Chitchanok, dans les pas de Robbie Fowler?

Chitchanok, dans les pas de Robbie Fowler?

Chitchanok Xaysensourinthone n’a pas encore 20 ans, et vit sa vie de footballeur à 100 à l’heure. Celui que tout le monde appelle « Chitcha » dans le canton de Vaud, est né à Lausanne, en 1994. Après des débuts convaincants avec Yverdon, en Challenge League, il quitte la Suisse pour tenter sa chance en Italie, à la Sampdoria. Et, depuis janvier 2013, il se trouve en Thaïlande, dans un championnat en pleine expansion. Sa nouvelle équipe, Muang Thong, a gagné trois fois le titre, et a terminé la dernière saison à la 2e place, et est donc qualifiée pour la Champions League asiatique.

Le nom d’un joueur célèbre ayant porté les couleurs de Muang Tong dans un passé récent? Roland Linz, attaquant autrichien (2013) notamment passé par GC, mais aussi et surtout… Robbie Fowler, qui a terminé sa carrière dans ce club, sûrement le plus célèbre de toute la Thaïlande. De là à dire que « Chitcha » marche sur les traces de la légende des Reds de Liverpool… On lui souhaite la même carrière! Un des concurrents de « Chitcha » en attaque à Muang Thong? Un certain Jan Bothroyd, formé à Arsenal, et qui a notamment joué à Coventry, Cardiff et Perugia, et qui compte une sélection en équipe nationale anglaise, tout en ayant joué plus de 200 matches en Championship (D2 anglaise).

Chitchanok, à votre âge, vous avez déjà connu pas mal d’expériences…

Oui, c’est vrai! Peut-être plus que d’autres jeunes de mon âge, non? C’est sûr qu’avoir vécu seul en Italie à l’âge de 16 ans, cela forge un peu le caractère. C’était mon premier transfert, le départ à l’étranger… Je pense avoir grandi plus vite avec cette expérience-là. Et je ne regrette rien!

Et là, vous êtes en Thaïlande!

Oui, depuis l’an dernier, et tout se passe bien. C’est une nouvelle expérience, et elle aurait pu mieux démarrer, si je n’étais pas arrivé blessé. J’ai eu une tendinite au genou, qui m’a forcé à m’arrêter longtemps. Et je ne suis pas arrivé n’importe où.

Chez le champion, non?

Oui, exactement. Je suis arrivé à Buriram United, qui a gagné le titre, et tout raflé! Ils ont gagné les quatre trophées possibles, et je n’ai participé à rien, parce que j’étais blessé durant les 6 mois de contrat que j’avais là-bas. C’est comme ça… Mais je ne suis pas malheureux aujourd’hui, puisque je suis avec le club le plus titré de Thaïlande, Muang Thong United.

Où vous avez déjà marqué!

Oui! J’ai joué le dernier match de la saison dernière et, effectivement, j’ai scoré. Je suis très content de ma situation, et je me réjouis de la nouvelle saison, qui démarre bientôt. J’espère être un peu plus chanceux cette fois.

Revenons un peu sur ce passage en Italie, à la Sampdoria…

Un très bon souvenir. J’étais dans un grand club, où j’ai côtoyé de grands joueurs de Serie A. J’ai beaucoup grandi la bas, et, ce qui est bien, c’est que je parle parfaitement italien aujourd’hui. Ca peut être utile, non?

Italie, Thaïlande… Vous avez choisi des destinations parfaites du point de vue culinaire!

C’est vrai (rires). A Gênes, j’ai pris l’habitude de manger des pâtes tous les jours. Même aujourd’hui en Thaïlande, je suis à midi et le soir au restaurant italien. Ca peut paraître étrange, quand on sait à quel point la nourriture thaïe est parfaite! Mais bon, l’Italie me manque beaucoup, ça c’est sûr.

C’était dur à la Sampdoria, pour un jeune joueur?

Plus que ça… J’ai appris beaucoup, beaucoup de choses là-bas. Quand je suis arrivé en Italie pour la préparation, je peux vous dire que j’en ai pleuré. Physiquement c’était très dur, au début. Mais par-dessus tout, j’ai eu beaucoup de difficultés avec la tactique.

A ce point-là?

Oui, ça ma pris du temps pour tout assimiler. Mais de nouveau, c’était utile, car aujourd’hui les tactiques que les coaches me donnent me paraissent plus faciles… Physiquement et tactiquement, je peux dire que l’Italie m’a beaucoup aidé. Et bon, je dois quand même dire que je me suis entraîné plusieurs fois avec la première équipe et ça, c’est inestimable à mon âge.

Vous étiez un pensionnaire de la Primavera, la réserve de la Sampdoria. Pourquoi le club a-t-il décidé de ne pas vous prolonger?

Je ne vais pas vous répondre directement, mais je vais vous laisser réfléchir.

On va essayer…

Premièrement, à cette époque, j’ai 16 ans, et je viens d’un club de suisse de Challenge League…

Yverdon Sport.

Exactement. Et le président réclame à ce moment-là entre 250’000 et 300’000 euros pour l’option d’achat d’un jeune de 16 ans. Qui vient d’une D2 suisse, qui était de plus dernière du classement à cette époque. Je n’avais que dix minutes de jeu en Challenge League!

Ca vous paraît disproportionné?

Je vous laisse répondre, mais je vais vous aider à vous faire une idée. Quasiment au même moment, la Sampdoria avait déjà obtenu le prêt, avec option d’achat tout comme moi, de Mauro Icardi, qui jouait au FC Barcelone. Le truc « étrange », on va dire, c’est que son option d’achat était beaucoup moins élevée que la mienne! Aujourd’hui, je regrette que le club en question n’aie pas pensé au meilleur pour moi. Ca c’est la première chose.

Et la deuxième?

J’ai passé 6 mois sans licence, donc sans pouvoir faire un match.

Pourquoi?

La FIFA ne l’avait pas donnée a la Sampdoria, car ils avaient fait un transfert mineur, à ce moment-là. Et je n’avais qu’un an de contrat… Mais de cette expérience, je préfère ne retirer que des points positifs. Aujourd’hui, j’ai une autre vie et je ne me plains pas, même si je regrette quand même de ne pas avoir réussi à Gênes. C’était une très belle opportunité pour moi. En gros, je suis parti à la Sampdoria avec les jambes coupées!

Avant de partir à la Sampdoria, vous étiez donc à Yverdon. Quels souvenirs en gardez-vous?

Je n’en garde aucun souvenir. Enfin disons que je préfère ne pas en garder… Je pense que vous avez compris pourquoi maintenant! Je préfère garder des souvenirs de Team Vaud, où j’ai beaucoup appris. J’ai eu des très bons entraîneurs: Junior Dos Santos, Laurent Gasser et Jean-Yves Aymon. Et j’ai une pensée pour mes potes du Team Vaud, bien sûr!

Quel est le niveau du football thaï? On est désolé de l’inculture, mais on ne connaît pas bien...

Déjà, en Thaïlande, l’atmosphère des stades donne envie de jouer. Le niveau? Il est en progression, et nous avons de bons joueurs. Les étrangers sont très forts, franchement, et je vous assure que la Thailande sera très connue dans pas longtemps. La différence avec avant, c’est que les jeunes sont très bien encadrés.

Ce n’était pas le cas?

Non, c’est ce qui manquait avec les anciens joueurs thaïs. Je pense que les Thaïs sont très peu au point tactiquement, par rapport à la Suisse. Mais sincèrement, au niveau de la qualité de jeu, ils ne sont pas loin!

Quand même, le football d’élite thaï n’est pas réputé et aucun joueur n’est dans un grand championnat européen…

Je pense qu’ils ont été mal encadrés depuis le jeune âge, mais ça progresse. En Suisse, on a des structures, comme Team Vaud que je connais bien et toutes les autres. Mais je vous le dis: les stades et l’ambiance sont beaucoup mieux en Thaïlande qu’en Suisse. Sauf à Bâle.

Vous êtes Suisse, Laotien et Thaï. Des touches avec l’équipe nationale thaï?

J’ai des contacts avec le staff, oui, mais c’est encore un peu tôt pour moi. Je préfère ne pas y penser. Je suis encore jeune!

Charyl Chappuis, ancien joueur de GC, est international M23, non?

Oui, il est même avec l’équipe A maintenant, vos infos datent un peu! Il a gagné un titre avec les M23, mais aujourd’hui, il est avec la « vraie » équipe nationale. C’est un très bon ami à moi.

Quel est votre plan de carrière? Rester en Thaïlande, revenir en Europe?

J’espère que la Thaïlande va me lancer dans le grand bain. Oui, j’espère revenir en Europe et pourquoi pas en Super League suisse? La Suisse est le pays où je suis né et où j’ai appris le football. Et j’ai la nationalité, comme vous l’avez dit. Mais pour avoir le droit d’y penser sérieusement, je dois enchaîner des matchs. J’espère être chanceux, j’ai beaucoup d’ambition.

Jusqu’à quand court votre contrat avec Muang Thong United?

Jusqu’en 2017. Je vis bien ici et je suis content. Franchement, à l’heure où on parle, je ne pense pas pouvoir avoir cette vie en Suisse.

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