Qui d’autre que cette équipe-là pouvait le faire?

Qui d’autre que cette équipe-là pouvait le faire?

On ne sait même pas par où commencer ces quelques lignes. Lorsque les émotions sont aussi fortes, il faut s’en tenir aux faits. A la 83e, la Serbie, à domicile, menait 2-0 et jouait avec un homme de plus. Les Suisses, à 10, étaient éliminés de cette UEFA Regions Cup. Leur seule chance? Obtenir un match nul, pour continuer à y croire encore. Mais sincèrement, vu les données de départ, il était impossible d’y croire, ne serait-ce qu’un peu.

L’expulsion d’Henrique et le penalty serbe (72e), le premier tournant du match

Jean-Daniel Tharin pensait sans doute déjà aux mots qu’il allait dire pour garder un semblant de motivation pour rendre un tout petit peu intéressant le dernier match face à la Bulgarie, entre deux équipes déjà éliminées. Les têtes étaient basses, les sourires avaient disparu des visages. Clairement, les Suisses étaient éliminés. La manière laissait à désirer, tout comme ce 1-0 encaissé sur deux erreurs défensives atroces, ponctuées par l’expulsion d’Henrique pour une manchette dans les seize mètres sur un attaquant serbe qui avait eu le tort de lui passer devant de manière un peu musclée. Clairement, il y avait des regrets.

Des Serbes du niveau d’une bonne 1re ligue

Les Serbes étaient plus forts, à tous les niveaux. La circulation de balle et la technique? Clairement celles d’une bonne équipe de 1re ligue et on affirme ici que des équipes comme Echallens, Yverdon ou Terre Sainte n’auraient pas forcément gagné ce match. La sélection amateure serbe est composée de joueurs évoluant tous en troisième division de leur pays. Mais nos gars, venus de 2e inter et de 2e ligue, menés 2-0 face à une équipe meilleure qu’eux et euphorique, sont revenus en sept minutes. Ce n’est même plus de la folie, c’est autre chose, d’encore plus fort.

Aleksandar Ristic marque le 2-1 de la tête, Dylan Martini égalise

Les sept dernières minutes? Un rush de Steven Bonzon, côté droit, une balle pour Dylan Martini, lequel adresse un amour de centre pour la tête d’Aleksandar Ristic. « Ca fait bizarre de marquer contre la Serbie, mais je n’ai pas hésité », a souri « Risto », auteur d’un joli coup de crâne piqué. 2-1 à la 83e, l’espoir qui renaît, jusqu’à cette nouvelle action de Steven Bonzon. Le Chanvannais a obtenu le penalty du 2-2 que Dylan Martini a transformé de manière impeccable.

Une cohésion qui fait la force de ce groupe

Qui d’autre que cette équipe-là pouvait le faire? Sincèrement, on ne sait pas. Pour côtoyer cette sélection depuis cinq jours, on peut affirmer qu’elle a une âme et une cohésion que d’autres n’auraient jamais eu. Avec le recul, et avec ce que l’on a vu, on peut le dire: Jean-Daniel Tharin et Jean-Philippe Karlen ont fait tout juste en emmenant une sélection complémentaire, composée de joueurs qu’ils connaissent bien. On se permet de l’écrire parce qu’on en a parlé librement avec eux: on aurait pu imaginer une sélection contenant les meilleurs joueurs du canton. On ne donnera pas de noms, évidemment, mais certains joueurs affiliés à l’ACVF sont de meilleurs footballeurs que certains qui se trouvent en Serbie aujourd’hui. Ce n’est pas dégradant ou insultant, c’est la vérité. Mais jamais, avec une sélection comprenant deux joueurs de chaque club vaudois, une telle osmose aurait pu être trouvée. On l’écrit et on le pense: faire un choix plus juste était impossible. La vie de groupe n’est pas bonne, elle n’est même pas excellente, elle est exceptionnelle.

Alors, en route pour l’exploit lundi? Pour se qualifier pour le tour final, il faudra gagner par trois buts d’écart et espérer un nul entre Serbes et Tchèques. Improbable? Pas plus que de remonter deux buts à 10 contre 11 à la 83e face à une sélection jouant à domicile…

 

Les notes de footvaud.ch

 

Olivier Glauser, gardien: 7

Deux arrêts décisifs en première période, avec une défense un peu aux abois devant la qualité des offensives serbes. Il a sauvé la baraque et a eu un peu de réussite lorsque l’attaquant serbe a réussi à le dribbler avant de frapper à côté (45e). Ne peut évidemment rien sur le penalty, ni sur le 2-0, inscrit en face à face. A bien parlé et dirigé sa défense.

Arbesjan Lekiqi, latéral droit: 7

Toujours aussi élégant et intelligent dans ses interventions. Il joue juste, mais a été surpris plusieurs fois par son ailier en première période. Deux actions dangereuses viennent de son côté, mais il s’est bien repris. Auteur d’une deuxième mi-temps très solide. Il a joué deux fois 90 minutes en deux jours, mais n’a connu aucune baisse physique. Une bête.

Guillaume Salvi, défenseur central: 6

Il n’a pas été mauvais, loin de là, mais est impliqué sur les deux buts serbes. Sur le premier, il rate son coup-franc qui arrive dans les pieds d’un adversaire et sur le second, il rate sa remise de la tête, permettant de nouveau à un Serbe de construire l’action du 2-0. Sinon, il a été excellent dans le placement, très bon dans l’intervention et moyen à la relance. Globalement, un bon match, terni par ces deux erreurs qui pèsent forcément au moment de le noter.

Stéphane Varela, défenseur central: 7

« Le Roc » a mis quelques boîtes aux Serbes, dont certains ont dû profiter du « bain de glace » au spa pour se remettre de leur après-midi. Dur dans l’intervention, extrêmement concentré, il a bien écouté Olivier Glauser et a suivi ses consignes au centimètre près. A 20 ans, il n’est pas encore prêt pour diriger une défense, mais, bien entouré, il est très bon.

Henrique De Amorim, latéral gauche: 4

Un des héros du premier match face aux Tchèques, mais une prestation très moyenne samedi. Il avait gardé au pied les cartons à chaussure pour certaines relances et a eu l’immense tort de provoquer un penalty inutile et une expulsion qui l’était tout autant. Grâce à la solidarité et à l’esprit d’équipe, la Suisse a heureusement pu revenir dans ce tournoi, qui est fini pour lui. Si ses copains avaient été éliminés suite à ce match, il aurait pu s’en vouloir.

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Jérôme Ruch, capitaine samedi (photo: T. Guillemin)

Jérôme Ruch, milieu droit: 6

De nouveau, quelle activité de « J », promu capitaine de la sélection samedi après-midi! Il a ratissé son couloir et a fini pour la deuxième fois consécutive avec des crampes! Il a tout donné, allant au duel, mais n’a pas réussi à passer. Défensivement exemplaire, mais offensivement à la peine, ce qui en dit long sur la qualité de l’équipe serbe. En 2e ligue inter, il déchire chaque latéral et chaque défense. Là, c’est clairement le niveau en dessus, même si, à sa décharge, il joue à droite, lui qui est plus  l’aise à gauche, et dans un rôle plus défensif qu’au FCT. Remplacé par Bonzon (78e).

Elmedin Hasanovic, milieu défensif: 7

Le Banquier a mis les sous au chaud, comme toujours. Il est l’homme fort de cette sélection, l’homme qui récupère, qui donne, qui replace tout le monde. Il a énormément couru samedi, mais jamais dans le vide. Offensivement, il n’a pas trouvé les solutions jusqu’à la 30e. Mais depuis la demi-heure de jeu, les Serbes ont compris qui était le patron sur le terrain et se sont dits que s’il y avait une zone à éviter, c’était celle où il se trouvait.

Sacha Clément, milieu axial: 6

Positionné en « numéro 10 défensif » par Jean-Daniel Tharin et Jean-Philippe Karlen, il a fait le boulot que les deux hommes attendaient de lui, ne lâchant jamais le milieu défensif adverse d’un mètre et l’éteignant complètement. Il s’est battu comme un chien pour son os, il a défendu à chaque seconde comme si sa vie en dépendait. Seul regret, il n’a rien pu apporter offensivement, même pas une vieille déviation de la tête ou un tacle rageur qui se serait transformé en passe de but. Exemplaire. Remplacé par Bozic (58e).

Jason Brunet, milieu défensif: 8

Notre moment préféré? A 1-2, quand il a engueulé tout le monde, motivant chaque joueur sur le terrain à aller de l’avant et à s’arracher pour aller chercher le 2-2. Il est toujours à la limite de la faute, du carton, et il est insupportable pour l’adversaire. A chaque fois, il tacle, il s’accroche, il gêne, ne dosant jamais ses efforts. Il perd des ballons, mais vu qu’il les récupère, difficile de lui reprocher quelque chose. Lui et Hasanovic ont eu de la peine à effectuer les réglages nécessaires face aux avions serbes dans le premier quart d’heure, mais après, il s’est bien amusé au milieu de terrain.

Dylan Martini, milieu gauche: 8

Le Magicien. Souvent, il semble impossible qu’il se sorte d’une sale situation. Embêté face à deux adversaires qui lui marchent sur les chevilles, il trouve le moyen de s’échapper grâce à un double-contact un peu trop subtil pour les défenseurs adverses. Il est le joueur le plus technique (avec Bozic) et le plus vif de cette sélection, sans aucun doute. Et en plus, il défend sans arrêt, prenant même son deuxième jaune en deux matches. Il sera donc suspendu face aux Bulgares et il manquera, c’est sûr. Ce jeune homme a vraiment pris une dimension supplémentaire ces derniers mois. Jean-Philippe Karlen, son entraîneur à La Sarraz, nous a demandé de ne pas attirer l’attention d’autres clubs sur lui, mais on va désobéir: il est très fort, tant dans le jeu que dans l’état d’esprit. Un bon garçon.

Nelson Longo, attaquant: 6

Comme à son habitude, il a énormément bataillé, et a dû sortir à la mi-temps, touché à la tête. Une entaille de cinq centimètres est venue récompenser son état d’esprit de guerrier. Les deux tours serbes derrière? Il est allé les bousculer, leur est entré dedans. Il n’a peur de rien, ni de personne. Longo, c’est du lourd. Remplacé par Ristic (46e).

 

Sont entrés en jeu:

Aleksandar Ristic, attaquant: 7

Il a eu de la peine à exister au début. Seul en pointe, il n’a pas le gabarit de Nelson Longo, mais il a de la vivacité et de l’intelligence dans ses déplacements. Il a beaucoup couru, a cherché à empêcher les relances. Il n’a eu qu’une occasion, mais l’a mise au fond: le signe des grands buteurs. Si son coup de tête avait été moins appliqué, la Suisse ne serait jamais revenue. Entrée décisive, tout simplement.

Aleksandar Bozic, milieu axial: 7

Belle entrée de « Misko », qui a pu conserver certains ballons et dont la qualité de passe a permis de fluidifier le jeu. C’est sur un de ces coup-francs que Bonzon a obtenu le penalty du 2-2, même si Bozic l’avait relativement raté. Il a perdu quelques ballons, mais son entrée a globalement été profitable à l’équipe de Suisse.

Steven Bonzon, milieu droit: 9

Les vingt minutes qui ont tout changé. Il est entré avec une envie et une justesse phénoménales. Il amène le 2-1 et il provoque le penalty du 2-2. Enorme, tout simplement. Entrer dans un tel match, à 0-1 et avec un joueur de moins, et arriver à le renverser: cela mérite une note à la hauteur de l’exploit réalisé. En dix minutes, il a fait ce que d’autres auraient fait en deux matches.

 

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