Gilberto Reis, le dernier guerrier

Gilberto Reis, le dernier guerrier

En règle générale, lorsqu’on tente d’écrire le portrait d’une personne, il est bon de la contacter avant. Mieux, il est conseillé de prendre contact avec son entourage afin de cerner au mieux le caractère et la vraie personnalité de celui qui sera au centre de l’article. Dans le cas d’un footballeur, par exemple, il est bon d’entendre parler son entraîneur, son président ou ses coéquipiers. Voilà pour la théorie.

Lui, il parle sur le terrain

En pratique, il y a des gens comme Gilberto Reis, qui n’ont pas besoin de parler pour prouver leurs mérites et qu’on sache que penser à leur sujet et, surtout, comment l’écrire. Lui, il parle sur le terrain. De préférence ceux de Challenge League, où il approche des 170 matches joués, à 29 ans. Et quelque part, cela nous fait plaisir que le premier article de l’année 2016 lui soit consacré, lui qui incarne à merveille les valeurs que nous défendons: celles d’un football vaudois fier de ses racines, produisant de bons joueurs, qui savent d’où ils viennent sans perdre la tête.

Un des seuls Montains à travailler à côté, désormais

Le Lausannois d’origine cap-verdienne est, faut-il le souligner, le dernier survivant de la promotion du Mont en Challenge League, à l’été 2014. Les autres? Ils sont partis petit à petit, même ceux qui semblaient indéboulonnables, comme N’Diasse N’Diaye. « Gil », comme tout le monde l’appelle, a vu arriver de très bons joueurs autour de lui, y compris des concurrents, mais ne s’est jamais affolé. Il a peut-être moins de qualités intrinsèques que son pendant de l’aile gauche des « années promotion », Michele Morganella, mais il a une chose en plus par rapport à tout le monde: sa mentalité de guerrier. Cette expression est galvaudée, souvent. Avec lui, pas. Il est désormais l’un des seuls dans l’effectif montain à ne pas être professionnel à 100%, lui qui travaille à La Poste tous les matins et, donc, rate quelques-uns des entraînements, de temps en temps. Cela ne l’empêche pas de s’accrocher et d’être un des meilleurs sur le terrain, journée après journée.

Vitesse et détermination

Il le sait, il ne sera jamais un grand buteur. Son bilan en 9 ans de Challenge League? 0 but. Et en quatre ans de 1re ligue? Deux malheureuses réalisations. Il ne monte pas sur coup de pied arrêté, il ne frappe pas de loin et, même, il ne figure pas au classement des meilleurs passeurs en fin de championnat. Il déborde tout le temps avec détermination, côté gauche comme côté droit, mais il n’a pas le profil du passeur décisif. Son pied n’est pas magique, ses centres ne sont pas des caviars. Il le sait, mais il travaille, il progresse, à l’entraînement comme en match et il en est déjà, cette saison, à trois assists. Son entraîneur veut le voir afficher de belles statistiques dans ce domaine, conscient que sa vitesse peut, encore, être mieux exploitée. Il faut le voir, sur son côté, déchirer les défenses adverses et recommencer, encore et encore, demandant le ballon à chaque occasion et se régalant des ouvertures dans l’espace de Fabrizio Zambrella et Xavier Hochstrasser. Non, Gilberto Reis n’est pas un esthète du jeu, plutôt un laborieux, un gars qui a dû bosser pour en arriver là et pour lequel rien n’est acquis. Sa réussite et sa longévité n’en sont que plus admirables.

Chaque match est une bataille, une vraie

C’est pour cela, peut-être, que le public l’aime autant. Si un joueur du Mont est applaudi plus que les autres depuis des années, c’est lui. Les trop rares spectateurs du Stade Sous-Ville de Baulmes l’ont adopté d’entrée. Parce qu’il est le plus ancien de l’effectif? Non. Parce que pendant 90 minutes, il donne tout. Vraiment tout. D’autres se cachent derrière cette formule, satisfaits de leur match avec un ou deux gestes réussis. Lui, il sort du terrain comme s’il venait de terminer une bataille. Gagnée? Alors, il prend le temps de sourire un peu, d’échanger. Perdue? Ce n’est pas grave: c’est très grave. Il incarne à merveille cette haine de la défaite, cette volonté de prouver tout le temps que son club mérite d’être là. Et que lui aussi, par la même occasion, lui qui est descendu de deux échelons pour se retrouver là. C’est pour cela, déjà, que le public l’aime et se reconnaît en lui. Ce serait faux de prétendre qu’il est un joueur amateur. Evidemment que non. Il a été formé au LS, a connu la Challenge League avec le club de la Pontaise et avec Yverdon Sport, et n’a quitté l’élite que pour se retrouver à Malley, puis au Mont, dans des clubs ambitieux de 1re ligue. Il n’est pas un footballeur de la base, mais il est un footballeur qui donne tout, sans calculer. Et cela plaît, forcément.

Une envie permanente de gagner, qui provoque des cartons

Voilà pour le terrain. En dehors? Un homme charmant, drôle, toujours le premier à mettre l’ambiance et à chambrer. Pas dans le bus pour aller aux matches, puisqu’il est en général le premier à s’endormir, une fois son polo de La Poste enlevé pour enfiler le training officiel du Mont. Il y a des heures à sommeil à ne pas négliger quand on s’est levé (beaucoup) plus tôt que ses camarades professionnels. Adorable une fois que le match est terminé, guerrier intraitable sur le pré: ainsi est Gilberto Reis, l’homme qui ne lâche rien. Même pas les arbitres, lesquels savent qu’à chaque coup de sifflet, ou presque, ils vont devoir se justifier. Le problème, c’est qu’en Suisse et ailleurs, les officiels commencent à connaître l’animal et que le latéral du Mont est désormais identifié pour ses cartons à répétition. Le scénario? Toujours le même. Une décision arbitrale défavorable, les bras qui se lèvent, la réclamation qui part, le carton qui arrive en retour. Cette habitude-là, il aimerait s’en débarrasser, et son entraîneur aimerait aussi beaucoup qu’elle change, mais il n’y a rien à faire, là: elle témoigne de cette envie permanente de gagner, tout le temps. Personne ne changera cela. Quelque part, tant mieux, parce qu’on préfère le football vaudois avec Gilberto Reis et son caractère que sans. Largement.

Et bonne année 2016 à toutes et à tous.

Categories: Football d'élite

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