Franck Duplan: la fierté du travail accompli

Franck Duplan: la fierté du travail accompli

L’histoire de Franck Duplan et celle de Chavornay sont intimement liées. « Franckie », très apprécié de ses joueurs, a pris les commandes de l’équipe une première fois lors de la montée en 3e ligue à l’été 2004. Il l’a aidée à se maintenir avant de revenir aux affaires il y a quatre ans pour un projet plus ambitieux. Sa grande réussite? La montée historique en 2e ligue, la première dans l’histoire du club, et le maintien tranquillement acquis. La fin de saison, en roue libre, ne doit pas faire occulter l’excellent bilan d’un homme de caractère, qui ne craint pas les conflits constructifs, ni de dire ce qu’il pense.

Il quittera donc Chavornay à l’issue de la dernière journée, samedi à domicile face à Grandson (19h). Ses joueurs lui offriront-ils une dernière victoire et, potentiellement, une 6e place finale qui ferait joli pour une première saison à ce niveau? Peu importe au fond, le FCC et Franck Duplan, c’est une histoire d’hommes, qui va au delà des simples résultats.

Franck Duplan, pourquoi quitter Chavornay après cette première saison très réussie en 2e ligue?

Par lassitude, tout simplement. J’ai beaucoup donné pour ce club, pour l’amener là où il est aujourd’hui. Je n’étais pas tout seul, attention, mais il a fallu énormément d’énergie pour arriver en 2e ligue et s’y maintenir.

Comme dans tous les clubs, non?

Peut-être… Quand je suis arrivé ici, le club luttait contre la relégation de 3e en 4e ligue. Mais il y avait la possibilité de faire quelque chose d’ambitieux, de monter un projet qui nous amènerait quelque part. Il a donc fallu monter une équipe, faire des transferts… On y est arrivés, on a découvert cette 2e ligue.

Et vous vous y êtes maintenus!

Oui, mais tout n’a pas été aussi facile qu’on veut bien le croire depuis l’extérieur. Nous avons eu quelques difficultés au niveau du contingent, qu’il a fallu régler.

Vous vous êtes bien renforcés cet hiver, non?

Oui, cet hiver, mais l’été dernier, on s’est trompés. La moitié des joueurs qui sont arrivés n’avaient pas le niveau et sont repartis depuis. On a fait des choix qui n’ont pas été les bons, il a fallu les corriger et aujourd’hui, je ne me sens plus d’attaque pour repartir dans un cycle.

On vous sent un peu fatigué...

Oui, il y a un peu de ça. A notre niveau, on n’arrête jamais. A la fin du tour, tu dois déjà t’assurer que tout le monde reste et tu dois aller chercher de nouveaux joueurs… Je ne dirais pas que c’est du 365 jours par année, mais c’est un peu ça quand même! Alors oui, j’ai fait ce que j’avais à faire et j’en suis fier, mais aujourd’hui, c’est stop.

Vous avez monté cette équipe, c’est la vôtre, et aujourd’hui, vous allez la quitter… On imagine qu’il y a quand même un peu d’émotion, non?

Mais oui, bien sûr. Celui qui reprend cette équipe, en l’occurrence Luc Lenoir, hérite d’une très belle équipe de 2e ligue. Pour moi, l’amalgame est réussi. Et pourtant, il y a des joueurs venus d’horizons vraiment différents. Il y a les vrais clubistes, les gars du village qui sont déjà au comité ou vont y entrer prochainement. Il y a ceux venus des villages alentours et il y a ceux venus d’un peu plus loin, mais tout le monde s’entend bien. On est partis à Liverpool l’année dernière, 18 sont venus sur un contingent de 20. C’était un week-end magnifique, intergénérationnel et, si j’ose, interethnique! Sur le terrain, cela s’est vu.

Avez-vous été consulté sur le choix de votre successeur?

Non, on ne me pas demandé mon avis et je trouve que c’est très bien. Moi, le seul conseil que je me suis permis de donner, c’est qu’il fallait trouver un entraîneur capable d’amener des joueurs. Parce que ça, c’est un vrai boulot entre les téléphones, les mails, les rendez-vous… Tu dois discuter avec 20 joueurs potentiels pour en faire signer deux.

Elle est là, votre crainte pour Chavornay, pour le futur?

Oui, clairement. Le FCC ne peut malheureusement pas compter actuellement sur son Mouvement juniors. Il y a 14 juniors A qui vont sortir, 2 ont le passeport à Chavornay. Donc, aucune possibilité de renouveler l’équipe et Chavornay court le risque d’avoir moins de clubistes, moins de gens prêts à se défoncer pour ce maillot, mais on n’a pas le choix. Aller chercher des joueurs, c’est inévitable.

Vous allez faire quoi maintenant sans le football?

« Sans le football », c’est un peu exagéré! Je vais penser à ma famille, déjà, mais aussi refaire un peu de sport pour moi-même. Retrouver un peu de loisirs, du tennis, du badminton, du squash… J’adore ça! Et aller voir les matches aussi, ceux qui me font envie.

Vous ne pensez pas ré-entraîner tout de suite? Si une 2e ou une 3e ligue vous appelle demain, comment réagissez-vous?

Non, non, je prends une année sabbatique, c’est clair. Mais après avoir rechargé les batteries, j’ai bien envie de trouver un nouveau projet. La ligue m’importe peu, ce peut être en 5e, 4e, 3e ou 2e… voire même une bonne équipe de juniors. Pourquoi pas changer de région aussi? Je viens du Gros-de-Vaud et je n’y ai jamais entraîné, j’ai tout fait dans le Nord vaudois.

Bon, ce n’est pas très éloigné… Ce n’est pas comme changer de canton! Vous avez joué dans le Gros-de-Vaud, non?

Oui, à Penthéréaz-Vuarrens, j’ai fait la promotion en 3e ligue, mais sans y jouer.

Si on a bon souvenir, et on est sûr qu’on ne se trompe pas, vos débuts avec Chavornay n’ont pas été parfaits, mais là on revient à la toute première fois, votre premier passage, lorsque vous avez repris l’équipe après la promotion en 3e ligue… Racontez-nous ça!

Oui, vous avez bonne mémoire. C’était il y a dix ans, on venait de monter, je m’en rappelle très bien. On commence par 5 matches et 0 point, en 3e ligue! Le comité me convoque et me dit: « Que faut-il faire? »

Vous leur répondez quoi?

Que la seule manière de se sauver, c’était d’engager Ronaldo!

Ca les a fait rire?

Pas trop, dans mon souvenir, mais la semaine d’après on va gagner 0-5 à LUC-Dorigny et on lance l’aventure. Ce jour-là, tout a tourné en notre faveur, les cartons, le match… A la fin de la saison, on était sauvés.

Et là, dix ans après, vous entraînez la même équipe en milieu de tableau de 2e ligue…

Oui et je vais vous dire une chose: jouer en 2e ligue, c’est un privilège et je trouve que l’entourage, plus ou moins éloigné du club, n’en a pas toujours pris pleinement conscience. Je le dis comme je le pense, j’attendais plus de soutien, que cette équipe soit encore plus mise en avant. Un exemple tout bête: j’ai souvent reçu la remarque d’arbitres ou d’entraîneurs adverses concernant la tonte du terrain. Ca peut sembler un détail, mais ce n’en est pas forcément un. Cela dit, j’ai quand même envie de relativiser un peu. J’ai joué au football pendant vingt ans et je sais qu’on a de belles infrastructures, on a des vestiaires, une salle pour l’hiver… Je tiens à le souligner, on n’est pas à la rue. Mais si je regarde le chemin parcouru, je n’ai pas peur de dire que l’entourage n’a pas suivi aussi vite que cette équipe.

Il y a quand même des gens qui réalisent ce qui a été fait, non?

Oui, bien sûr. Des gens dans ce club sont exemplaires et je n’ai pas besoin de les nommer, ils se reconnaîtront. J’ai un noyau de 10 à 12 joueurs que je souhaite remercier, qui sont là tout le temps, qui se battent. On a vu quand ça comptait vraiment: ils ont répondu présent. Le match nul qu’on fait sur le terrain de Genolier-Begnins, c’est celui de la solidarité. Il y a de vraies valeurs. Mais on a vu passer aussi pas mal de joueurs pour qui c’est complètement égal. Les entraînements, les matches, le maillot… Tout cela leur passe au dessus.

Cela aussi, ça vous fatigue?

Oui, comme dit souvent mon frère Guy: on ne ratait pas un entraînement. On déplaçait le mariage pour pas qu’il ne tombe sur un week-end de football. Aujourd’hui, je n’ai pas besoin de vous expliquer… Ca devient pénible, c’est très frustrant. Le lundi, on se jetait sur le journal pour connaître les résultats. Je vous le dis comme je le pense: j’ai un peu souci pour le football de demain, quand les clubistes d’aujourd’hui auront arrêté. A Chavornay comme ailleurs.

Il faudra bien s’adapter…

Oui, mais quel football aurons-nous dans dix ans? Des entraîneurs motivés, il faudra en trouver. Quand je vois que des fois, nous avons été 10 à l’entraînement en 2e ligue, je me demande comment il font en 4e ligue!

Et vous, vous serez où dans dix ans?

J’aurais retrouvé un nouveau projet, je serai toujours dans le football d’une manière ou d’une autre.

Vous allez effectuer un nouveau come-back au FC Chavornay?

Je ne sais pas (rires). Ce qui est sûr, c’est que mon coeur est ici, c’est mon club et je vais continuer à le suivre. Je souhaite sincèrement le meilleur à ce club et qu’il tienne le plus longtemps possible avec cet état d’esprit. Je garderai un souvenir inoubliable de ces quatre dernières belles années au FC Chavornay, de ces fidèles supporters que je ne citerai pas mais qui se reconnaîtront, de son comité qui m’a toujours soutenu, de son président Jérôme Reumer qui est venu me chercher et m’a permis de vivre cette belle aventure. Et je n’aimerais pas oublier «papy» Jean-Marie Basset aux conseils toujours avisés! Et, si vous me le permettez, encore un mot sympa pour Philippe Ehrensperger, mon adjoint cette saison, un homme qui connaît bien le football et aime beaucoup en parler.

Ah, on finit sur une bonne note!

C’est la vérité, j’ai vécu de très bons moments dans ce club, mais cela ne doit pas m’empêcher de dire ce que je vois et ce que je ressens. Un bilan, c’est fait pour ça, non?

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