«Franchement, quand je vais au foot, c’est comme si j’avais 20 ans!»

«Franchement, quand je vais au foot, c’est comme si j’avais 20 ans!»

Frédéric Bapst ne rate jamais un entraînement, ou très rarement. A 41 ans (il fêtera son 42e anniversaire le 1er janvier prochain), il a donc vingt-trois ans de football en actifs derrière lui. A raison de deux entraînements par semaine, et en comptant 30 semaines de football par année, il a donc largement dépassé les 1200 séances! Plus motivé que jamais, il nous explique ce qui le pousse à faire les trajets depuis son domicile fribourgeois jusqu’à Suchy (4e ligue), où il joue aujourd’hui.

Celui qui a réalisé de magnifiques saisons à Ependes, tout près d’Yverdon, comme latéral droit ou défenseur central, est un joueur sur lequel chaque entraîneur a pu compter. Un homme de confiance, volontiers blagueur et chambreur, qui aime mettre l’ambiance dans un groupe et est toujours irréprochable sur le terrain. Homme à l’hygiène de vie impeccable, très sportif, il n’a qu’un seul défaut: il est invivable après une défaite ou une mauvaise performance de sa part, y compris pour sa famille.

Après avoir commencé le football en actifs à Granges-Paccot, le « Dzo », comme les Vaudois l’appellent bien sûr, a fait un premier passage à Ependes (3e ligue), avant de retourner à Cottens, dans le canton de Fribourg. Retour ensuite à Ependes, avant une nouvelle étape à Granges-Paccot. Après? Ependes à nouveau, les Azzurri Yverdon (4e ligue) et, depuis mars 2013, le FC Suchy (4e ligue). Retour sur la carrière et les motivations d’un très bon joueur, et d’un homme de valeur, qui aime tellement le canton de Vaud qu’il y terminera sa carrière, alors que les clubs fribourgeois autour de chez lui seraient tous ravis de l’accueillir.

Frédéric Bapst, vous vous doutez de la première question… Qu’est-ce qui vous fait encore courir, à 41 ans?

L’esprit de compétition, clairement. J’ai ça en moi, j’ai envie de jouer pour gagner et je ne me vois pas arrêter pour l’instant. Tant que je suis bien physiquement, je vais continuer. Et je tiens à jouer en actifs. Les vétérans, ce n’est pas pour moi. J’ai envie de commencer un match de foot pour le gagner. Il n’y a qu’en actifs que c’est toujours le cas.

A votre âge, si l’on ose cette expression vexante, devez-vous vous préparer différemment physiquement pour être compétitif?

Non, je ne crois pas… J’ai toujours été très sportif. Cet été, par exemple, j’ai quand même fait 1500 kilomètres à vélo. Mais c’est « naturel », si j’ose dire, je ne fais pas cela spécialement pour le foot. Après, c’est vrai que quand je vois certains qui ne font rien pendant l’été, ça me fait un peu sourire. Je n’ai pas l’impression de décliner physiquement, en tout cas, même si j’ai l’impression d’avoir perdu un peu de vitesse.

Bon, vous n’en avez jamais eu beaucoup, donc la perte est moins grande!

Allez, c’est vrai que cela n’a jamais été mon point fort (rires), je suis d’accord avec vous!

Votre femme ne vous demande-t-elle jamais d’arrêter et de rester un peu à la maison?

Elle me le dit, mais je n’écoute pas (sourire)!

En fait, comment êtes-vous arrivé à Ependes, vous le Fribourgeois? Etre transféré de Granges-Paccot à un club vaudois, cela mérite quand même quelques explications, non?

Mais complètement! C’est mon travail qui m’a fait découvrir le canton de Vaud, à la fin des années 90. Je jouais sur Fribourg, mais étais toute la semaine à Yverdon, pour superviser des chantiers. Je m’entraînais à Baulmes, qui était en 2e ligue, et je jouais le week-end avec Granges-Paccot. Au FC Baulmes, je connaissais bien Joël Grin, qui est devenu un ami, mais je ne me voyais pas jouer avec eux. Ils avaient de grandes ambitions et étaient en pleine ascension. Je n’y avais clairement pas ma place, mais en discutant avec « Joe », il m’a orienté vers Ependes, le club d’où il venait, en me disant que c’était un club sympa. J’y suis allé et ai rencontré le président d’alors, Rémy Perrin. L’entraîneur était Patrick Francet. Je m’y suis tout de suite senti bien. J’ai eu du plaisir à y jouer et y ai gardé des amis pour la vie.

Vous y avez d’ailleurs rencontré Yann Rouilly, un entraîneur que vous avez suivi ensuite aux Azzurri, puis à Suchy.

Oui, on s’entend bien, c’est vrai. Le seul truc que je n’aime pas, c’est ses « bouêlées » sur le terrain contre moi! Je peux vous assurer que chaque village du Nord-vaudois sait qu’il y un « Dzo » sur le terrain, tellement de fois il crie mon nom pendant un match.

Vous vous sentez bien à Suchy?

Oui, c’est un club qui est complètement dans l’esprit que j’aime. De la compétition sur le terrain et une ambiance sympa après le match. Cela me convient tout à fait.

Vous ne vous voyez donc pas finir votre carrière à Fribourg?

Non, justement, j’ai tout ce qu’il me faut ici. Et je dois bien avouer que tous mes copains ont pris leur retraite à Fribourg, je ne connais plus personne. Mais il faut aimer le foot, c’est vrai, parce que venir trois fois par semaine à Suchy, à cinquante kilomètres de chez moi… Il faut avoir une sacrée dose de motivation, mais je l’ai, comme je vous l’explique depuis le début. Suchy, c’est quand même pas l’endroit le plus sexy pour du foot, si j’ose dire cela. Mais c’est vraiment chaleureux, ici, je m’y sens vraiment bien.

Il y a une chose qui frappe chez vous, c’est votre caractère et votre frustration après une défaite… Pouvez-vous nous en parler?

En fait, je suis très vite fâché par mes performances personnelles. Je n’aime pas du tout la sensation d’avoir fait un mauvais match, et je peux être très désagréable après. Cela me poursuit pendant un ou deux jours après le match, sans exagérer.

A 41 ans, en 4e ligue, c’est un peu bizarre, non?

Mais c’est ça, justement, qui me fait avancer et qui me pousse à ne pas baisser de niveau. Ce n’est pas la ligue qui compte, c’est la performance. Je n’aime pas être déçu de moi. Je profite du trajet entre le lieu du match et la maison pour écrire à ma femme que ce serait mieux d’éviter de parler de foot quand je rentre. Ca me soulage. En fait, c’est peut-être pour ça que je continue à jouer dans le canton de Vaud, les trajets me permettent de me calmer un peu (sourire).

Du coup, cela vous pousse à être encore meilleur, comme vous l’avez dit…

Oui, j’ai encore ce feu.

Et il y a les fameux téléphones du lundi…

Ah oui, c’est clair! Tous mes entraîneurs ont connu ça. J’ai besoin de « débriefer », de comprendre ce qui n’a pas été. Vous pouvez demander à Yann Rouilly… Si j’ai été moyen le dimanche, il sait très bien que son téléphone va sonner le lundi! J’ai besoin de ça, mais de nouveau, cela fait partie de cette volonté d’être toujours au niveau.

Allez, on passe au petit coup d’oeil dans le rétroviseur de votre riche carrière! Vos meilleurs souvenirs dans le football vaudois?

Mes années à Ependes, je pense. On a vraiment vécu des bons moments de football, en 3e ligue.

Qui nommeriez-vous comme le meilleur joueur avec lequel vous ayez évolué?

Pascal Kissling, toujours à Ependes. « Kiki » était mon libéro, c’était facile de jouer avec lui. Et il joue encore, d’ailleurs, à la II d’Ependes.

Et le meilleur entraîneur? 

Il y avait du bon à prendre chez chacun. J’ai beaucoup appris du côté de Fribourg, mais aussi dans le canton de Vaud. Frédéric Robin, à Ependes, était assez complet, il était bon partout. Yann Rouilly, on en a déjà parlé, est un passionné, un fou de foot. C’est un aspect que j’aime bien.

Etes-vous à l’aise avec la jeune génération? Vous avez 41 ans et côtoyez dans le vestiaire des jeunes de 17 ou 18 ans. On imagine que vous n’avez pas forcément les mêmes sujets de discussion…

C’est sûr que j’ai un autre rôle à jouer. Ils viennent me parler de leurs soucis d’apprentissage, et d’aspects de la vie qu’ils ne connaissent pas encore. En général, ils ne viennent pas me demander des conseils sur le foot, parce qu’ils sont meilleurs que moi (rires). Mais j’aime bien ce contact avec les jeunes, je crois que je suis quelqu’un d’assez ouvert. C’est sûr que si je me la jouais « vieux con », si j’ose dire, ce serait différent. Cela m’apporte aussi beaucoup, j’apprends comment peuvent penser certains jeunes aujourd’hui. Ca va me servir bientôt, avec mes trois enfants!

Quel âge ont-ils?

13 ans, 6 ans et une année.

Bientôt l’âge de jouer au foot!

Oui, mais la plus grande n’aime pas trop ça… Le deuxième, par contre, il a commencé, mais il n’aime que tacler!

Vous voyez-vous jouer encore longtemps?

Cela fait six ans que je réfléchis saison par saison. Je pense que je vais jouer encore une année ou deux, mais je ne me pose pas la question. J’ai toujours envie de jouer, plus que jamais. Je ne me suis jamais dit que je n’avais pas envie d’aller à l’entraînement. Franchement, quand je vais au foot, c’est comme si j’avais 20 ans!

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