La 1re ligue pourrait perdre un groupe

La 1re ligue pourrait perdre un groupe

« On s’est fait balayer par les Suisse-Allemands! » Fritz Aeschbach n’a pas exactement l’accent vaudois, mais lorsqu’il s’agit de défendre le football romand, le président du FC Echallens Région sait où mettre les priorités. Les 58 clubs de Promotion League et 1re ligue se sont en effet rencontrés le 28 juin dernier, à Muri, et la majorité d’entre eux a pris une décision qui risque de faire parler d’elle d’ici au 8 novembre. En clair, l’assemblée a demandé au comité de la 1re ligue d’envisager des changements des règlements pour faire passer la Promotion League de 16 à 18 clubs et réduire la 1re Ligue de 42 à 32 clubs. C’est-à-dire supprimer un groupe de 1re ligue, tout simplement. Il y en a trois aujourd’hui, il n’y en aura peut-être plus que deux demain.

Les changements que cela implique sautent aux yeux. Déjà, deux clubs supplémentaires devront être promus et huit relégués. Et, surtout, les distances à parcourir devront être nettement plus longues. Un club comme Meyrin, par exemple, pourrait devoir aller jusqu’à Bâle. Finis les sept clubs vaudois en 1re ligue comme ce sera le cas lors de la saison à venir.

Encore bien des obstacles à passer avant que le troisième groupe disparaisse

Cette décision est-elle irrévocable? Non, de loin pas. Pour l’heure, il a été demandé au comité d’évaluer cette demande. Mais les règlements élaborés seront soumis pour approbation lors de l’assemblée générale de la 1re ligue le 8 novembre prochain, à Meyrin justement. Si le changement est approuvé par la majorité des clubs, le tout sera présenté au Conseil de l’association de l’ASF en avril 2015. Après seulement, tout sera consommé et le changement inéluctable. Il y a encore de l’espoir pour Fritz Aeschbach, donc, qui entend bien ne pas baisser les bras. Celui qui est également consultant auprès du comité de la 1re ligue va faire usage de son influence d’ici au 8 novembre: « Rien n’est perdu, mais cette réforme est contre-productive à tous les points de vue. Je vais me battre contre elle, comme je l’ai fait jusqu’à aujourd’hui. Il faut bien comprendre que cette idée vient d’Edmond Isoz, qui souhaite plus de compétitivité partout. Il a réussi à faire entrer cette idée dans la tête des membres du comité de la 1re ligue, mais il y a moyen de leur faire changer d’avis. »

Un projet « complètement illogique » pour Fritz Aeschbach

Comment faire? « Je vais rassembler tous les présidents romands. J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer à Muri, mais je vais continuer. C’est complètement illogique de vouloir réduire le nombre d’équipes en 1re ligue. M. Isoz me dit que cette ligue sera plus spectaculaire. Mais moi, et je ne suis de loin pas seul, je prétends que ce sont aussi les derbys qui la rendent spectaculaire. Les gens veulent voir des affrontements régionaux. Et je ne parle même pas des coûts de déplacement. Si cette réforme passe, ce que je n’espère pas, je vais demander de l’argent pour nos déplacements, comme c’est déjà le cas en Promotion League. »

L’idée de la Swiss Football League est de mieux préparer les clubs à l’élite en la rendant plus attractive. La réduction de la Super League et de la Challenge League allait déjà dans ce sens. « On me dit aujourd’hui que si je n’ai pas l’argent pour me déplacer, je n’ai rien à faire en 1re ligue… C’est ridicule! Pour un club comme le nôtre, avec 400 juniors, la 1re ligue est importante. Elle est encore attractive pour nos jeunes, ils peuvent avoir l’ambition de jouer à ce joli niveau. Mais si on doit aller en 2e ligue inter, comment motiver un jeune à rester chez nous? », continue Fritz Aeschbach.

Ali Gökok se battra aussi contre le projet

Ali Gökok, le président de l’US Terre Sainte, est d’accord avec lui: « Ma position est claire, je suis contre cette réforme. Pourquoi? Parce qu’on essaie de faire de la formation, mais on nous coupe à chaque fois l’herbe sous les pieds. » Un argument qui rejoint celui de Fritz Aeschbach. Le président de l’USTS continue: « On ne parle que d’argent, tout le temps… Aujourd’hui, les clubs de Promotion League utilisent leur argent non pas pour faire de la formation, mais pour faire venir des joueurs en fin de carrière et avoir la meilleure équipe possible. Tant mieux pour eux, mais cela va à l’inverse de ce qu’on nous raconte depuis des mois, à savoir que ce championnat doit servir à faire jouer des jeunes et à les faire progresser. La question n’est pas de savoir si Terre Sainte doit jouer en 1re ligue ou en 2e ligue inter. On va se battre pour rester dans cette 1re ligue, même si elle compte 10 équipes de moins, mais je peux quand même dire que cette réforme ne va pas dans le bon sens. Je répondrai positivement à toute demande allant dans le sens du non. Ils veulent se rapprocher de la Challenge League? Alors je dirais plutôt qu’on augmente le nombre d’équipes! Aujourd’hui, en Challenge League, chaque équipe joue 36 matches. Nous, avec 14 équipes par groupe, on en joue 26. Alors, passons à trois groupes de 18 et jouons 34 matches par saison! Là, on préparera nos jeunes pour l’échelon supérieur! »

« L’aspect régional ne doit pas être négligé », pour Fritz Aeschbach

Fritz Aeschbach est d’accord et va même plus loin: « Supprimons carrément la 2e ligue inter! Elle n’apporte rien. Les équipes les plus ambitieuses, celles qui ont un budget, pourraient très bien jouer en 1re ligue. Et les autres, les moins fortunées, seront de bonnes équipes de 2e ligue. Il faut arrêter de croire que la 1re ligue doit être un championnat d’élite. On joue à bon niveau, mais il y a un aspect régional à ne pas négliger. Cette saison, on a sept vaudois, c’est intéressant pour tout le monde. Mais bon, M. Isoz pense différemment… »

Le FC Bavois et son président ne veulent pas non plus de la réforme

Fritz Aeschbach est rejoint dans son combat par Ali Gökok, mais aussi par Jean-Michel Viquerat. Le président du FC Bavois est contre cette idée et le fait lui aussi savoir: « Je n’ai pas une énorme expérience de la 1re ligue, mais j’en ai une, quand même, comme président d’un club de football. Ce changement irait à l’encontre de tout ce que je veux défendre et empêcherait des clubs comme le nôtre d’aller en 1re ligue. Pour moi, c’est tout faux, et je répondrais volontiers à l’appel de Fritz pour empêcher ce projet de passer. »

Antonio D’Attoli: « Il faut arrêter de voir petit et d’être hypocrite »

Fritz Aeschbach se réjouit de ce large soutien romand et précise qu’il est unanime: « Les clubs du groupe 1 se mobilisent et vous pouvez appeler les présidents de Martigny et Guin, ils vous diront la même chose, tout comme Blaise Richard pour Team Vaud M21. On fait front commun ». Tous? Tous, sauf un. Le seul club romand à soutenir ce projet s’appelle Azzurri 90 LS.

Son président Antonio D’Attoli s’en explique: « Je ne vais pas me faire des amis, mais tant pis. Pour moi, ce projet va dans le bon sens. Il faut arrêter de voir petit et d’être hypocrite. Aujourd’hui, tout le monde donne de l’argent aux joueurs en 1re ligue. Tout le monde. Et on se contente de jouer juste là au milieu, sans rien espérer. On doit tendre vers le meilleur et resserrer l’élite permettra de faire en sorte que ceux qui y soient aient de bonnes raisons d’y être. A Azzurri, on veut suivre les traces du Mont et amener le Canton de Vaud dans toute la Suisse. Qu’est-ce qui est plus intéressant pour nos jeunes? Jouer à notre niveau, en bas, ou se frotter au meilleur du pays? Je ne critique pas le football de base, que ce soit la 2e ligue inter ou la 3e ligue, j’en viens. Il faut continuer à jouer au football à ce niveau, mais il faut permettre à ceux qui ont des ambitions de les réaliser. Je le dis comme je le pense, et je sais que les autres présidents ne sont pas d’accord avec moi: plus l’élite sera resserrée, meilleur sera le niveau. Et pour mon équipe, je veux le meilleur niveau possible. »

Réponse le 8 novembre, à Meyrin

Un langage qui a le mérite d’être clair, et auquel n’adhèrent en effet pas les présidents des autres clubs romands de 1re ligue. Ceux-ci arriveront-ils à faire échouer la réforme? Fritz Aeschbach dit avoir le soutien de tous les clubs romands, sauf Azzurri, donc, et espère convaincre quelques Alémaniques. Y arrivera-t-il? Réponse le 8 novembre prochain. Un jour décisif pour l’avenir de la 1re ligue, que la réforme passe ou non.

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