Au FC Bosna Yverdon, l’enjeu est également social

Au FC Bosna Yverdon, l’enjeu est également social

Un article paru dans l’édition du 25 Avril 2017 du 24 heures.

Depuis trois ans, Selmir Muminovic est le vice-président du FC Bosna Yverdon, club créé en 2004, dont la première équipe milite en 2e ligue. «Je suis un ancien Yougoslave, la Bosnie ayant été proclamée indépendante et reconnue par l’ONU en 1992», rappelle le dirigeant, né à Zvornik en 1979. Son pays est caractérisé par trois communautés: les Bosniaques musulmans (majoritaires), les Croates catholiques et les Serbes orthodoxes. «Mais on est tous des Bosniens, à ne pas confondre avec les Bosniaques, qui sont une ethnie part entière», précise-t-il.

A Bosna Yverdon, un véritable travail d’intégration – «mal reconnu», selon Selmir Muminovic – est entrepris, sous la houlette d’un vice-président qui veille à faire respecter des valeurs et à inculquer le respect. «Au club, on a une centaine de jeunes répartis en six équipes (des juniors B à F).»

«Au club, j’effectue un énorme travail pour qu’on soit reconnus à notre juste valeur et pour montrer qui on est vraiment. Il n’y a pas pire que l’amalgame»

Souvent, le dirigeant est consulté et informé de faits qui se sont produits sur le terrain ou en dehors. «Combien de fois ai-je entendu: «C’est parce que vous êtes Bosnien», poursuit-il. En tant qu’expatrié, il ne faut pas se sentir visé ou faire des complexes. On ne doit pas culpabiliser. Dans notre école de foot, tout est d’ailleurs entrepris pour changer cette vision, cette manière de penser. Mon discours, c’est que nous avons tous notre chance. Les adversaires disent parfois: «Attention les gars, en face c’est Bosnia!» Ce sont des a priori fâcheux. Au club, j’effectue un énorme travail pour qu’on soit reconnus à notre juste valeur et pour montrer qui on est vraiment. Il n’y a pas pire que l’amalgame.»

Patron avec son frère Samir d’une fabrique d’emballages plastiques à Champagne, Selmir Muminovic, homme charismatique, aide grandement le club financièrement. Il a aussi contribué à le structurer et il conseille le président, Nijaz Alic. Le vice-président avoue faire du social son cheval de bataille. «Il va sans dire qu’on ne veut pas se substituer à l’école, ni aux parents, mais, à Bosna Yverdon, on réalise de bonnes choses au niveau de l’éducation. C’est dans notre esprit. Le problème, c’est que le bien qu’on apporte aux jeunes est encore trop étouffé par le négativisme.»

Une modeste cotisation

L’intégration, pour le dirigeant hyperactif, passe aussi par le versement d’une cotisation qui est une source de socialisation, d’assimilation. «Elle est de 100 francs par année. Elle doit être accessible à tout le monde. Je crois qu’elle est la moins chère du canton, mais certains parents ne peuvent pas la payer. Néanmoins, les enfants poursuivent leur route et leur intégration à Bosna. Que feraient-ils s’ils n’avaient pas le sport, qui est une école de la vie? Notre rôle est aussi social.»

La première équipe, elle, se défend bien, avec ses moyens, dans le groupe 1 de 2e ligue, dominé par Amical Saint-Prex – qui a battu Bosna 4-0 dimanche – et Forward-Morges. «Nous comptons deux matches de moins que nos adversaires, précise Selmir Muminovic, aussi responsable de l’équipe fanion, classée sixième de son groupe. Si on les gagne, on se rapprochera un peu, même s’il est clair qu’on ne vit pas dans le même monde qu’eux.» Remarque valable tant au niveau du budget – celui de Bosna Yverdon est d’environ 100 000 francs – que des infrastructures. «On joue et on s’entraîne aux Iles, sur le terrain d’école. Quand il est impraticable, on est autorisé à fouler celui du Stade Municipal. Vu le contexte, on réalise des miracles.»

A Bosna, aucun joueur n’est payé. Le déficit en moyens par rapport à la plupart des adversaires est compensé par la passion. «On est Bosniens», lance Selmir Muminovic. La moyenne des spectateurs? 200 à 300 personnes, «et même davantage quand on joue au Stade Municipal.» Tous aiment Bosna et le cevapi, le traditionnel sandwich aux boulettes de viande. Lui aussi a du succès.

Un article rédigé par Jacques Wullschleger

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