Alexandre Vocat, la force d’un vrai Boyard

Alexandre Vocat, la force d’un vrai Boyard

Le CS Ollon est remonté en 3e ligue à l’été 2013, et réalise une superbe saison. Son président, Alexandre Vocat, découvre les joies de la fonction, après avoir été élu à l’été 2013. L’occasion de tirer un premier bilan, après quelques mois! Entretien avec un jeune homme de 29 ans, célibataire et sans enfants. De quoi lui laisser le temps de s’occuper d’un club qu’il n’a pas quitté depuis son arrivée, il y a 25 ans!

Alexandre Vocat, on vous appelle comment? Président? Coach?

Alex, ça suffira (rires)!

Mais expliquez-nous quand même, qu’on comprenne bien… Vous êtes président-entraîneur-joueur, c’est juste?

Bon, dans l’ordre (rires). Je suis le président du club depuis l’été dernier, j’assiste Toni Alves, notre entraîneur de la 1re équipe, et je suis défenseur central dans cette même équipe. Mais on ne va pas parler de ma carrière de joueur, si ? Ce n’est de loin pas la plus intéressante (rires)!

On veut quand même des détails! Vous avez 29 ans, et vous assumez toutes ces responsabilités-là, ce n’est pas banal. Comment vous êtes-vous retrouvé président?

Bon, vous savez comme moi quand les clubs de village, on ne se presse pas forcément pour les postes à responsabilité! Je suis au club depuis 25 ans, et j’en ai aujourd’hui 29, comme vous l’avez dit. Je n’ai jamais quitté Ollon, je suis un vrai Boyard.

Un vrai quoi?

Boyard! C’est le nom des habitants d’Ollon. Vous vous êtes renseigné avant de venir?

Mal, on a honte. Bon, donc, 25 ans de club!

Oui, j’y ai fait tous mes juniors, j’y ai appris à taper dans un ballon, je dis bien « taper »… et je suis entré au comité avant de devenir vice-président du club. Cela fait six ans que j’ai d’autres fonctions que « simple joueur », je dirais.

Et quand Gérard Tavernier s’est retiré, vous avez pris le relais…

Oui, un peu naturellement, j’ai envie de dire, même si ce n’est pas anodin de devenir président d’un club de football. J’ai succédé à Gérard, qui est une vraie personnalité ici, même s’il n’a fait que trois ans à la présidence. Enfin, quand je dis « que » trois ans, on se comprend… Avant cela, il y a eu un autre grand président, Pascal Dormond. Je m’entends bien avec les deux, et je sais ce que cela représente de passer après eux.

Et là, comme ça, après quelques mois, vous regrettez?

Pas une seule seconde. De par mon métier, agent d’assurances, j’ai une certaine disponibilité pour passer un coup de téléphone ou vite faire une visite s’il le faut. Disons que j’ai cet avantage-là, de pouvoir organiser mes journées comme je l’entends. Après, mon job de président, c’est surtout du soutien aux entraîneurs. Il faut rester calme, c’est le CS Ollon, pas un club de 1re ligue. Il y a du boulot, mais ce n’est pas insurmontable.

Vous l’avez compris, on découvre un peu le coin, et on s’en excuse… Mais une chose nous a frappé en arrivant: vos infrastructures! Elles sont magnifiques, que ce soit la buvette, les terrains, les montagnes autour…

Ah oui, ça c’est une des forces de notre club, c’est sûr. On a conscience d’être chanceux. Tout appartient à la Commune, qu’il faut remercier. Il y a la buvette que vous voyez, huit vestiaires… Mais on a une autre force encore!

Laquelle?

L’ambiance entre nous, au sein du club.

Tout le monde dit ça…

Ca, c’est parce que les gens que vous interrogez ne sont jamais venus ici (rires)! Nous ne sommes pas les seuls, mais ici, les 13-15 joueurs de base sont des copains, les mêmes depuis 10 ans. Il y a une vraie connotation villageoise, ici au CS Ollon.

Vous avez du monde aux matches, non?

Oui, là aussi, ce sont les 70 mêmes qui nous suivent depuis 10 ou 15 ans (rires). On les remercie, bien sûr, mais vous le savez comme moi, c’est difficile de trouver des gens qui vous suivent, de fédérer beaucoup de monde. C’est comme les bénévoles lorsqu’on fait une manifestation… Je ne sais pas comment c’est sur la Côte ou à Lausanne, mais ici, on est quand même un peu à part. La mentalité est un peu individualiste, on a de la peine à mobiliser les gens au-delà du club autour d’un projet commun.

C’est facile de s’intégrer chez vous? Le vestiaire est tolérant?

Oui, c’est un vestiaire positif, mais il faut faire des efforts. Disons que les nouveaux sont bien accueillis, mais qu’ils doivent entrer dans le moule, voilà. Ce qui est important pour nous, c’est de conserver cet état d’esprit positif. Bon, on est en bas au classement fair-play, mais, on est quand même une équipe sympa, je vous assure (rires).

Les joueurs paient leurs cartons?

Non, non, on devrait peut-être y penser d’ailleurs (rires). Non, chez nous, les choses sont assez claires: chacun paie ses cotisations, mais le club prend les cartons à sa charge. A ce sujet, je peux dire que je suis contre le fait de payer des joueurs en 3e ligue. Non, en fait, ce n’est même pas que je suis contre…

On vous écoute…

C’est que je suis archi-contre! Ce n’est pas avec des primes que l’on crée une ambiance. Franchement, je ne peux pas pas imaginer cela à notre niveau, même si je sais que ça existe.

Comment financez-vous les dépenses inhérentes à un club de 3e ligue? Vous n’êtes pas un président-mécène, on se trompe?

Non, vous avez tout juste (rires)! On a la chance d’organiser assez fréquemment Graines de Foot, une très belle journée. Ca, on le doit à Laurent Duay, notre ancien excellent responsable de mouvement juniors, et j’en profite pour le remercier publiquement, une année après son retrait. Et on a un très bon loto, celui qui marche le mieux dans la commune. Ce n’est pas négligeable dans un budget annuel.

Le Chablais est une belle région, non? On sent une vraie identité ici…

Oui, notre identité est clairement chablaisienne. On est Vaudois, mais chablaisien avant tout, ça c’est clair. Il y a ce sentiment là, c’est vrai.

Un derby ici, c’est contre qui? Le FC Aigle?

Oui, contre Aigle, et aussi contre Roche. Ca, ce sont clairement les deux matches à ne pas perdre pour nous.

La I d’Aigle est en 2e ligue, et vous venez de monter de 4e ligue. Il y a une volonté de votre part d’aller disputer ce derby? Vous n’êtes pas loin des finales!

Bon, on va commencer par la politique générale du club, avant de parler de cette saison. Vous êtes d’accord?

C’est vous le président!

Bon (rires)! Les infrastructures pour la 2e ligue, on les a, vous le constatez. L’idée du club, c’est de rester ouvert à une éventuelle promotion, mais on ne va pas la forcer. Vous l’avez compris, on va se battre avec nos armes, sans changer de politique. On aime bien cette 3e ligue, il y a des derbys sympas et je pense qu’aujourd’hui, c’est notre place. On joue Roche, Aigle II, c’est un groupe régional qui nous convient bien. Par contre, toujours d’un point de vue « global », on aimerait faire monter notre II en 4e ligue. Là, elle est 2e, derrière Pully III, qui est beaucoup trop fort. Peut-être comme meilleur 2e? Ce sera difficile, mais pas impossible. Ca, on aimerait bien y arriver.

Ca paraît jouable comme meilleur 2e, en effet… Bon, revenons à cette 3e ligue! Vous y êtes bien, et à 4 points d’une place de finaliste. On y croit, non?

Oui, bien sûr. Notre équipe a de la qualité, au delà de son état d’esprit. Accrocher les finales, ce serait génial, ce seraient de supers moments à vivre. Mais aujourd’hui, on a la place qu’on mérite.

Comment ça?

On joue bien contre les équipes moins bien classées, et on gagne. Mais face aux équipes qui sont devant nous, on perd ou on fait match nul, au mieux. C’est aussi simple que ça. On a de la peine à franchir ce palier-là.

Oui, enfin, vous venez de monter aussi!

Clairement, c’est déjà bien d’être ici. Mais si l’on parle des finales, je vous dis: « Oui, on n’en est pas loin, mais pour l’instant, on n’a pas prouvé qu’on pouvait y aller. » Ce qui est très bien, c’est que le vestiaire ne se met pas trop de pression, mais montre de l’intérêt. Il n’y a pas un gars qui râle parce qu’il joue moins… On se connaît tellement bien, la concurrence est saine. Si un gars ne joue pas, en général il comprend très bien pourquoi. Et s’il bosse bien la semaine, il rejouera forcément à un moment ou à un autre. C’est une de nos forces, on a vraiment un groupe soudé.

Une chose qui doit vous plaire, c’est que vous évitez l’ascenseur cette fois! Combien de fois êtes-vous monté et descendu entre la 3e et la 4e ligue?

Vu que j’ai commencé en 3e ligue, le même nombre de fois, forcément (rires)! Je dirais trois fois dans chaque sens depuis 2002… C’est sûr, on est content de pouvoir dire qu’on sera encore en 3e ligue l’an prochain.

Une dernière chose, avant de quitter ce bel endroit… On a cru entendre que vous étiez un fervent supporter du Paris Saint-Germain, vous confirmez?

Oui, mais je le suis depuis des années, avant le rachat du club par les Qataris. Je n’ai pas connu directement l’ambiance d’avant, mais j’apprécie ce club depuis longtemps.

L’ambiance a un peu changé…

Oui, mais bon, vous savez, la passion…

C’est comme le CS Ollon, c’est pour la vie!

Si vous voulez (rires).

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