Une fratrie explosive à Chavannes-le-Chêne

Une fratrie explosive à Chavannes-le-Chêne

Aller jouer à Chavannes-le-Chêne est toujours un déplacement particulier. Le cadre, déjà, est aussi magnifique que particulier. Le terrain est situé au coeur du village, mais est bordé par la forêt. Des bancs y sont installés, d’où l’on voit bien le terrain, mais d’où on s’attend aussi à voir surgir à tout moment un sanglier ou un chevreuil un peu trop curieux. La buvette se trouve une dizaine de mètres en dessus du terrain, derrière le poteau de corner. Les « ultras » locaux surplombent donc la surface de jeu et le FC Chavannes-le-Chêne attaque souvent face à ses supporters en deuxième période. De quoi avoir l’énergie supplémentaire pour aller chercher la victoire, voire une égalisation. Bienvenue dans le « Chaudron » En Grassy, là où les frères Thuillard et leur équipe attendent toutes les formations de 3e ligue.

Nicolas, le cadet, ne s’est pas senti bien à Yverdon Sport

Car on ne peut pas parler du club nord-vaudois sans s’attarder longuement sur la fratrie la plus connue de la région. Les frères Thuillard, pour faire court, ce sont donc Claude-Pascal (29 ans), Gilles (28 ans) et Nicolas (26 ans). Trois joueurs qui ont tout connu au club, dont une promotion en 3e ligue dûment fêtée à l’été 2007. Depuis lors, Chavannes se maintient tranquillement chaque année, sans jamais trop s’approcher du podium, ni lutter vraiment contre la relégation. Les joueurs viennent et s’en vont, mais peut-être un peu moins qu’ailleurs. Et surtout, les trois frères n’ont jamais bougé. Nicolas, le cadet, et sans aucun doute le plus doué des trois, a bien eu des coups de téléphone. Le FC Thierrens, notamment, a souvent tenté sa chance, mais rien à faire. Chavannes-le-Chêne ou rien. « En fait, j’ai joué à Yverdon Sport, en juniors. J’ai tenu six semaines. La mentalité, non merci. J’étais l’un des seuls à avoir un apprentissage. J’arrivais donc toujours dix minutes en retard, le temps de traverser la ville et de me changer. Et chaque fois, je me prenais des tours de terrain en guise de punition. Ce football-là, comme ceci, non merci. En fait, il y a eu un souci administratif, je devais signer une seconde fois pour valider le transfert. Je n’ai jamais signé la feuille et je suis revenu à Chavannes. » Aujourd’hui, en plus d’être décisif sur le terrain, il s’occupe de l’entretien des infrastructures, un boulot primordial et dévoreur de temps.

Claude-Pascal, le « président-avant-centre »

Nicolas a donc retrouvé ses deux grands frères, mais, contrairement à une idée reçue, les Thuillard ne sont pas de Chavannes-le-Chêne… mais de Démoret, pas trop loin. Alors, pourquoi le FC Chavannes comme point d’accroche? « Grâce à l’école. On a suivi nos copains, en fait. Tous les villages autour, on fait partie du groupement qui mène à Yvonand », explique Claude-Pascal. Et comme le FC Yvonand n’est pas une force vive du football régional, c’est tout naturellement qu’ils ont rejoint les Verts, « en haut ». Des clubistes, des vrais, à l’heure où ce terme est parfois un peu galvaudé. On a l’impression qu’il pourrait se passer n’importe quoi, ils défendraient toujours ce maillot. « C’est un peu vrai », sourit Claude-Pascal, avant-centre et… président du club. « Pourquoi j’ai accepté ce poste? Quand José Durussel a arrêté, il fallait bien quelqu’un, hein! » Le sens du devoir. Qui le poussera à égaler le député de Rovray, qui a passé 21 ans à la tête du club? « Non, ça vous pouvez l’écrire, je ne ferai pas le même nombre d’années. » C’est ce qu’ils disent tous, au début.

Trois frères au caractère bien différent

Si Claude-Pascal est le « président-avant-centre », et que Nicolas est le meilleur footballeur des trois, capable d’évoluer aussi bien en défense qu’en attaque ou en milieu (« Je déteste jouer libéro, j’ai l’impression de ne me pas dépenser. En 10, j’aime bien, ou à la limite latéral, comme ça je peux monter, j’ai l’impression de servir à quelque chose »), Gilles est l’élément indispensable du milieu de terrain chavannais, et un élément essentiel dans la vie du groupe. Le plus extraverti des trois, il met les mêmes goals de folie, venus de nulle part, que ses deux frangins, mais avec un petit soupçon d’imagination en plus.

« A l’entraînement, tout le monde court »

A Chavannes plus qu’ailleurs, parce que les joueurs ne sont pas les plus talentueux de 3e ligue, il faut travailler. L’esprit d’équipe n’est pas en option, comme dans d’autres clubs: il est une nécessité. Gilles argumente: « A l’entraînement, tout le monde court. Celui qui ne le fait pas, ce n’est pas seulement le coach qui l’engueule, mais tous les autres joueurs. C’est automatique, on ne se cache pas ici. » Jean-François Mazzieri, l’entraîneur de cette équipe depuis l’été dernier, apporte sa touche « joueuse » par étapes, mais si les autres équipes redoutent de venir jouer au Chaudron, ce n’est pas parce qu’elles seront submergées techniquement, mais bien parce qu’elles seront bouffées physiquement et dans l’engagement. « Oui, on le sait, et on en rigole. Mais cette image-là, c’est un peu vous qui la transmettez. Bon, d’accord, c’est un peu chaud des fois, avec nos supporters qui crient « Ici c’est Chavannes » et on aime s’engager, mais pas forcément plus qu’ailleurs. Après, on a des supporters de mauvaise foi, mais dans les autres stades aussi! », commentent les trois frères d’une seule voix.

Au fait, au niveau du jeu, est-ce que cela aide d’être trois frères dans une équipe? Pour les connections, les passes, les déplacements? Claude-Pascal: « On se connaît bien, c’est vrai, on sait anticiper les réactions des uns et des autres. Après, non, sur le terrain, on n’est pas frères. » Gilles est d’accord, et estime jouer avec tout le monde la même chose. Nicolas sourit, en évoquant une vieille querelle entre ses deux aînés, aujourd’hui oubliée. De toute façon, une fois que le match commence, tout est oublié.

Le fauchage de talus du samedi matin, une tradition

Le plus important pour l’avenir de Chavannes? Ils répondent de nouveau les trois en même temps: « Garder cet était d’esprit, cette ambiance. Ici, celui qui ne travaille pas, il se met à l’écart du groupe tout seul. On veut intégrer des jeunes, mais ce sont à eux de faire les efforts » Un exemple? Le samedi matin est consacré au fauchage des talus, afin que les abords du terrain soient propres. Les joueurs y sont convoqués et tous viennent donner un coup de main, d’une manière ou d’une autre. « Il y a toujours des petits groupes qui en font plus que d’autres, ça a toujours été comme cela et ça le sera toujours. Mais je peux vous l’assurer, chacun apporte sa contribution », explique Claude-Pascal.

Le FC Chavannes-le-Chêne a des valeurs, des traditions, et un état d’esprit de combat et de sacrifice auquel il ne déroge jamais. Etre fidèle à son passé et à ses couleurs, c’est encore le meilleur moyen de préparer l’avenir.