Claude Gross sera sur le banc à Lugano samedi

Claude Gross sera sur le banc à Lugano samedi

Il était un 17h23 lorsque Claude Gross et Serge Duperret se sont croisés jeudi, devant les vestiaires du complexe sportif de la Fleur-de-Lys, à Prilly. L’échange? Glacial. Des degrés en dessous de la température pourtant déjà fraîche de ce soir de décembre. Deux mots à peine, pas un regard.

Les deux hommes se sont isolés quelques minutes plus tard, tandis que les joueurs commençaient l’échauffement. Leur entrevue a duré une bonne quinzaine de minutes, lors de laquelle ils se sont expliqués en face, enfin, après s’être critiqués par voie de presse.

Serge Duperret et Claude Gross se sont expliqués

En résumé? Serge Duperret a reproché à son entraîneur d’avoir annoncé son départ aux joueurs avant le match face à Wil, mercredi (lire notre article ici), qualifiant ce fait de « faute professionnelle », ce qui a énervé Claude Gross… lequel a un travail à 100% à côté, surtout que cette expression, strictement la même, avait déjà été utilisée par le président pour qualifier sa préparation de match face à Wohlen. Claude Gross a donc mis les choses au point, rappelant quelques vérités essentielles à son président. Ensuite? Serge Duperret s’est adressé aux joueurs. Le moment de vérité.

« Vous avez atteint l’objectif, nous l’avons atteint »

Réunis en demi-cercle autour de lui sur le terrain synthétique de Prilly, le groupe en entier (blessés et Xavier Margairaz compris) a écouté la parole présidentielle. Celui-ci a commencé par féliciter les joueurs pour avoir atteint l’objectif du club, qui était d’être sur la barre à Noël. Quoi qu’il arrive, ce sera le cas, puisque Bienne pointe à quatre longueurs avant le dernier match. « Bravo pour cela! Vous avez atteint l’objectif, nous l’avons atteint. Cette période difficile est désormais derrière nous, nous l’avons surmontée », a félicité Serge Duperret, content de ses troupes. « Mais vous savez, je suis là depuis 18 ans, certains d’entre vous comme Ndiasse Ndiaye ou Ange Nsilu en sont encore plus conscients que les autres vu le nombre d’années qu’ils ont passé avec moi. J’ai pris ce club en 3e ligue! », a rappelé le président, comme il aime parfois le faire. Le sens du message? Ce club est le mien, personne n’est plus fort que moi ici. Bien reçu.

Serge Duperret s’est excusé devant tout le monde!

Et alors?, semblaient se demander tous les joueurs, qui attendaient le verdict de la discussion entre leur président et un entraîneur qu’ils apprécient. Serge Duperret a répondu à toutes leurs interrogations: « Il s’est passé des choses ces derniers jours. Vous savez, j’ai beaucoup de pression sur les épaules. Je reçois des messages, des téléphones, je dois tout gérer seul. Vos appartements, vos salaires, tout cela dépend de moi. Et je suis quelqu’un d’exubérant. Hier soir, pendant le match, des propos faux m’ont été rapportés. J’ai réagi par rapport à cela. » Et l’incroyable s’est alors produit. « Excusez-moi pour mon exubérance », a-t-il dit devant tout le groupe. Des paroles qui ont surpris ceux parmi les joueurs qui le connaissent encore mal, mais qui sont à l’image de Serge Duperret, homme passionné, volcanique, qui peut s’emballer pour rien. Jeudi soir, il a montré son côté conciliateur et exhorté l’équipe à faire bloc autour de Claude Gross pour aller gagner à Lugano. Et les embrouilles, alors? Et ces mots durs dans la presse? « On est comme un vieux couple. On s’engueule, ça vit », a tenté de dédramatiser le président, pendant que Claude Gross écoutait en silence.

Le staff fait passer les intérêts du club avant tout

Pressé de se rendre à Villars pour la remise des mérites vaudois, le président du Mont est parti ensuite, laissant l’équipe aux mains de Claude Gross et de son staff. La suite? Un entraînement tout à fait normal, mais léger, autant pour bien récupérer après la bataille d’hier face à Wil que pour préparer le difficile déplacement de ce week-end. Les Montains partiront vendredi pour aller défier Lugano au Cornaredo samedi. Avant les vacances? « Non! On continue une semaine », a précisé Claude Gross, confirmant une décision qui avait déjà été prise bien avant. L’entraîneur du Mont n’a donc pas démissionné, ni été licencié. Il ne s’est donc rien passé… ou presque. On s’est approché de lui, une fois le président parti, afin de connaître son état d’esprit.

Quel est son statut actuel? « Je suis entraîneur du Mont, j’ai un contrat jusqu’en juin 2015. Aujourd’hui, je dis bien aujourd’hui, je ne pense à rien d’autre qu’au match à Lugano. Les intérêts personnels du staff et de moi-même passent après les intérêts du club. » Soit. Son président a présenté ses excuses. Les a-t-il acceptées? « Je les ai entendues ». Est-il d’accord avec lui quand il évoque « un vieux couple »? « C’est son interprétation. » Quelque chose s’est-il cassé entre les deux hommes ces derniers jours? « Il y a des choses qui se sont dites, mais je me refuse d’y penser et d’en parler jusqu’au match à Lugano. » Et après? « Après, c’est l’avenir. Je ne sais pas. Aujourd’hui, je suis entraîneur du Mont. » On l’a senti peu enthousiaste et on le lui a dit: « J’ai un match à préparer, je suis concentré. »

Il faudra du temps à Claude Gross pour digérer les deux derniers jours

On l’a compris, et on n’a pas la prétention d’être Einstein, certaines paroles prononcées ont eu beaucoup de mal à passer et il faudra du temps à Claude Gross pour les digérer… s’il les digère un jour. Cet homme-là a de la fierté, celle du travail bien fait, et du caractère, celui des gens déterminés. Qu’on remette en cause son implication lui a fait du mal. Et si Serge Duperret a eu le courage, car il en faut, de s’excuser devant 25 footballeurs, il lui faudra faire quelques efforts encore pour reconquérir la confiance de son entraîneur. On va le dire ainsi: rien ne s’est définitivement cassé, et les deux hommes travaillent encore ensemble. Mais disons que le FC Le Mont est sorti fragilisé de cet épisode inattendu et, osons le mot, malvenu. Oui, le calme est revenu en apparence, c’est vrai, mais la tempête risque quand même de laisser des traces.

Une victoire pour tout oublier?

Un bon remède pour que tout revienne dans l’ordre? Un meilleur résultat que Bienne, samedi. Car si les Seelandais se retrouvent à cinq ou sept points du Mont à la trêve, la réflexion de tout le monde pourrait être différente. C’est bête et c’est vieux comme le football: les victoires ont un effet guérisseur sur tout. On l’a vu hier contre Wil, encore. Menés 0-2, les Montains ont montré du caractère pour revenir à 2-2, prouvant par leur réaction sur les buts qu’ils tenaient à leur entraîneur. S’ils allaient gagner à Lugano samedi, ils feraient un beau cadeau à tout le monde. La balle est dans leurs pieds, cette fois, plus dans les mains de leur président ou de leur entraîneur.

Categories: Football d'élite

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