Alain Baré «monte une équipe» pour présider Montreux-Sports

Alain Baré «monte une équipe» pour présider Montreux-Sports

Une prestance, une gueule, un charisme, mais aussi une vision claire et tranchée, un avis qui claque: passer une demi-heure avec Alain Baré est un bonheur total pour qui aime parler de football. C’est à la buvette de « son » stade de Chailly, à Montreux, que l’ancien buteur de l’Olympique Lyonnais a accepté de nous rencontrer. Une curiosité dans son parcours? En Suisse, il a connu quatre clubs en tant que joueur: Saint-Gingolph, dont il est originaire, Montreux, Monthey et Bex, et quatre clubs en tant qu’entraîneur: les mêmes! « Cela veut peut-être dire que j’ai été apprécié partout où je suis passé. C’est une petite fierté. Lorsqu’on vous rappelle, c’est que vous avez laissé un bon souvenir, non? » Sans aucun doute, oui.

L’actuel entraîneur du Montreux-Sports a un parcours de joueur qui a de quoi impressionner n’importe qui en Suisse: après être parti très jeune au FC Sochaux-Montbéliard, il est parti à Thonon, puis à Montceau-les-Mines, avant d’être repéré par l’Olympique Lyonnais. A Gerland, il a joué une cinquantaine de matches en D1, sous la direction de Raymond Domenech, inscrivant trois buts. Il a ensuite découvert la Suisse, en 1993, à 27 ans. Quelques belles années ont suivi, jusqu’à sa retraite, à Bex, où il a cumulé les rôles d’entraîneur et de joueur, avant de se consacrer entièrement à sa nouvelle fonction. « Si mes joueurs connaissent ma carrière? Avec ma grande gueule, oui, ils sont au courant », rigole-t-il aujourd’hui.

Après Bex, il semblait s’être posé à Montreux, où il a passé cinq ans fabuleux, obtenant la promotion en 2e ligue inter, en proposant un jeu ultra-offensif, et en battant Team Vaud en juin 2008. Mais les choses se sont accélérées à la fin de l’année 2011… Retour sur deux ans très agités avec cet homme de caractère, sûr de lui et de ses convictions personnelles. Et qui s’apprête, surprise, à prendre la présidence du Montreux-Sports.

Alain Baré, vous viviez une carrière d’entraîneur tranquille jusqu’au mois de novembre 2011…

A l’époque, le comité n’avait pas pu honorer les promesses faites aux joueurs. Pas envers moi, attention! Mais je n’ai pas aimé que les joueurs ne soient pas récompensés pour leurs efforts, alors que, je le répète, on le leur avait promis. Je suis un entraîneur qui s’implique, pas un mec qui pose son sac, donne son entraînement et rentre chez lui. Moi, le laxisme, ça me rend fou, dans tous les domaines.

Et donc vous démissionnez, le jour du repas de soutien…

C’est vrai, j’ai pris cette décision le soir d’avant, en voyant le nombre famélique de personnes prévues. Il y avait 120 personnes… Pour le repas de soutien de Montreux, pardon! Et en plus, le 80% des invités avaient été amenés par les joueurs de la première équipe. J’ai dit que je m’en allais à ce moment-là. J’étais la plus grosse charge salariale, donc je me suis dit que mon départ pouvait servir à rémunérer les joueurs. Vraiment. J’avais passé cinq belles années, mais là, c’était trop.

Et là, vous partez à Monthey…

Oui, je sais ce que certains gens disent, que tout était réglé avant. C’est faux. Monthey m’a contacté après mon départ, je l’ai dit et je vous le redis aujourd’hui. Là, en 1re ligue, on a fait six mois qui se sont très bien passés. On s’est sauvés, ce qui n’était pas forcément couru d’avance.

On se rappelle ce fameux match à Baulmes, notamment, qui était un de vos concurrents pour le maintien…

Un match de fou, lors duquel je me suis longtemps demandé ce que l’on avait fait au Bon Dieu ! On finit à 2-2, avec Youssef Wyssam qui marque de la main pour eux, et, finalement, un penalty à la dernière minute pour nous, suite à une main dans le mur baulméran sur un coup-franc… Un truc que tu vois jamais!

Et la suite ?

Un nouveau comité s’est mis en place suite à la démission du président Michel Couturier à la fin du premier tour suivant, à la fin 2012. Je n’étais pas en phase avec ces gens-là. J’ai démissionné. Pas besoin d’épiloguer. Disons qu’on a voulu m’expliquer ce qu’était le football. J’ai dit stop. J’ai passé quelques mois hors du football, ça m’a fait du bien. J’ai pu passer des vacances de Pâques sans penser à préparer un match. Je ne peux pas dire que cela m’ait déplu.

Mais Montreux vous a rappelé…

Oui, une première fois alors que l’entraîneur était encore en place. J’ai refusé d’entrer en matière. Lorsque son départ était acquis, on m’a rappelé. Montreux était largement sous la barre, sans aucune chance de se sauver. J’ai dit oui, mais pas simplement pour finir la saison, mais bien en voyant à plus long terme. Et, vous pouvez l’écrire, sans demander d’argent. Bref, j’ai accepté de revenir, je m’en rappelle très bien, le 12 avril de cette année. Et le 14, on jouait contre Perly-Certoux, 4e. J’ai fait l’équipe comme je pouvais, après un seul entraînement. Et on gagne 3-0! On a fait sept points en trois matches!

Avez-vous cru un moment au maintien?

Nous avions trop de retard… Non, franchement, c’était trop compliqué. Mais ça ne nous a pas empêché de donner le maximum. Je n’étais pas là pour perdre mon temps. Et puis franchement, je voyais mon joueur Mickaël Custodio, qui m’a suivi longtemps, déprimer… Je crois que ma venue lui a apporté une bouffée d’oxygène (sourire). Franchement, cela a été une année difficile, les joueurs ont été affectés.

Et vous vivez votre première relégation personnelle…

Oui, mais je l’ai choisie! Mais je l’assume, oui. Je n’ai jamais été viré, et je n’avais jamais été relégué jusque-là. Même si je suis arrivé en avril, je suis d’accord avec vous, mon CV est désormais entaché d’une relégation.

Sera-t-il embelli avec une remontée immédiate?

Peut-être, mais pas forcément comme entraîneur…

On vous demande pardon?

Je suis en train de monter une équipe pour reprendre le club, suite à la démission du comité en place.

On vous redemande pardon?

En clair, il y a l’assemblée générale au mois de juillet. Et je suis candidat à la présidence.

Y a-t-il d’autres personnes intéressées pour cette place?

Je ne sais pas. Vous avez quelqu’un à proposer? Je vais être président, et j’ai mon équipe en place, avec un président de la section juniors. J’ai des gens de confiance autour de moi. Je veux me poser ici, j’habite juste à côté, j’ai mon boulot, j’ai vue sur le lac… Et on peut faire de belles choses avec Montreux, il y a du potentiel dans ce club.

Si vous êtes élu président du Montreux-Sports, allez-vous cumuler avec le poste d’entraîneur?

Non, je vous l’ai dit. J’ai un choix prioritaire pour occuper ce poste stratégique.

Qui?

Je vais proposer à Cédric Faivre de devenir l’entraîneur du Montreux-Sports. Il a les diplômes, il a envie d’entraîner. Je l’ai eu à Monthey. Il est à Stade-Lausanne-Ouchy aujourd’hui. Ce n’est pas fait, attention. Mais il s’agit de mon choix prioritaire.

Avec cette nouvelle position, vous allez occuper une position encore plus privilégiée dans le football de la Riviera. A ce sujet, pensez-vous qu’il y a « la place » pour Vevey et le MS, ensemble au plus haut niveau régional? On a un peu l’impression que lorsqu’un va bien, l’autre pioche un peu…

Je pense qu’il y a la place, oui. Vevey et nous avons été ensemble en 2e ligue. Nous sommes montés, eux aussi il y a deux ans. Tant qu’il n’y a pas de surenchère, ni de coups bas, tout va bien. Lorsque « Chico » Alvarez était leur adversaire, tout allait bien, il y avait du respect. Mais après son départ, Vevey m’en a « fait une ». Je leur ai rendu la monnaie de leur pièce, mais ce n’est bon pour personne. Pour répondre à votre question, je suis pour un pacte de « non-agression ». Entrer dans la surenchère, ce n’est bon pour personne.

Quelle sera votre ambition pour Montreux cette année, en 2e ligue? Y a-t-il déjà des renforts de prévus?

Le but, ce sera de jouer les premiers rôles. Pour les renforts, je ne vais rien vous dire aujourd’hui. Mais on va y arriver, croyez-moi (sourire).

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