Alain Gendron, un homme en mission

Alain Gendron, un homme en mission

« Echichens? Vous verrez, avec Alain Gendron, ils vont se sauver, c’est sûr! » Combien de fois a-t-on entendu cette phrase cet hiver, alors que le club était en position très délicate dans le groupe 1 de 2e ligue? On y croyait, bien sûr, mais comme tout le monde finalement, on attendait de voir. Le résultat? Plus que très bon. Le FCE, aujourd’hui, n’est plus concerné par la relégation directe, et devrait même échapper à la place de barragiste, même si rien n’est encore officiel de ce côté-là. La remontée, impressionnante, est à mettre au crédit de cet homme élégant, qui n’a que des amis dans le canton. Alors, son secret? Il a gentiment accepté de nous en parler autour d’un café, au village.

Alain Gendron, expliquez-nous comment vous avez redressé cette équipe!

Par le travail, tout simplement. Vous pensez qu’il existe une autre méthode?

On n’en sait rien, on vous le demande… En fait, on va commencer par une autre question: comment un entraîneur comme vous peut-il se retrouver dans une équipe qui joue le maintien en 2e ligue? On vous avoue qu’on a été un peu surpris lorsqu’on a appris votre engagement…

Pour une simple et bonne raison: parce que j’en ai eu envie. Comme vous le savez, j’avais arrêté à Stade-Lausanne à l’été 2012 et c’est vrai que j’ai eu quelques téléphones de part et d’autre, mais je n’ai jamais donné suite. Cet hiver, deux joueurs d’Echichens, que j’avais eus en juniors A à Stade-Lausanne, m’ont dit que leur club cherchait un entraîneur. Ils m’ont demandé si le président pouvait m’appeler et j’ai répondu que j’étais prêt à l’écouter. Mais je ne vous cache pas que je n’en avais pas forcément envie…

Comment ça?

Disons que je n’étais pas fermé, mais que je ne débordais pas d’enthousiasme, a priori. Je dis bien a priori, car tout a changé quand j’ai vu arriver le président, Manuel Choffat. J’ai rencontré ce personnage extrêmement sympathique et ça a tout de suite bien accroché entre nous. Je vous le dis comme cela s’est déroulé et je n’aurais jamais imaginé que cette rencontre se passe aussi bien. J’ai vu arriver ce jeune homme et cela m’a interpellé tout de suite.

Quoi en particulier?

Son dynamisme, la façon dont il me parlait… Il y a des fois des choses qui ne s’expliquent pas. Franchement, quand il est parti, je me suis dit: « Alain, tu vas accepter ». Mais il y avait des choses que je devais absolument savoir avant de m’engager.

Lesquelles?

Si cela marchait au niveau de l’équipe ou pas. Le classement, c’est une chose, mais je voulais être rassuré sur l’état d’esprit, sur l’envie de s’en sortir. Et pour cela, vous avez un indicateur intéressant, entre bien d’autres: le nombre de joueurs à l’entraînement. J’ai dit au président: « S’ils sont 5, je ne viens pas, ce n’est même pas la peine d’y penser! »

Et alors?

Il m’a promis-juré qu’ils étaient 15, voire plus, à chaque séance. Je lui ai dit « Arrêtez, vous exagérez ». Mais il n’avait pas menti, et j’ai été surpris de cette mentalité-là. Tiens, une anecdote: cet hiver, ils sont tous partis en voyage ensemble avec l’argent récolté lors d’une soirée. Tous! Ou peut-être un qui n’a pas pu aller, je crois. Ca aussi, ça m’a rassuré et donné confiance. Et on a fait un match amical à Ursy, où j’ai vu que cette équipe avait de la qualité. Je me suis dit qu’il y avait un coup à jouer.

Mais justement, on avait une image de vous, à tort sûrement, d’un entraîneur-bâtisseur. Un homme qui prend une équipe de juniors, qui la suit, ou qui prend une belle équipe de Stade-Lausanne et fait toute la préparation, vise le long terme… Vous comprenez qu’on ait été surpris de vous voir accepter une « opération-commando »?

Oui, mais peut-être que ce challenge, justement, manquait à mon expérience d’entraîneur. Reprendre une équipe en difficulté en cours de saison, je ne l’avais jamais fait. Il fallait que je le fasse une fois.

Et donc vous arrivez cet hiver…

Et je trouve un vestiaire très sain. Je mets une grande importance là-dedans. Un vestiaire sain, c’est primordial dans ma manière de fonctionner. Et celui-là l’est, je peux vous l’affirmer.

Oui, mais il l’était aussi au premier tour, non? Avez-vous une idée de ce qui a changé? Pourquoi cette équipe ne gagnait-elle pas au premier tour?

Je ne sais pas et je ne veux pas le savoir. Je ne vais surtout pas juger le travail qui a été fait avant, mais je sais qu’il y avait aussi une part de malchance. Mais sincèrement, je ne peux pas et ne vais pas répondre à cette question.

Bon, l’équipe a un peu changé quand même et il faut bien dire que le recrutement a été excellent.

Oui, nous ne nous sommes pas trompés. Ali Ramdan et Armel Kazangba sont de vrais leaders offensifs et Thien Bao Nguyen est un régulateur au milieu. Ces trois joueurs-là ont fait une différence, mais je n’oublie pas Joël Reinhard, un très bon joueur embêté par des blessures, et qui revient bien, et Julien Caillet, notre deuxième gardien. Vous avez raison, les renforts sont à la hauteur et c’est très important.

Entraîner une équipe ambitieuse de 2e ligue inter et une équipe de bas de classement de 2e ligue, c’est le même boulot?

Oui, exactement le même. On travaille la même chose, on applique la même chose, on parle le même langage. La seule différence, c’est le timing.

Comment ça?

On a moins d’entraînements, moins de préparation et donc moins le temps de progresser. Dans notre situation, on devait être solides et réguliers très vite. Pas le temps de penser aux fioritures! On devait gagner des points, donc oui, on a raccourci le timing.

Mais quand on parle d’opération commando, on imagine des coups de gueule, des tables renversées… Pas trop votre style, tout ça, non?

Mais où avez-vous vu ça? Ce n’est pas hurler qui vous fait gagner des matches ou obtenir le respect et l’adhésion des joueurs. Je ne parle pas fort, mais je vous promets qu’ils m’entendent. Je suis un travailleur, quelqu’un de rigoureux. Non, pardon, quelqu’un de très rigoureux. Je ne suis pas du tout colérique, mais j’exige que l’on exécute les choses que l’on met en place.

Tactiquement, on peut travailler en 2e ligue, lorsqu’on doit se sauver?

On survole… On essaie, il faut quand même expliquer certaines choses, mais cela prend du temps et comme vous l’avez compris, on ne l’a pas.

Justement, avez-vous déjà parlé de la saison prochaine avec votre président?

On a une mission, le maintien, et on va aller au bout. Le reste, on en parlera plus tard. L’important pour ce club, c’est de se stabiliser en 2e ligue, de s’installer vraiment à ce niveau. Le groupement juniors avec Forward et les autres clubs est une bonne chose. Idéalement, Forward monte en 2e ligue inter et on récupère les jeunes de la région qui doivent s’aguerrir avant d’y aller, ou pas.

Vous n’avez pas répondu…

Je vous réponds alors que je me sens très bien ici et que j’envisage de continuer. Mais ce n’est pas aujourd’hui, alors que nous ne sommes pas sauvés et que je n’ai discuté avec personne, que je vais pouvoir vous le dire.

Parlons un peu de vous… Il y a une question que l’on s’est toujours posée!

Je vous écoute.

Vous étiez à Amiens, en D2 française et, nous nous sommes renseignés, vous y étiez un titulaire indiscutable et un joueur important. Comment vous retrouvez-vous à Renens, en LNB suisse?

En fait, Amiens avait fait faillite cet été-là, en 1987. Plus d’équipe, plus rien! Et on était en juillet, tout était déjà bouclé. Les équipes françaises avaient leur contingent, c’était compliqué. Et là, j’ai un ami journaliste qui était en relation avec Norbert Eschmann, le journaliste bien connu. Celui-ci savait que Marcel Parietti, l’entraîneur de Renens, cherchait un défenseur. Je suis venu, mais je ne vous cache pas que je voulais rester une année au maximum.

Et alors?

Ca fait 25 ans que je suis là (rires)!

Jamais eu envie de repartir?

Non, surtout pas. J’ai eu des touches avec Le Mans, Louhans-Cuiseaux… mais rien qui puisse me faire quitter la Suisse. Après Renens, j’ai eu de belles années avec Blaise Richard. Quatre saisons magnifiques de LNB, un superbe souvenir.

Et vous vous êtes établi ici…

Oui, j’ai vécu d’abord du football, avant de devenir assureur. Je le suis depuis 23 ans. Joli, non?

Plutôt, oui. Mais quand même, avant d’aller à Amiens, vous jouiez au Racing Paris, vous êtes d’ailleurs un vrai Parisien, non? Vous n’avez pas de nostalgie?

Comment voulez-vous vivre à Paris quand vous avez découvert la Suisse? Je ne retournerai jamais vivre là-bas, vous savez.

Paris, quand même! Ca ne vous manque pas?

Non, vraiment pas! J’aime y retourner, mais comme touriste, voir la famille. Bien sûr que Paris est une belle ville, mais y vivre à nouveau, c’est non. Et c’est un vrai « titi » parisien qui vous parle, un vrai gamin de là-bas.

Le PSG, vous suivez?

Je les suis plus cette saison. L’ère Ancelotti ne m’a pas trop plu, mais j’apprécie le travail effectué par Laurent Blanc. Le PSG, c’est ça! Ce club doit être étincelant, pétillant. J’ai suivi le Paris Saint-Germain des années 70, c’était ça. J’adorais aller au Parc des Princes quand j’étais gamin.

Votre meilleur souvenir de footballeur?

Ah, je ne sais pas… Peut-être quand même ce match de Coupe de France face à Monaco (voir feuille de match ici). En face, il y avait Daniel Bravo, Manuel Amoros… Disons que c’est le match de plus haut niveau que j’aie joué dans ma carrière. Après, le meilleur souvenir… Il y en a eu beaucoup.

Après votre carrière de joueur, vous avez entamé une carrière d’entraîneur. Vous avez commencé à Renens?

Oui, quand je jouais en 1re ligue là-bas, après Malley. J’ai eu les M16 Elite, puis je suis resté très longtemps à Stade-Lausanne.

Jusqu’à la première équipe…

Oui, je ne m’y attendais pas forcément. J’entraînais les jeunes, lorsque Charles Berney m’a convoqué et m’a demandé de reprendre la première. Une surprise, mais j’ai évidemment accepté.

Avec au bout, tout de même et pardonnez-nous d’en parler, cette frustration liée à la promotion ratée avec le SLO en 2012, sur le dernier match… Comment la vivez-vous aujourd’hui?

C’est une déception. On avait une belle équipe, on jouait bien, mais on n’a pas réussi le challenge. Il y a eu ce dernier match face à Terre Sainte, que l’on perd à la maison… Il faut l’accepter et aller de l’avant, prendre un peu de recul.

C’est facile?

Non. Le football fait partie de ma vie, c’est une passion. Vous pouvez vous dire que vous avez le boulot à côté, que vous n’êtes pas malheureux… Une déception comme celle-là, elle reste. Après, avec le temps, ça diminue. Il y avait un bon adversaire en face, il faut l’accepter aussi. Mais je ne parlais pas forcément comme ceci quelques semaines ou quelques mois après, je vous assure…

Après avoir connu ce que vous avez connu, comme joueur et entraîneur, arrivez-vous à vous passionner pour cette 2e ligue? Vous allez voir les matches de vos adversaires?

Oui, bien sûr. Je suis allé voir Pully-Genolier-Begnins, il y a quelques temps, je m’intéresse. Et surtout, je fais d’une pierre deux coups: mon fils Mathieu joue à Prilly. Donc le dimanche matin, je vais le voir et je découvre nos futurs adversaires.

Vous n’avez pas pensé à l’appeler cet hiver, pour venir à Echichens?

Non, chacun son chemin. Il a beaucoup de plaisir à Prilly et il est très bien entouré avec Claude Vergères. Non, vraiment, je ne pense pas que cela aurait été une bonne chose, ni pour lui, ni pour moi. Mais je l’ai déjà eu une fois, pour tout vous dire, en C Inter à Stade-Lausanne et ça s’était très bien passé. J’avais un peu d’appréhension au départ, mais cela avait été une belle expérience. Après, en actifs, ce serait forcément différent.

En parlant avec les joueurs à Echichens, ils ont tous été marqués par votre simplicité. Vous ne vous plaigniez jamais des vestiaires trop petits, du terrain, de l’éclairage…

Et ça vous semble anormal? Moi, de nouveau, le seul matériel que je demande, c’est un groupe de footballeurs motivés, qui viennent à l’entraînement et ont envie de progresser. Il me faudrait quoi d’autre? Allez, s’il y a un ballon si possible gonflé au milieu, c’est mieux. Mais sinon? Franchement, ça me fait sourire qu’on dise que je suis humble. Mais j’ai fait quoi pour être prétentieux?

Une belle carrière… Avec la moitié de la vôtre, d’autres en parleraient six fois plus!

Ce qui compte dans le football, c’est le moment présent. Bien sûr que ça me fait plaisir de parler avec vous du Racing Paris, de Renens, Malley, mais ce soir, je serai à l’entraînement à Echichens et la seule chose à laquelle je pense, c’est comment faire progresser cette équipe pour aller chercher le maintien.

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