«Vous aimez Champvent? C’est le moment de le montrer, messieurs»

«Vous aimez Champvent? C’est le moment de le montrer, messieurs»

Claude Meylan parle rarement pour ne rien dire. Aujourd’hui, s’il prend la parole, c’est bien parce que la situation de son FC Champvent, relégable dans le groupe 2 de 2e ligue, le préoccupe. A dix jours de la reprise (le dimanche 15 mars à 13h face à Bottens), le président du FCC place ses joueurs et son entraîneur devant leurs responsabilités.

Stéphane Varela et Mirza Pipic, deux titulaires indiscutables, sont partis à Grandson. Robin Chabod est lui parti à Baulmes (3e ligue). Trois départs, donc, mais Claude Meylan refuse de se laisser abattre, surtout que ces défections ont été compensées, en tout cas numériquement. Alex Souissi, ancien entraîneur d’Yverdon Sport II, est venu en renfort du staff et a amené avec lui quatre joueurs tunisiens et marocains, dont trois sont étudiants à l’école d’ingénieurs d’Yverdon. Mohamed Boulla et Suad Hasanovic arrivent de Bosna II (3e ligue), tandis que Pajtim Ramadani, régulièrement titulaire avec Portalban (2e ligue inter), disputera le deuxième tour au Battoir.

De quoi se sauver? Monté en 2e ligue en 2007, le FC Champvent ne se voit pas redescendre d’un cran cet été, même si le risque est réel. Aujourd’hui, le FCC est sous la barre, à quatre points de Bavois II et de Bursins-Rolle-Perroy et à cinq d’Assens et de Bex.

Président, quel est votre état d’esprit avant ce deuxième tour?

Je vais être clair: on doit mettre toutes les excuses de côté. Je ne veux plus rien entendre, je ne veux plus de SMS, de longues conversations téléphoniques, de plaintes ou de revendications. Cet hiver, on a beaucoup parlé, à l’interne et à l’externe. Très bien. C’est bien de parler. Mais aujourd’hui, on arrête. Stop. On montre sur le terrain, c’est tout.

Vous êtes inquiet?

Evidemment que je le suis, après notre premier tour. Comment voulez-vous que je sois confiant? On est relégable et on perd des titulaires. Après, je ne vais pas pleurer ceux qui sont partis, c’est leur choix et je n’ai pas à le commenter. Aujourd’hui, toutes mes pensées et mon énergie sont tournées vers le maintien. Le temps des transferts est terminé, on a conservé le noyau de l’équipe et je veux maintenant qu’ils montrent qu’ils aiment le club.

C’est ça votre message?

Oui. Vous aimez le club? Vous aimez Champvent? Très bien, alors, montrez-le moi et montrez-le à tout le monde. Vous savez, quand on est montés en 2007, on l’a fait parce qu’on avait de très bons joueurs, mais surtout parce qu’à Champvent, il y avait une atmosphère spéciale, des gars qui se défonçaient sur le terrain. Ils donnaient tout et après, on vidait des caisses de bière. Champvent, c’est ça. Venir au Battoir, ça faisait peur à tout le monde et j’avais des gars qui mouillaient pour ce club.

Les temps ont changé… Les gars du village ont gentiment arrêté, c’est normal que l’esprit se perde, non?

Non, ce n’est pas normal. Ce blason, ce maillot, il y a des gars qui l’ont défendu de tout leur coeur. Aujourd’hui, pendant trois mois, j’attends des gars qui portent ce maillot qu’ils en soient fiers. Ils doivent comprendre ce que représente ce blason et je parle aussi bien des anciens que des nouveaux. Ceux qui sont arrivés cet hiver, je me fous pas mal de leur nationalité ou de leur parcours. Tout ce que je vois, c’est qu’ils portent le maillot de mon club et qu’ils doivent en être dignes.

Et les anciens?

Si on en est là aujourd’hui, sous la barre, ils en sont responsables. Ils le savent tous. Aujourd’hui, on doit se reprendre, tous. Moi le premier, d’ailleurs.

Vous n’étiez pas assez présent au premier tour?

Non. Je ne me suis pas assez impliqué. Ce n’est pas moi qui joue, mais c’est moi qui donne l’exemple. Alors là, je dis aux gars: votre président sera là à fond au deuxième tour. Soyez-le aussi.

Vous parlez de présence aux entraînements?

Je parle de tout. Il pleut? Venez à l’entraînement! Vous êtes un peu blessé? Venez au terrain avec vos coéquipiers. Vous avez un week-end avec votre copine? Annulez-le. Faites l’effort pendant ces trois mois. Reprenez les valeurs du FC Champvent. Mouillez le maillot. Soyez à fond. Cassez tout.

Votre entraîneur, Christian Mischler, vous le placez où dans ce discours?

Au même stade que tout le monde, moi y compris. Si on est sous la barre, c’est en partie de sa faute, en partie de celle des joueurs et en partie de la mienne. Très bien. On ne va pas commencer à compter les mauvais points aujourd’hui. J’attends de sa part une implication totale, une motivation de tous les instants et un discours clair, dans la lignée de celui que je tiens aujourd’hui. Dans ce constat de remobilisation, j’inclus également les supporters. Ils ne sont pas contents de la situation du club? Ils ne se reconnaissent pas dans l’équipe du premier tour? Qu’ils se rassurent, moi non plus. Mais je leur dis aujourd’hui: venez nous supporter et ensemble, on va s’en sortir.

Le 15 mars, c’est Bottens qui vient au Battoir…

Et je veux qu’ils constatent que des choses ont changé cet hiver. Je veux qu’ils entrent sur ce terrain en ayant peur et qu’ils repartent battus. Après le match, on boira des bières avec eux et on fera de grandes phrases sur le foot en se tapant dans le dos, mais les trois points, ils seront chez nous.

C’est la seule chose qui manque à Champvent, l’état d’esprit?

C’est la base de tout. Le niveau footballistique, on l’a. Maintenant, il faut de l’implication, des gars qui sont à fond. Si on ne s’entraîne pas, si on se dit que le copain va assurer ou que de toute façon Albino va marquer, on sera morts. Il y a un proverbe qui dit que pour balayer Paris en 30 minutes, il suffit que chacun balaie devant sa porte. Voilà, c’est exactement ça. Aujourd’hui, chaque joueur doit prendre ses responsabilités, s’entraîner à fond, bien dormir et faire du foot sa priorité pendant trois mois. Je ne tolérerai pas les tricheurs.

On vous sent très remonté…

Je le suis, mais surtout, je suis déterminé. Vous savez, je suis assez intelligent pour comprendre le football. Si Assens, Bex, Bavois II et Bursins-Rolle-Perroy sont meilleurs que nous sportivement, alors j’accepterai la relégation. Ca voudra dire que Champvent n’avait pas ou plus le niveau pour jouer en 2e ligue. Très bien, c’est la loi du sport. Mais si on coule alors qu’on ne s’est pas entraîné à fond, qu’on a raté un match pour un week-end au soleil ou qu’on a refusé d’entrer en jeu parce qu’on n’était pas titulaire, je peux vous dire que les responsables, je les garderai toute ma vie dans le viseur. Et si on coule parce qu’on n’a pas tout donné, je vous assure que dans vingt ans, il y en a qui auront intérêt à changer de trottoir en me voyant! On n’a pas le droit de jouer avec ce club, de se moquer de l’entité FC Champvent.

Donc? 

Donc pendant trois mois, on se la coince, on donne tout, on bosse comme des fous et au mois de juin, on fait une grande fête pour les 60 ans du club avec des caisses de bière de tous les côtés. Sinon…

Il y a les 60 ans du club cet été?

Oui, on a en tête d’organiser une manifestation sympa, à l’interne, avec les anciens du club. Mais il est hors de question qu’on arrive devant eux la tête basse, en ayant honte de ce qu’on aura fait ce printemps.

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