« Il faut faciliter la vie de tous les clubs »

« Il faut faciliter la vie de tous les clubs »

Candidat vaudois à la présidence de l’Association Suisse de Football (ASF), Dominique Blanc, 69 ans, président de la Ligue Amateur, s’est confié à notre site avec sincérité, enthousiasme et réflexion.

Dominique, comment imaginez-vous cette élection?

Ce n’est pas une élection comme on peut le voir en politique. C’est une décision qui doit être prise pour le bien du football suisse et tout ce que cela signifie pour le pays.

En tant que président de la Ligue Amateur, on aurait tendance à penser que vous allez favoriser les desseins du football des talus, est-ce correct?

Voilà un propos bien réducteur. Je suis à l’écoute de tous et je m’engage pour l’ensemble du football suisse. Le foot est un sport fédérateur qui doit réunir tout le monde. Néanmoins, il est vrai que le football amateur n’a cessé de croître ces dernières décennies. Il y a de plus en plus de compétitions, de joueurs, de joueuses et de juniors. C’est une situation exceptionnelle, il faut en profiter. La dimension sociale du ballon rond est importante.

Vous prônez pour la base du football, c’est-à-dire pour l’ amateur. Comment voulez-vous la consolider?

99% des footballeurs sont amateurs et chaque grand joueur a débuté sur un petit terrain. En Suisse, nous avons le souci d’offrir à nos jeunes des activités sportives variées, mais cela a aussi des conséquences au niveau du football: chacun a la possibilité d’essayer de nombreux sports durant sa scolarité. Ce qui fait qu’au final 1/3 des garçons et quelque 3 à 5 % de filles choisissent le football. Aux Pays bas où le ski et les sports de montagne n’existent pas, le choix pour le ballon rond est bien plus élevé.
Malgré tout, nous avons une augmentation des licenciés bien que le nombre de clubs soit en léger recul. Ceci est à prendre au sérieux. Il est nécessaire de conserver des équipes partout, dans chaque recoin de la Suisse. Pour cela, il faut faciliter la vie de tous les clubs.

Toutes les transactions doivent être accessibles en ligne

Allez-vous évoquer la digitalisation?

(sourire) Bien sûr, c’est une grosse étape. Toutes les transactions doivent être accessibles en ligne. On a déjà bien avancé sur ce sujet. Mais, il faut poursuivre les efforts pour que les clubs passent plus de temps à jouer et former les jeunes plutôt que de se perdre dans la paperasse.

Avec l’augmentation des footballeurs, les stades commencent à faire défaut, qu’est-ce qui est fait pour contrer cette évolution?

Oui, c’est vrai, l’avènement des footballeuses, par exemple, nous a fait remarquer que les infrastructures devaient être adaptées. Par ailleurs, il y a pénurie de terrains dans certaines zones du pays et les installations ne correspondent plus aux standards aujourd’hui. Selon un récent sondage, 11% des clubs (NDLR, plus de 500 ont répondu) déclarent ne pas pouvoir prendre de nouveaux licenciés pour ces raisons.
Concernant le recrutement des bénévoles, autre point important, ça se passe différemment, ce n’est plus comme avant. Ils sont intéressés par des événements ponctuels et moins par la vie quotidienne du club. De plus, ils veulent acquérir de nouvelles compétences ou amplifier leur réseau. On doit s’adapter à notre temps et se professionnaliser. Des workshops sont d’ailleurs organisés par l’ASF dans toute la Suisse pour répondre à ces préoccupations.

Ancien homme fort de l’ACVF, Dominique Blanc est actuellement président de la puissante Ligue Amateur

L’argent gangrène le foot des talus, quel est votre point de vue sur ce problème sociétal?

Le règlement est clair, un joueur peut être rémunéré un maximum de 500 francs par mois jusqu’en 2e inter. Sous cette division, c’est de l’amateurisme et il doit être traité en conséquence. Il est interdit de salarier quiconque, mais on sait que la pratique existe. Jusqu’en 2e inter, tout est régulé. Faut-il donc pousser en 2e et en 3e ligue? La question est sur la table, mais que cela soit clair, personne à l’ASF ne cautionne les paiements au noir.

En tant qu’ancien président de l’ACVF, pensez-vous que la « Vaudoise » a réagi avec fermeté à ce niveau?

Oui, j’en suis convaincu, il y a eu beaucoup de contacts et d’informations échangées entre les autorités et les clubs. Elle ne peut pas vraiment faire plus.

Le football n’est pas violent, c’est beaucoup plus un problème de société

La violence est l’autre actualité récurrente liée au football. Quelle est votre position?

Ce n’est pas le football qui est violent, mais la violence de la société qui s’empare de ce sport. C’est l’évolution sociale qui est en cause. Statistiquement, sur les 5 dernières années, le nombre de cartons distribués par année est stable. Mais attention, je ne dis pas que ces avertissements et exclusions sont dus à la violence. Sur le terrain, c’est différent, car si on veut gagner, il est nécessaire d’être agressif tout en restant fair-play. Le ballon rond réussit à canaliser cette énergie. Quant aux cas lourds, les bagarres, les crachats ou les agressions sur les arbitres, ils ont diminué de 47% au niveau national sur 5 ans. La prévention faite par les instances du foot et par les clubs paie. Et je le répète, le football n’est pas violent, c’est beaucoup plus un problème de société.

Vous avez été pendant 8 ans à la tête de l’ACVF, quel regard portez-vous sur le foot vaudois?

La « Vaudoise » est une vieille dame qu’il faut beaucoup respecter et aussi une jeune fiancée qu’il faut beaucoup aimer (rires). Et mes successeurs l’ont très bien compris. Ils font du magnifique boulot. Que cela soit Gérard Vontobel ou Gilbert Carrard, ils ont très bien repris le flambeau. Ils sont à l’écoute des clubs, tout comme tous ceux qui travaillent pour l’ACVF. Le succès de l’ASF passe également par la communication avec les clubs de tous niveaux. Toute la politique de l’ASF doit être tournée vers leur réussite. Elle doit être là pour les entourer.

Président de l’ASF, ça fait rêver, mais honnêtement quelles seront les tâches qui incomberont au successeur de Peter Gilliéron, à la tête du football suisse depuis 10 ans?

Je commence à bien les connaître. Ça fait 4 ans que nous sommes assis à la même table. (NDLR Il est membre du comité central) Les décisions sont prises principalement par les sections (SFL, 1re Ligue et Ligue Amateur). Le président doit être rassembleur et fédérateur. Il représente la Suisse au niveau international. Il doit soutenir les projets prioritaires pour les sections et pour l’ASF et les faire évoluer. Il doit s’engager pour que l’ASF ait suffisamment de ressources pour réaliser ses ambitions.
De plus, il est très important, selon moi, de ne jamais perdre l’idéalisme. En matière de joie de vivre, de partage, de sport et de vie sociale, le football a quelque chose de magique qui découle particulièrement de sa popularité, de ses événements et de cette émotion extraordinaire qu’il provoque. Outre cet idéalisme, il est nécessaire de se montrer pragmatique. L’ASF et ses Associations Régionales gèrent 300 000 licenciés et 50 000 bénévoles. Il faut donc équilibrer la balance entre le foot des talus, la joie des enfants qui touchent leur premier ballon, la formation de l’élite, les besoins de tous les clubs professionnels et amateurs et la responsabilité d’une institution qui a une mission dépassant clairement le simple rôle associatif.

La dimension prise par la Nati est fantastique

Président de l’ASF est une fonction de plus en plus importante au vu des résultats de nos diverses équipes nationales?

La dimension prise par la Nati est fantastique. C’est devenu une très belle vitrine avec un top-10 pour les hommes et un top-20 pour les femmes au niveau mondial. Les structures de l’ASF sont solides avec des finances saines. En revanche, la vie des clubs sur la scène européenne est un peu plus compliquée. On a, et c’est très dommage, perdu un rang à l’UEFA pour la saison 2020-2021 (NDLR donc un représentant en moins pour la Suisse sur la scène européenne).

Quelles sont les conséquences de ces pertes?

Il y a malheureusement des rentrées d’argent en moins pour les clubs professionnels. Avec l’UEFA, les retombées sont moindres, car cette instance favorise le big-5 des championnats étrangers (NDLR Italie, France, Allemagne, Espagne et Angleterre). Concrètement, 77% des revenus vont pour eux. Il est nécessaire de rétablir un principe de solidarité plus équilibré qu’aujourd’hui. Le foot n’a aucun intérêt à mettre tous ses œufs dans le même panier. Il perdrait de sa popularité. Les clubs helvétiques ont besoin de conserver leurs places dans les compétitions européennes afin de profiter des retombées financières. C’est un gros défi.

Dernière question. Début juin, la Suisse ira affronter au Portugal, les 4 (y compris la Suisse) « meilleures » équipes d’Europe dans le cadre de l’UEFA Nations League. Sous l’ère Petkovic, la « Nati » regarde de plus en plus haut. Pourtant, elle échoue toujours en huitième de finale… Que manque-t-il pour passer le cap, définitivement?

Cette fois, on est déjà dans le ‘final four’ européen. Même si ce n’est « que » la Nations League, toutes les équipes du Vieux Continent participent à la compétition, ce n’est pas à prendre à la légère. Concernant ce cap, j’ai l’impression qu’il ne manque pas grand-chose. Je suis convaincu que la victoire contre la Belgique a modifié quelque chose. Les joueurs entreront sur la pelouse contre le Portugal avec confiance, car dorénavant ils savent qu’ils peuvent tenir tête aux plus grands, pas seulement pour les bousculer, mais pour les battre. Nous sommes sur la bonne voie avec l’équipe nationale. N’oublions pas que près de 100 joueurs formés en Suisse jouent actuellement en Europe (NDLR Moins de la moitié dans le Big-5). Nous vivons une époque exceptionnelle, mais il faut rester concentré sur la suite.

L’élection qui se jouera entre trois candidats Jeff Collet, Kurt Zuppinger et Dominique Blanc, aura lieu le samedi 18 mai.

A lire ou relire: L’interview de Jeff Collet

Categories: Accueil, Football d'élite

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