sortir. Bon footballeur et International, il s’occupe aujourd’hui de sa Fondation.

Quand il est arrivé en Suisse, avec ses sœurs, il avait 6 ou 7 ans, Badile Lubamba a vécu dans un foyer puis chez une famille d’accueil dans le district de la Gruyère, à Grandvillard. « Maman était restée au Congo. J’ai eu à nouveau des nouvelles d’elle, j’avais 22 ans. » Son papa vit à Lausanne.

Dans son parcours pas toujours très rose, Badile Lubamba sut mêler sa réflexion à l’action. Ainsi, quand il avait 10 ans, un jour à l’école, sa maîtresse connut un moment de fâcherie. « Tout en me tirant les oreilles elle m’a dit : Badile, si tu ne travailles pas bien, tu ne seras personne dans la vie. Je lui ai répondu : un jour, je serai footballeur professionnel et vous me verrez à la télévision. »

Longtemps après, en 2001, Badile Lubamba est sélectionné avec l’équipe de Suisse (son premier match, il y en aura un autre) et joue contre la Russie. « Le lendemain ou le surlendemain, je reçois une lettre, c’était la maîtresse que j’avais eu à l’école. Elle disait qu’elle avait pleuré devant son poste TV en me voyant, qu’elle se rappelait ce que je lui avait dit et qu’elle me félicitait. »

La richesse de la RDC

Il parle, brièvement, de son pays, proclamé République démocratique du Congo en 1997, ex-Congo belge, puis Zaïre (1971 à 1997). « Si, au niveau politique, sa situation est chaotique, la RDC, souligne Badile Lubamba, est le plus riche pays au monde en réserve minière notamment. » Avec le cobalt (élément chimique) et le coltan (minerai), présents dans l’environnement des ordinateurs, des TV, des fusées, des téléphones portables (entre autres), la RDC présente des ressources naturelles extraordinaires. « Mais le peuple souffre à cause d’une gouvernance confuse. »

Badile Lubamba est un travailleur. « J’ai été éduqué à la suisse« , relève-a-t-il, fier. Sur un terrain, c’était un bosseur et son passage à Lugano (2000-2001, 28 matchs) lui a ouvert des portes dont celle de l’équipe nationale. Il a joué à Bulle, au LS (1995-1996, 2 matchs), à Meyrin, à Delémont, à Lucerne. Puis, retour au LS (1998, un match), à Troyes, à Sion et à NE Xamax.

La Fondation BK Lubamba

Il y a quelques années, il a créé une Fondation – BK Lubamba- soutenue par Madame Siri Walt, ambassadeur de Suisse extraordinaire et plénipotentiaire en RDC. Les missions de cette Fondation : apporter l’éducation aux enfants trouvés dans la rue, leur garantir un accès facile aux sports et aux loisirs, développer le système de soins, promouvoir l’agriculture ; et bien d’autres choses encore (www.bklubamba.org et/ou 076/708.48.86)

La société RealSport Equipments SA, basée à Rossens, entreprise généraliste de la construction sportive, a mis gratuitement un terrain de football synthétique, mais il y a un problème : son acheminement dans des containers jusqu’à Kinshasa qui a un coût. « J’aimerais, poursuit Badile Lubamba qui lutte en ce moment contre les mots fragiles, sensibiliser tous les clubs sportifs du canton pour que ce projet suisse aboutisse. » La FIBA (Fédération internationale de basket) est partenaire de la Fondation. « On a tout, l’endroit, le lieu, ce serait dommage qu’on ne puisse pas acheminer ce matériel pour une histoire de sous. »

Et si chacun se donnait la main, versait ne serait-ce qu’une centaine de francs pour que des enfants sourient en jouant au foot, oublient un peu leur quotidien compliqué, acquièrent une éducation exemplaire pour leur futur.

Quand il avait 12-14 ans, Badile Lubamba a travaillé dans une laiterie pour se faire un peu d’argent de poche. « Je faisais des fromages. » Puis, il entreprit un apprentissage de peintre en bâtiment chez Alfred Bezzola. « Il a été mon Président au LS. » Ensuite, le football l’accapara. Aujourd’hui, il travaille pour sa Fondation BK Lubamba, mais aussi pour l’UNESCO, dans son pays d’origine, la République démocratique du Congo. En clair : mettre le sport au service du développement durable en partenariat avec cette organisation. Pour Badile Lubamba, 41 ans, le boulot ne manque pas. Il n’aimerait pas avoir l’impression de tenir debout que par la grâce d’un grand effet, mais bien par un élan de solidarité percutant.

 

Categories: Portraits

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