«Pourquoi j’ai choisi Chêne Aubonne»

«Pourquoi j’ai choisi Chêne Aubonne»

« J’ai décidé de tourner la page, c’est tout. J’ai des projets professionnels, d’autres envies… J’ai compris qu’il était compliqué de vivre du football en Suisse. Le deuxième tour, je le jouerai à Aubonne, en 3e ligue. » Sonny Kok a résumé son état d’esprit actuel en quelques phrases, et expliqué sa décision de quitter le Stade Nyonnais (1re ligue Promotion). Même si son départ a surpris pas mal de monde sur la Côte, il l’assume et n’a pas cherché à se trouver de fausses excuses.

Rencontre autour d’un café avec un jeune homme bien dans sa tête, quelques semaines après avoir choisi de ne pas continuer l’aventure du football semi-professionnel. Franc à 100%, le regard droit, bien planté dans le vôtre, il dit sa vérité, sans prendre de détour.

Une belle saison 2012-2013 en 1re ligue Promotion

A 24 ans, ce pur attaquant a percé très vite dans le football. Formé au Lausanne-Sport, où son père a tellement brillé, il a débuté en actifs tout jeune, à Genolier-Begnins (2e ligue), avant de jouer à Stade-Lausanne (2e ligue inter). Ensuite? A 19 ans à Chênois (1re ligue), puis à Yverdon, en Challenge League, avant de retourner à Chênois. Un court intérim à Malley plus tard, il s’installe à Colovray à l’été 2012. Sa saison dernière? Intéressante, avec 23 matches pour quatre buts. Le premier tour de la saison 2013-/2014 a été plus compliqué, avec quatre titularisations, seulement, pour aucun but marqué.

« J’étais fatigué lors de ce premier tour, moins performant »

« A la fin, à Nyon, j’étais fatigué. Je n’arrivais pas à concilier le boulot et les entraînements. J’étais moins performant et je m’en suis expliqué avec Bernardo Hernandez. Il a compris pourquoi je ne voulais pas rester. Il m’a proposé la II, en 2e ligue, avec un rôle important, mais j’ai préféré changer d’air. » Lorsque la nouvelle de son départ de Nyon s’est faite savoir, il a bien eu quelques contacts en 1re ligue ou 2e inter. « Mais j’ai dit non, même si je suis allé voir. J’ai choisi Aubonne, et c’est moi qui me suis approché d’eux. »

Un fort caractère, qui a beaucoup fait parler de lui

Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est donc lui qui a toqué à la porte de l’actuel 3e du groupe 1 de 3e ligue. « Oui, c’est vrai. J’ai pas mal de copains ici, et je veux retrouver le plaisir. Mais j’ai dû convaincre Giovanni Vavassori. » Pardon? Sonny Kok qui doit demander à intégrer une équipe de 3e ligue? « Oui. Comme beaucoup de monde, il a entendu parler de moi et de mon caractère. Il avait peur que je déstabilise son groupe ou je ne sais pas quoi. Vous savez comment sont les gens, ils parlent beaucoup, et pas souvent par devant… Je sais que ça m’a fait du tort dans ma carrière. Mais j’ai dit à M. Vavassori qu’il devra me juger sur place, et voir si ce que les gens disent est vrai. » Giovanni Vavassori a donc accepté, et quelque chose nous dit qu’il a bien fait.

Car si Sonny Kok a une « tronche », il est avant tout un excellent attaquant, et un garçon qui a des valeurs. Une rencontre d’une heure suffit à s’en convaincre, loin des rumeurs et des gens mal-intentionnés. Tout sauf un perturbateur. « Je sais bien… Mais quand quelque chose ne me plaît pas, je le dis. A Yverdon, en Challenge League, je joue tous les matches amicaux, et plus du tout en championnat. Un autre n’aurait peut-être rien dit, aurait travaillé pour regagner sa place. Moi j’ai travaillé, mais j’ai parlé. Et je suis parti. »

La jeunesse, le temps des promesses non tenues

Un ultra-sensible, Sonny Kok? Il y a de ça chez cet ailier tranchant. Sa franchise ne supporte pas les promesses non tenues. « Quand vous êtes jeune, à 17 ou 18 ans, on vous parle d’Italie, de France… Vous avez les yeux qui brillent, c’est normal. Mais souvent derrière, il n’y a rien. On m’a promis des essais à droite et à gauche, on m’a dit: c’est fait, tu vas signer là ou là. » Et au final, retour à la case départ, au semi-professionalisme de la 1re ligue.

« J’ai demandé à venir à Aubonne, et je ne touche pas un franc »

« Si j’ai été déçu? Oui. Mais aujourd’hui, je n’ai aucun regret, je fais ma vie. Le déclic, je l’ai eu à Chênois, lorsque je me suis gravement blessé au genou. J’ai passé trois mois sans jouer, et j’ai réfléchi. C’est là que j’ai compris que les rêves de football de haut niveau, c’était terminé pour moi. Je me construis un avenir professionnellement, et j’ai envie de prendre du plaisir. Ce sera à Aubonne. Et je tiens à mettre une chose au point. »Laquelle? « J’ai demandé à venir à Aubonne, et je ne touche pas un franc. Rien. » Sonny Kok dit la vérité, comme toujours, même s’il sait que cette phrase va être commentée, disséquée et analysée. « Pffff… J’ai un boulot, je gagne bien ma vie. Je n’ai rien d’autre à dire. » Pour les jaloux, les aigris et les colporteurs de rumeurs, prière de parler en face.

Les finales pour le 100e anniversaire?

Qu’attend-il de ce 2e tour avec Aubonne? « Prendre du plaisir, je vous le répète. » Est-il conscient que sa venue fait du club un prétendant aux finales, encore plus qu’avant? « Il va falloir que je m’habitue à ce niveau de jeu. Et ce n’est pas l’objectif du club. Bien sûr qu’en étant troisième à la pause, c’est dans un coin de la tête. Jouer les finales l’année du 100e anniversaire, ce serait joli. Mais on n’en est pas encore là. » Pas de risque de le voir arriver tel le sauveur. Sonny connaît assez le monde du football pour ne pas se faire piéger en se mettant trop de pression d’entrée.

« J’aimerais bien entraîner une équipe de petits »

Le mot de la fin? « Aujourd’hui, je suis heureux. Epanoui dans ma vie. Je suis sûr que j’ai fait le bon choix, et je me réjouis de la suite, de mes projets dans l’immobilier, de mon travail. Si d’autres ont envie de croire en leur rêve de professionnalisme dans le football, je les encourage. Tout est possible, et c’est un monde qui fait rêver, ça c’est clair. Mais moi, aujourd’hui, j’ai tourné la page. Ce qui ne va pas m’empêcher de me donner à fond avec Aubonne, de retrouver l’envie de jouer. Et on verra bien cet été mon état d’esprit. J’aimerais bien entraîner une équipe de petits, aussi. Je ne me vois pas entraîneur plus haut, pas du tout. Mais avec des juniors, oui. »

L’envie de transmettre une partie de son parcours, peut-être, avec les pièges qu’il a su éviter, mais aussi les promesses qu’il n’aurait pas dû croire. Il leur expliquera que le football, c’est avant tout une histoire d’hommes, qui doivent prendre les bonnes décisions au bon moment. Exactement ce qu’il vient de faire.

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