«On m’a dit que j’allais tenir six mois…»

«On m’a dit que j’allais tenir six mois…»

« La première fois que je suis arrivé, je m’en rappelle très bien, j’étais dans le vestiaire, avec tous les autres joueurs. Emile Favre est entré. Il a salué tous les joueurs et m’a vu, moi et un copain. Il nous a regardé et il a simplement dit: « Vous deux? Six mois ». Et il est ressorti. Sincèrement, je n’avais pas compris », sourit Didier Rigoli en se remémorant les conditions de son arrivée au FC Assens. A 16 ans, il venait avec son boguet depuis Prilly et l’accueil a été, disons, moyennement chaleureux. « J’ai compris un peu plus tard ce qu’il voulait dire. En fait, il pensait que nous deux, les gamins de la ville, on allait tenir six mois à Assens. » Emile Favre, qui a tant fait pour le FC Assens, s’est trompé: Didier Rigoli est resté 40 ans fidèle au FCA. « Et ce n’est pas fini! », continue-t-il en riant.

Sa future femme en pleurs dans la voiture

Lui, l’adolescent de la banlieue lausannoise est donc monté à la campagne, à l’âge de 16 ans, attiré par les copains et le foot. « Et je n’en suis jamais parti. J’ai fait ma vie ici, j’ai déménagé. Bref, je me suis installé. » Le foot comme moyen d’intégration, le coup classique. « Bon, je dois dire qu’il y a quand même des histoires pas tristes. Celle qui n’était pas encore ma femme a quand même pleuré la première fois où elle est venue! » Pardon? « Oui, vous avez bien entendu. Je ne sais plus ce qu’on faisait, mais on se lançait de l’eau, c’était un peu le cirque. Bref, on rigolait comme des jeunes adultes, vous voyez le tableau… Elle était un peu choquée, elle me regardait un peu bizarrement. Quand on est montés dans la voiture, elle a éclaté en sanglots, elle ne pouvait plus s’arrêter de pleurer. Elle me disait: « On ne va quand même pas rester là avec ces sauvages? » Le plus beau, c’est que ce sont tous devenus des amis! » Didier Rigoli pourrait en raconter des tonnes comme celles-ci, lui qui a passé tellement de belles années à Assens.

« Je te donne le club en 2e ligue, tu le rendras en 2e ligue »

Son parcours footballistique? Joueur à 16 ans, donc, puis caissier pendant cinq ans et enfin président, depuis 1995. Vingt-cinq ans de comité, donc. « Avec des hauts et des bas, mais il y a eu vraiment des bons moments. Le meilleur? La remontée en 2e ligue, il y a deux ans. C’est une belle fierté, comme celle d’avoir aujourd’hui le même effectif, à 80%. Oui, c’était une belle émotion, ça », explique celui qui avait promis de lâcher le club en 2e ligue. « C’est vrai, l’ancien président m’avait dit: « Je te donne le club en 2e ligue, tu le rendras en 2e ligue ». Voilà, c’est fait, je peux m’en aller tranquille. »

Tout le monde paie ses cotisations

Enfin, s’en aller, façon de parler. « Je vais rester par-là. Je n’ai pas prévu de voir moins de matches! On n’a pas encore trouvé la perle rare pour notre buvette, donc je vais m’en occuper. Mais pas pendant les matches de la I! Ceux-là, je veux les voir », explique-t-il. Sous sa présidence, le FCA a passé vingt années animées, ponctuées par un très joli 70e anniversaire l’été passé, et surtout, il a pu conserver son esprit familial. « La première équipe, c’est la vitrine, c’est clair, mais c’est normal qu’on attache beaucoup d’importance à la deuxième équipe aussi. On a 48 joueurs, tous aussi importants les uns que les autres. » Parmi les 48 éléments, il y en a… 48 qui paient des cotisations, tous les mêmes, et absolument aucun n’est défrayé. « On ne veut pas entrer là-dedans. Alors forcément, il y a des années où on est moins bien, d’autres où on coule en 3e ligue. On a été même été prêts de tomber en 4e ligue il y a quelques années! On jouait plutôt le bas du tableau en 3e… Mais tant pis, on travaille comme ça. On est une société locale d’Assens, avec tout ce que cela comporte. On organise un loto, on implique les gars. Ils savent tous que ça fonctionne comme ça ici. »

Des moments compliqués

Il y a eu des moments chauds, bien sûr, comme quand un ancien caissier puisait dans les économies du club. « C’était un ami, je l’ai défendu jusqu’à la dernière. J’ai été trahi, oui », reconnaît Didier Rigoli, qui est resté à la tête du bateau malgré tout. « Mais vous savez, j’ai toujours eu du plaisir à venir au foot. Même si pendant cette période-là, il y a eu des comités où j’allais en traînant les pieds, parce qu’il y avait ces histoires-là à régler… Tout ça, c’est derrière, on a remonté la pente, aussi grâce à l’aide d’un comité exemplaire, très fidèle. Je ne suis pas le seul à avoir atteint la vingtaine d’années et je tiens vraiment à remercier tous ceux qui se sont impliqués pour le FC Assens ces dernières années. Le club est financièrement sain aujourd’hui, il ne dépend pas d’une seule personne ou d’un sponsor. Je remets un club en ordre à mon successeur, en qui j’ai une confiance totale. »

Son grand-père a 30 ans de présidence!

Assis à côté, Nicolas Pollien écoute son aîné depuis plusieurs minutes sans broncher. C’est à lui, désormais que revient l’honneur, mais aussi la responsabilité, de diriger le FCA. « Mon grand-père a fait 30 ans, j’ai déjà la pression », sourit-il. Lui non plus ne sera pas un président-mécène, mais bien une figure respectée du club, qui aura la tâche de tout faire fonctionner. Ancien joueur d’Assens, il a marqué l’histoire récente du club en faisant remonter la I en 2e ligue comme entraîneur avant… de se retirer. « J’avais toujours dit que je n’entraînerais pas une équipe avec laquelle je suis monté. Cédric Mora était dans les tuyaux et on a pris la bonne décision en lui donnant l’équipe. Moi, j’ai pu me consacrer au comité », explique-t-il. Avec un certain succès. L’homme a le contact facile, une faculté certaine à trouver des sponsors et un certain charisme. Bref, il avait tout pour être le prochain président. C’est d’ailleurs lui qui a dirigé toutes les opérations ayant trait au 70e.

Une semaine de réflexion, c’est tout

« Je sentais qu’il arrivait à maturité, mais je voulais le laisser tranquille encore une année ou deux », explique Didier Rigoli. Alors, pourquoi maintenant? « Il commençait à y avoir des divergences de vue au comité, avec les plus jeunes éléments. Ils voyaient les choses d’une manière, moi d’une autre. Alors, sans aucun ressentiment, j’ai demandé à Nicolas s’il était prêt déjà cet été. » La réaction de ce dernier? « J’ai demandé une semaine de réflexion. Je suis père de famille, avec des enfants en bas âge, il fallait que je fasse le bon choix. » Didier Rigoli précise: « Il a pris le temps, il a eu raison. Il a également regardé avec les autres membres du comité s’ils le suivraient. » Cela a été le cas, alors Nicolas Pollien a dit oui et a été élu lors de la dernière assemblée générale. A lui de jouer.

Un conseil de l’ancien au nouveau? « Avoir du recul »

Le passage de témoins a donc été effectué, dans la douceur et la continuité. Mais si Didier Rigoli devait effectuer une recommandation de l’ancien au nouveau? Une seule? « Si j’ai un conseil à donner à Nicolas? Il fera ses expériences et il est prêt, je ne me fais pas de souci pour lui. Mais disons que j’ai envie de lui dire d’avoir du recul, de ne pas trop s’impliquer dans le sportif. On a envie, bien sûr, moi le premier, de donner son avis sur ce qui pourrait mieux fonctionner sur le terrain. Lui, en plus, il connaît bien mieux le football que moi, alors il pourrait être tenté d’aller voir de trop près ce qui se passe à la I. Alors, pour moi, le piège, il est là ».

Président et… entraîneur des gardiens

Nicolas Pollien écoute, sans rien dire. Quel genre de président sera-t-il? Le temps le dira, mais Assens ne prend a priori pas trop de risques avec lui. « Je suis un gars du club, tout ce que je veux, c’est que le FCA fonctionne bien, la une comme la deux. Je suis vraiment dans cette optique-là, de club global. Je pense que je peux rassurer Didier sur ce point-là, mais c’est vrai aussi que je suis un gars de terrain. Je vais mettre les crampons de temps en temps pour entraîner les gardiens et je serai proche de tout le monde, mais je sais aussi qu’on a un secteur sportif à la hauteur, avec David Despont pour s’en occuper et des entraîneurs nommés Jordi Peracaula pour la I et Vincent Barbay pour la II. Je suis très confiant pour la suite et, surtout, je m’en réjouis. » Didier Rigoli, aussi, lui qui viendra dorénavant voir les matches en simple spectateur. « Le luxe absolu », sourit-il en guise de conclusion.

Categories: 2e ligue, Portraits

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