«Faut être un peu cinglé, hein…»

«Faut être un peu cinglé, hein…»

Montreux n’est sûr de rien avant la dernière journée de 2e ligue inter et surtout pas de rester à ce niveau. Les Montreusiens (26 points) doivent en effet rattraper deux équipes, Sierre (29) et Saxon (28), pas seulement une. Il faudra donc aller gagner à Vernier, dernier, ce qui semble jouable. Mais surtout il faudra espérer que Dardania aille gagner à Sierre et que Saxon ne batte pas Plan-les-Ouates à domicile. Ces deux conditions-là semblent plus compliquées à réaliser, mais la place de 12e, donc de premier relégable, pourrait tout de même avoir son importance.

Pourquoi? Parce que le groupe 1 est le meilleur de tous et que donc, son « meilleur relégué » serait le premier repêché en cas de faillite à l’échelon supérieur. Pas de Servette, qui repartirait sans doute à la place des M21, mais d’une autre équipe, n’importe où en Suisse. Cela s’est déjà vu.

Alain Baré, le président montreusien, a bien évidemment tout cela en tête, mais, fidèle à son habitude, il a déjà un coup d’avance. L’ancien buteur de l’Olympique Lyonnais a déjà préparé la saison prochaine et que celle-ci se passe en 2e ligue inter ou en 2e ligue ne changera rien aux plans de celui qui a repris l’équipe en mains voilà ouois matches. Avec un certain succès puisque le MS, depuis que son président a repris le métier d’entraîneur, a remporté sept points en trois matches, dont six face à Collex-Bossy et Signal-Bernex, deux candidats à la montée!

Président, vous avez déjà tout anticipé…

Oui. J’ai eu une séance de comité mardi, le jour-même où j’ai informé les joueurs de ce que je vous dis aujourd’hui. Tout est clair à Montreux, il n’y aura pas de révolution.

Vous en avez assez vécu ces dernières années…

Si vous voulez, oui. Là, tout est clair, carré. On va faire un peu d’histoire, si vous voulez bien.

Bof…

Vous allez quand même m’écouter! J’ai nommé Cédric Faivre comme entraîneur-joueur à l’été 2013, en 2e ligue.

Jusque-là, on est d’accord.

Ecoutez-moi, je vous dis! Il avait une équipe pour monter, je crois que tout le monde est d’accord. Il a atteint l’objectif, mais il avait de quoi faire sur le terrain. Je ne dirais pas que ma grand-mère aurait pu entraîner, mais disons que, pour débuter son métier d’entraîneur, il n’avait pas la mission la plus compliquée du monde.

Une montée, ce n’est jamais facile…

Il a réussi, bravo! Mais déjà là, il y avait de petites choses que je voyais d’un oeil, disons amusé. Il y avait un petit peu de laxisme sur certaines choses, un peu trop de tolérance. Et quand t’es entraîneur, si t’es trop gentil, les joueurs te bouffent! Bon, la première année, on est montés, mais je voyais déjà quelques fissures. Et là, il n’a pas eu de chance.

Pourquoi?

Parce qu’à l’intersaison, il y avait un déficit. C’est de ma faute, hein! Bon, je me fais un peu critiquer, et là, je dois dégraisser un peu. Après la montée, c’est pas très malin, hein…

Fatah Ahamada part à Echallens, Mohamed M’Sabeg à Collex-Bossy, Micky Custodio à Montreux…

Bon, Fatah allait une ligue plus haut, on ne l’a pas jeté dehors! M’Sabeg à Collex-Bossy, bon joueur. Micky, à la limite, il m’a mis dans le pétrin, parce que je voulais le garder, mais il a décidé d’aller à Napoli en 3e ligue un peu au dernier moment… Bon, on ne va pas faire tous les cas particuliers, mais le fait est qu’on est arrivé en 2e ligue inter avec une équipe plus jeune et, soyons clair, moins compétitive qu’en 2e ligue. La faute à ce déficit dont je vous parlais.

Et là, votre coach a été bon, non?

Oui, et je lui ai dit que ce qui s’était passé était un peu injuste pour lui, mais que c’était comme ça. J’allais pas continuer à creuser un trou pour lui faire plaisir! Et là, l’équipe a bien tenu, aussi grâce à lui. A Noël, on a fait des efforts en terme de recrutement et on a fait un gros deuxième tour, même si des choses continuaient à ne pas me plaire. Il a fait des erreurs et j’ai du franc-parler, donc je le lui dis en face, par derrière et dans les journaux quand vous me posez la question. Mais moi j’en ai fait aussi comme entraîneur et comme président! Et d’aussi belles que lui, voire pire! Bon, moi j’ai rarement été trop gentil (rires).

Et il y a eu ce match à Saxon, perdu 6-1, alors que vous en faisiez une priorité.

La honte totale. Pour la première fois de ma vie de président, j’ai quitté le stade avant la fin. Je me voyais faire une connerie, donc je me suis dit: « Rentre chez toi, mon grand, ne finis pas la journée au commissariat! » Le dimanche matin, à 8h, j’ai appelé Cédric, je lui ai dit que je reprenais l’équipe avec effet immédiat. Je lui ai laissé le choix de rester comme joueur, mais en lui disant qu’à sa place je ne l’aurais pas fait.

Il est resté, pourtant.

Oui, chapeau à lui. Il a laissé sa fierté de côté et il m’a dit: « Non, président. Je suis à disposition du club. » J’ai trouvé ça courageux et vraiment classe. C’est un homme bien, je l’ai toujours dit, et un bon entraîneur en devenir. Mais ce que j’avais vu à Saxon, ce n’était pas possible. Je ne suis pas un président qui prend 6-1 et qui dit: « J’ai vu de bonnes choses ».

Donc le lundi, vous reprenez l’équipe.

Je me suis mis face à eux et je leur ai dit: « Les gars, vous aviez un bon entraîneur, un gars gentil et sympa. Il est à côté de vous, c’est désormais votre coéquipier jusqu’à la fin de la saison. Maintenant, face à vous, vous avez un connard. » C’était ma première phrase et je crois qu’ils ont bien compris où je voulais en venir!

Vous êtes incroyable quand même…

C’est un compliment, j’espère?

Plutôt, oui.

Alors ça va (rires). Là, ils ont compris leur douleur, je peux vous dire. Je me disais: « On est foutus, ok. On va couler, ok. Mais on ne va pas brader la fin de saison ». Bon, ils me connaissent, hein, donc ils savaient de quoi j’étais capable. Sauf Richmond Rak!

Le pauvre…

Lui, il venait d’arriver, juste pour donner un coup de main à Montreux durant ce deuxième tour et je lui ai mis branlée sur branlée, comme aux autres! Lui, il s’est dit à un moment: « Mais c’est qui ce malade mental? ». Il ne pouvait pas comprendre, hein, je ne lui en veux pas. On s’est un peu chauffés, mais on s’est pris dans les bras à la fin et il a rigolé… Bon, je peux aller loin parfois dans un vestiaire mais ceux qui me connaissent depuis des années savent bien à quel point je les aime.

Et le premier match, vous battez Collex-Bossy qui jouait pour la montée!

On gagne 4-3 chez nous au terme d’un match fou. A la fin, j’ai dû passer dix minutes sur la table de massage. J’étais raide. J’aurais pu dormir dans le vestiaire! Un match qui vous amène des émotions de dingue…

Mais vous l’êtes un peu…Vos joueurs nous ont raconté une histoire incroyable, le dimanche d’avant.

Quoi?

A Vernier…

Les salauds! Oui, en fait, c’était le dimanche de la Fête des Mères. Il y avait Vernier-Veyrier et on jouait le week-end d’après contre Veyrier. Ma femme m’a demandé d’aller voir sa mère, mais je lui ai dit que je ne pouvais pas, que je devais aller voir la mienne!

Normal!

Oui, sauf que je suis allé voir le match à Vernier à la place.

Génial! Mais comment a-t-elle su ça?

Je l’ai dit à mon fils en lui expliquant: « Tu vois, c’est ça la passion du foot », et ce sale gosse il est allé tout raconter! Ma femme a fait la gueule un moment, je peux vous le dire! Mais on a été chercher un point à Veyrier, et on aurait dû largement gagner, donc j’avais ma conscience pour moi (rires)! Je marquerai des points pendant l’été, je vais me rattraper, promis! Vous allez pas écrire ça sur votre site, quand même?

Bien sûr que si…

Merci beaucoup! Bon, je suis d’accord pour dire qu’il faut être un peu cinglé quand même… Je ne peux pas demander ça à mes entraîneurs, je ne suis pas fou. Mais moi, j’ai ces valeurs-là, le foot passe avant tout. Donc pour moi c’est normal, mais entraîneur, c’est une vie de dingue. Je suis convaincu que si je n’avais pas fait tout ça, on n’aurait pas pris sept points en trois matches, dont six face à des équipes du podium. On en arrive à la conclusion de l’affaire…

Vous pouvez continuer, c’est beaucoup plus passionnant que nos cours d’histoire à l’école!

En fait, si je vous raconte tout ça, c’est pour vous dire que je me suis rendu compte qu’aujourd’hui, entraîner tout seul c’est difficile. Donc à partir de la saison prochaine, en 2e ligue inter ou en 2e ligue, j’aurai deux entraîneurs.

Qui seront?

Cédric Faivre et Daniel De Nardis. Cédric sait tout ce que je pense de lui et il a une qualité essentielle pour moi: c’est un mec droit, quelqu’un de confiance. Et Daniel, c’est un gars de la maison. Moi, de toute façon, je ne prendrai jamais quelqu’un que je ne connais pas. Dany est parti l’été dernier entraîner Haute-Broye et on l’accueille volontiers de retour. Tout est clair entre lui et moi. A deux, ils vont faire du très bon boulot. Un pourra s’occuper de l’équipe, l’autre aller superviser les adversaires, on pourra faire des ateliers différents à l’entraînement.

Et vous, vous concentrer sur votre métier de président. Il y aura une belle équipe à Montreux l’année prochaine, ou il y a un nouveau déficit?

Non, c’est bon, j’ai assez économisé cette année. On aura une équipe pour se maintenir en 2e ligue inter ou pour remonter directement. Il y aura du bon football chez nous après l’été, comme il y en a eu durant ce deuxième tour.

Categories: 2e ligue inter

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