Cyril et Grégory Dufey, armes fatales d’un AS Haute-Broye intenable

Cyril et Grégory Dufey, armes fatales d’un AS Haute-Broye intenable

Ils font parler d’eux sur tous les terrains de l’est du canton de Vaud. Ils? Les frères Dufey, bien sûr. A gauche, Cyril, la gâchette, 20 ans, 14 buts inscrits lors des 11 matches du premier tour. A droite, Grégory, l’aîné, plus posé, milieu de terrain de 23 ans à l’abattage impressionnant. A eux deux, ils sont les leaders d’un AS Haute-Broye qui s’envole vers les finales de 3e ligue, possédant… onze points d’avance à la trêve sur Iliria Payerne, 3e. Intrigués par la réussite des deux frères, nous sommes allés à leur rencontre. Leur domicile? Une superbe ferme familiale, à quelques minutes d’Oron-la-Ville, lieu des rencontres du dimanche après-midi. Confortablement installé dans le salon, un verre d’eau fraîche à la main, on les a écoutés raconter « leur » ASHB et pourquoi ils sont fiers d’en défendre les couleurs.

Des débuts comme… supporters

« Ca peut sembler étrange aujourd’hui, mais c’est la vérité! Quand on était petits, on supportait l’AS, c’était clair et net. Les joueurs de la première équipe, pour nous, c’était comme des joueurs professionnels, on les admirait vraiment. Pour nous, c’étaient les meilleurs joueurs du monde, on les suivait partout », explique Grégory. L’AS Haute-Broye est née en 1986, fusion entre le FC Palézieux et le FC Oron. Ils n’ont donc pas connu autre chose et tous deux sont fiers de leurs couleurs. « C’est sûr que ça nous fait quelque chose de jouer pour notre club. On a toujours baigné dedans… La promotion en 3e ligue, en 2003, c’était incroyable, on était comme des fous. Il y avait d’ailleurs dans l’équipe notre capitaine d’aujourd’hui, Etienne Chamot! Bon, on s’est vite aperçu en jouant avec lui que c’était un joueur comme un autre… Non, n’écrivez pas ça! », rigole Greg. La famille Dufey s’est toujours impliquée dans l’AS Haute-Broye, les parents occupant divers postes au comité. De quoi inspirer les deux frangins? « Non, pas pour l’instant. Mais on bosse pas mal pour soulager le comité, en organisant par exemple le tournoi de foot-tennis ou en gérant le site internet… On s’implique en-dehors du terrain, c’est sûr », termine le milieu de terrain de l’ASHB.

19 joueurs sur 22 formés au club

Le fait d’avoir fusionné, en 1986, a permis de sauver le club. Il y a eu des hauts et des bas, bien sûr, mais l’ASHB est aujourd’hui dans une dynamique très positive. De quoi réjouir les deux frères, très attachés à leurs couleurs, on l’a compris. Greg confirme: « Aujourd’hui, la I compte un effectif de 22 joueurs, dont 19 ont été formés au sein du groupement juniors. C’est indispensable et on en est très fiers. » Le groupement? Savigny-Forel, Jorat-Mézières et l’AS Haute-Broye, donc, sans oublier le FC Puidoux-Chexbres (4e ligue). Trois clubs concurrents en 3e ligue qui forment des joueurs… N’y a-t-il pas là matière à conflit? Pas à en croire Grégory: « Au contraire, c’est même une bonne chose. On se connaît tous, on a tous fait nos juniors ensemble et on a du plaisir à se retrouver deux fois par année. Cela ne veut pas dire que les derbys sont moins engagés, attention! C’est toujours chaud, mais le fait de se connaître, je pense que ça rend le climat peut-être un peu moins guerrier qu’à une époque. On a toujours une identité clairement définie, même si Savigny a un peu changé dernièrement, avec plus de joueurs venant de Lausanne. Mais ça reste de bons derbys, qu’on attend tous avec impatience. » Une preuve? En fin de championnat, la réception de Jorat-Mézières a attiré 500 personnes à Palézieux. Difficilement imaginable ailleurs.

Un vrai esprit de club à l’ASHB

« On n’est pas du comité, mais on cultive cet esprit de club en tant que joueur », explique Greg. Du côté d’Oron et de Palézieux, tout le monde est prié de participer aux manifestations organisées par le club et, surtout, d’y travailler. « Mais je dois vous avouer que ça me surprend toujours quand j’entends des clubs se plaindre du manque d’engouement de leurs jeunes. Je sais que c’est vrai, bien sûr, je ne remets pas leur parole en doute. Mais chez nous, on n’a aucun problème de ce type. Ca se fait naturellement, via les joueurs. On est tous là pour ranger. Si un ne vient pas, il se met lui-même à l’écart et on ne se privera pas de le lui rappeler… », continue le milieu de terrain de l’ASHB. Cyril enchaîne: « Ce n’est pas dur de s’intégrer chez nous, pas du tout. Il suffit de jouer le jeu et tout va bien. Mais comme le dit mon frère, on n’a vraiment pas à se plaindre de ce côté-là ».

La montée en 2e ligue? « Bien sûr qu’on y pense »

Cyril, le plus ambitieux des deux frères, ne s’en cache pas: l’objectif de cette année est de disputer les finales et, tant qu’à faire, les gagner. « On a la qualité pour, on a des points d’avance… Pourquoi s’en cacher? On peut le faire. » Greg est lui un peu plus mesuré: « Oui, on y pense. Bien sûr qu’on y pense, même. Je dirais que la juste place de l’AS, c’est de chercher à monter en 2e ligue. Je ne sais pas comment l’exprimer… Quand on entend tout ce qui se passe au niveau financier à l’étage au dessus, on se dit que la 2e ligue c’est trop haut pour un club comme le nôtre qui ne paie pas et ne paiera jamais un seul joueur. Mais en même temps, si on est forts en 3e ligue, on aura gagné le droit de monter d’une ligue et de bien y figurer. On attend de voir, mais ce qui est sûr, c’est que ça ne doit jamais changer notre mentalité. »

Le caractère de Cyril, une arme à double tranchant

La question les fait tout de suite sourire, même si le petit frère est un peu plus gêné… « Je n’ai pas si mauvais caractère que ça, vous savez. J’ai de la personnalité! ». Le grand frère rigole, repensant à toutes ces heures passées à jouer ensemble, lorsque Cyril, en bon cadet, s’efforçait de se mettre au niveau de son aîné. Forcément sans succès, en tout cas au début. « On s’est pris la tête quelques fois, oui », sourit Greg, qui sait que son petit frère a très bon fond. Même si sur le terrain, il lui arrive de râler si les ballons n’arrivent pas, ou pas bien, ou pas à chaque fois. « Il veut gagner et en plus il veut marquer, tout le temps. Il défend moins que les autres, ça c’est sûr », le taquine Greg. Cyril accuse le coup, mais se défend en parlant de ses statistiques, forcément irréprochables: « Je suis d’accord que si on joue à deux devant, celui qui est à côté de moi doit plus défendre. Mais je trouve que ce serait un problème si je ne marquais pas! C’est vrai que des fois, plutôt que de courir cinquante mètres pour presser, je préfère me reposer et retrouver de l’énergie pour une prochaine attaque. Moi, je me dis la chose suivante: tant que je marque et qu’on gagne, j’ai raison. Et d’ailleurs, personne ne m’en fait le reproche, à part toi! » Et devant un journaliste, en plus. Là est d’ailleurs le petit défaut de Grégory, qui ne s’en cache pas: « J’ai un peu une grande gueule… C’est ce qu’on dit en tout cas! On dit que les frères Dufey parlent beaucoup, mais je ne suis pas sûr que ce soit si vrai », finit-il dans un sourire.

Leurs ambitions personnelles

Si Greg est prudent sur la question, se contentant de dire qu’il aimerait jouer en 2e ligue avec l’ASHB, Cyril est un peu plus direct. « J’aimerais aller voir plus haut. J’ ai 20 ans, j’ai toute ma carrière devant moi et je ne vais surprendre personne en disant que j’aimerais voir ce qu’est la 2e ligue inter, par exemple ». Ce souhait ne sort évidemment pas de nulle part. Celui que Greg désigne aussitôt comme « le plus doué des deux, et de loin », a effectué une partie de sa formation au Team Riviera et a même intégré, tout jeune (il avait 16 ans), l’effectif du FC Vevey Sports, après avoir fait le tour de la question du côté du Groupement. Trop bon, trop rapide, trop buteur, il est allé parfaire sa formation du côté de Coppet, où il a donc même joué avec la I, après s’être cassé la jambe en juniors. « J’ai fait des bons débuts. L’entraîneur était Jean-François Henry, il me faisait confiance, mais on est descendus et je suis parti », commente-t-il aujourd’hui. Il a quitté en août 2011 Vevey pour Jorat-Mézières, alors en 2e ligue, mais n’y a fait que six mois. L’appel de la « maison » était trop fort, retour donc à l’ASHB, en 4e ligue, lors de l’hiver 2011-2012. Depuis, il a enquillé les buts et une promotion en 3e ligue. Une deuxième en vue? « Sincèrement, si on monte, je peux envisager de rester. Mais je suis honnête: je vais tout faire pour qu’on y arrive, mais si on n’y arrive pas, j’écouterai les appels venus de plus haut. » Les choses sont claires avec tout le monde. L’amour du maillot, oui, mais une carrière de footballeur se construit aussi sur l’ambition.

Reste que les deux hommes, qui entraînent également des juniors au club, se voient tous deux finir leur carrière en jaune et noir. « Quoi qu’il se passe, on a dans la tête l’envie de terminer à l’ASHB. C’est notre club, celui qu’on aura dans le coeur de toute façon », concluent-ils d’une même voix. Leur rêve commun? Ils le touchent du doigt: faire partie de l’équipe qui aurait fait monter l’ASHB en 2e ligue. Ce serait historique, dans la mesure où jamais dans son histoire, l’AS Haute-Broye n’a évolué à ce niveau, pas plus que le FC Palézieux ou le FC Oron. Ils ont six mois pour y arriver. Les plus importants de leur carrière? Difficile d’être aussi définitif, à 23 et 20 ans. Mais les plus émotionnels, sans aucun doute.

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