Ils ne peuvent vraiment plus se voir

Ils ne peuvent vraiment plus se voir

Ces deux-là ne se connaissaient pas encore, il y a quelques années. Le FC Bulle a son glorieux passé, lequel se situe au niveau national. Le FC Thierrens, lui, vient des profondeurs du championnat vaudois et a gravi les échelons petit à petit. Ils ne s’étaient jamais croisés. Pour ce qui est du palmarès, des installations, des moyens financiers et des ambitions, ces deux-là ne vivent pas dans le même monde. Mais force est de constater qu’ils évoluent désormais dans la même ligue, la 2e inter, et dans le même groupe, le 2. Bulle et Thierrens, ces deux mondes parallèles, se rencontrent donc deux fois par saison depuis plusieurs années. Et c’est peu dire que cela donne des étincelles à chaque fois. La rencontre de samedi au Grand Marais en a été un symbole parfait.

A Thierrens, on n’aime pas ceux qui arrivent en bus

Du football? Il y en a eu, un peu. Mais il y a surtout eu du combat, des tacles, des cartons (9 jaunes et 1 rouge, joli total) et des invectives. La rivalité entre ces deux-là est en train de prendre une tournure très intense et cela ne date pas de ce samedi. Les deux équipes se sont en effet souvent croisées ces dernières saisons, on l’a dit, et à chaque fois, les souvenirs des derniers mois ressurgissent vite. Alors, forcément, quand le FC Bulle a débarqué dans le Jorat samedi, le comité d’accueil était de sortie, d’autant que les Gruériens, fidèles à leur habitude, sont venus en bus.

Un détail? Pas à Thierrens, où l’on n’aime pas trop tout ce qui ressemble à du confort, souvent interprété comme de l’arrogance. Il y a un proverbe au FCT qui dit que chaque équipe arrivant en bus au Grand Marais part déjà avec un handicap d’un but, tant le simple fait de voir un autocar décuple les forces des Thierranais. Cela a fonctionné samedi, puisque Nasuf Demiri a inscrit le 1-0 après sept minutes de jeu. Il y a toujours une part de vérité dans les légendes.

Le FCT menait 1-0 à la pause grâce à Nasuf Demiri

Il est juste de dire, quand même, que le FC Bulle était le favori de ce match pas comme les autres. Les Bullois ont bien commencé leur championnat, tandis que Thierrens ne savait pas vraiment où il en était après avoir battu Ticino Le Locle (1-0) et pris le bouillon à Genolier-Begnins (4-0, lire ici). Du coup, mener 1-0 était plutôt bon à prendre face à ce nouveau FC Bulle, renforcé par des joueurs que l’on connaît bien comme Mohamed M’Sabeg (ex-Vevey et Aigle) et Mehdi Benhaddouche (ex-Yverdon et La Sarraz). Thierrens a d’ailleurs tenu bon jusqu’à la pause, dans le style caractéristique du FCT, à la volonté et au coeur.

Cédric Martin aime la « Bundesligue » et son jeu direct

Réagir après une claque est bien ancré dans les valeurs du club joratois et tant que cet esprit-là sera présent, de belles choses lui seront réservées et c’est tant mieux comme ça. Mais on l’avoue, on a quand même souri en entendant plusieurs fois Cédric Martin (co-entraîneur avec Guy Favre) demander à ses joueurs de simplifier en fin de première période, alors que Thierrens menait toujours au score. « On doit absolument arriver à la mi-temps à 1-0 », trépignait « Papi », assis sur une harasse de bouteilles d’eau. Alors, quand ses défenseurs jouaient trop petit, l’homme à la très élégante casquette bleue siglée Schalke 04 fulminait: « FAUT JOUER DEVANT, LOIN! BUNDESLIGUE, LES GARS! ». On l’a compris, Cédric Martin parlait plus de la Bundesliga du légendaire Winfried Schäfer que de celle de Josep Guardiola, par exemple. On a aimé.

Bulle était tout seul sur le terrain entre la 46e et la 70e

Devant un public venu en nombre, les Thierranais sont donc arrivés à 1-0 à la mi-temps, mais ont complètement craqué en début de deuxième période. Le penalty accordé aux Bullois était généreux, mais ne pas le siffler n’aurait fait que retarder l’échéance, tant les Gruériens ont mis le feu au Marais entre la 46e et la 70e samedi. Il n’y avait plus qu’une équipe sur le terrain et c’est assez logiquement que les visiteurs se sont retrouvés largement en tête, menant 1-3. De plus, Merveille Kiese s’est fait expulser entretemps et Thierrens abordait le dernier quart d’heure à dix, avec un déficit de deux buts à remonter. Cela aurait été une mission impossible partout ailleurs. Sauf que là, on était à Thierrens. Et que c’était contre Bulle.

Jérôme Ruch redonne espoir au peuple rouge

Thierrens a donc refusé de s’avouer vaincu et Jérôme Ruch a pu s’en aller marquer le 2-3, en infériorité numérique (77e). Il restait un quart d’heure aux Thierranais pour aller chercher un 3-3 qui semblait improbable encore quelques minutes plus tôt. Guillaume Pasche et ses coéquipiers n’ont malheureusement pas eu d’occasion nette d’y arriver, à peine quelque coups de pieds arrêtés bien négociés par la défense bulloise.

La photo de groupe devant le panneau d’affichage du score

Les dix dernières minutes, d’ailleurs, ont plus ressemblé à une guerre des tranchées qu’à du football et on n’a pas envie de sortir un joueur ou une équipe plus qu’un ou une autre. L’oeuvre a été collective et les torts partagés, disons, surtout qu’il y a eu de grosses fautes de chaque côté. Cela fait partie de la vie d’une rivalité naissante et, c’est à relever, il n’y a pas eu de débordement.

Bien sûr, voir Bulle effectuer une photo de victoire devant le panneau d’affichage du FCT avait quelque chose de vexant et les Thierranais s’en rappelleront au match retour. Bien sûr, il y a eu des coups, des mots et des coups de sang. Mais tout cela est resté sur le terrain et aucune animosité n’a été relevée entre spectateurs ou après le match. Ce qui s’est passé sur le terrain est resté sur le terrain. Et c’est très bien ainsi.

D’ici au match retour, à Bouleyres, chaque équipe vivra sa vie, gagnera et perdra ses points. Mais le samedi 1er avril prochain, il y aura du sport sur le terrain du FC Bulle pour les retrouvailles, on peut d’ores et déjà le garantir.

 

Categories: 2e ligue inter

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